Les cinq sens

CINQ SENS

 

Le thème, traditionnel depuis le Moyen Age, est illustré de façon symbolique ou allégorique … Il semble que, si les textes classiques y font référence, il n’y ait pas de représentation dans l’antiquité grecque, romaine et byzantine. Traditionnellement pourtant, le sujet se réfère à la philosophie d’Aristote, pour qui les sens sont la base de la connaissance humaine. Mais pour le christianisme, ils sont tout autant suspects de porter l’homme au péché. Au Moyen Age, plusieurs traités religieux relient les sens aux vices et aux péchés mortels. Et le  premier objet connu sur lequel figurent les cinq sens est la broche Fuller, broche ronde en argent niellé comme en portaient les dames anglo-saxonnes aux 9e et 10e siècles.

La broche de Fuller

Broche ronde, décor central composé de cinq personnages représentant les cinq sens : au centre la Vue, personnage aux yeux proéminents, le Goût a la main sur la bouche, l’Odorat à les mains derrière le dos et se tient entre des plantes, le Toucher se frotte les mains, l’Ouïe lève une main vers son oreille. Autour, des médaillons dans lesquels figurent des hommes, des oiseaux, des animaux et des plantes qui représentent les différents aspects de la création.

 

MOYEN AGE

Le thème se retrouve ensuite dans diverses œuvres, jusqu’au XIIIe siècle, où la symbolique, influencée par L’histoire naturelle de Pline l’Ancien, devient zoomorphe: la taupe, le cerf ou le sanglier symbolisent l’ouïe ; le lynx, le chat ou l’aigle la vue; le singe, le goût; le vautour, le chien, l’odorat; l’araignée ou la tortue le toucher. Apparaissent alors les Bestiaires d’amour où le lion, symbole de force et de vaillance, se joint à eux pour signifier entre autres l’appréciation positive portée sur les Sens. La Dame à la licorne en est le meilleur exemple.

La dame à la licorne, tapisseries de la fin du XVe

Inspirées d’une légende allemande du XVe siècle, les tapisseries dites de « La Dame à la licorne » furent tissées dans les Flandres entre 1484 et 1500. Elles avaient été commandées par Jean Le Viste, président de la Cour des Aides de Lyon. Cinq expriment une apologie des sens, la sixième montre la jeune femme déposant un collier dans un coffre, signe de renoncement aux plaisirs de ce monde. Chaque tapisserie, tissée de laine et de soie, comporte une île bleu sombre qui contraste avec le fond rouge ou rose semé de fleurs. La dame qui prend place au milieu de cette île, entourée d’un lion et d’une licorne, se livre à une occupation qui symbolise un sens. Les croissants de lune répétés dans la tenture appartiennent aux armoiries de gueules à la bande d’azur de la famille Le Viste.

le goût : la Dame regarde la perruche qu’elle tient de la main gauche. Elle prend une friandise dans le drageoir que lui tend sa servante. Le singe à ses pieds souligne la signification de la scène en mangeant une baie ou une dragée, et le lion se lèche les babines.

– le toucher: la Dame tient un étendard d’une main et caresse la corne de la licorne de l’autre.

– l’ouïe: la Dame joue d’un orgue portatif posé sur une table recouverte d’un tapis turc. Le lion et la licorne, qui l’entourent, apparaissent comme motifs décoratifs sur les montants de l’orgue.

– la vue: la Dame tient un miroir dans lequel se contemple la licorne. Cette dernière pose ses pattes antérieures sur les genoux de la Dame.

– l’odorat: la Dame tresse une couronne de fleurs. Le singe, assis derrière elle, respire une fleur saisie dans un panier.

– Mon seul désir pourrait être une sorte de conclusion philosophique: la dame ne choisirait pas un bijou dans le coffret que lui présente sa suivante, mais, au contraire, y déposerait, en signe de renoncement, le collier qu’elle porte dans les cinq autres tapisseries. Selon certains auteurs, cette sixième tapisserie serait l’entendement, vertu qui, avec la vue et l’ouïe, définit les choses de l’esprit, alors que toucher, goût, odorat sont des sens de la matière.

 

RENAISSANCE (XVIe)

L’on s’intéresse à l’Homme et les cinq sens sont souvent personnifiés par des femmes ou de jeunes garçons; les unes comme les autres pouvant être ange ou Satan, porteurs du péché, de délices et de démons. On associe aussi aux différents sens les dieux olympiens: Jupiter à la vue, Cérès au goût, Apollon à l’ouïe, Diane à l’odorat.

Deux courants vont cohabiter dans la représentation: la célébration des cinq sens comme sources de plaisir, et une dimension religieuse où la symbolique veut en montrer les dangers dans les égarements possibles. Certaines oeuvres soulignent que les sens heurtent parfois la morale: la vue se rapproche de l’impudeur, de la vanité; l’ouïe, de la flatterie, de l’oisiveté, du divertissement; le toucher, de la luxure, de la sensualité; le goût, de l’intempérance.

Jan Saenredam (1565-1607), les 5 sens

Gravures d’après Goltzius, vers 1595/96

S’y manifeste à l’évidence le lien entre la vue et l’impudeur, l’ouïe et la vile flatterie, le goût et l’intempérance, l’odorat et la corruption, le toucher et la luxure. La vue prévient contre le débridement du “petit œil”, l’ouïe, dans le titre latin du tableau, est associée aux “sirènes flatteuses”, l’odorat, où galant et chien flairent les roses, fait allusion au “fiel” qui se cache sous le parfum, le goût, avec le singe, met en garde dans le titre latin contre la “gula”, l’intempérance.

Graveur sur cuivre, père du peintre d’architectures Pieter Saenredam.

Jan Brueghel l’ancien, dit de Velours (1568-1625), les 5 sens

Cette vaste composition réunit plusieurs des codes désignateurs des sens. L’interprétation en est de ce fait délicate et multiple.
– les animaux: chien, chèvre, cerf, oiseau (vautour?)

– les choses: fleurs, fruits, coupe, instruments de musique, miroir

– les personnages, à l’évidence mythologiques, sont au nombre de six, hors les nombreux putti.

L’interprétation que je propose s’appuie à la fois sur les symboles détaillés par Ripa (cf. ci-dessous) et sur les références mythologiques relevées plus haut, ou supposées.

1- L’odorat : fleurs, chien (près de la table), Diane (à droite, avec son arc), et la nymphe au fond aux bras chargés de fleurs (Flore sans doute)

2-  L’ouïe: le cerf derrière la tenture à droite, les instruments de musique, et le personnage masculin assis, Apollon.

3- Le goût: la femme au premier plan, tenant une coupe, environnée de fruits: Cérès. Notons l’attitude proche de la Cérès de Niccolo dell’ Abbate.

4- Le toucher: à gauche, la ronde d’enfants, l’enfant serrant la draperie de la femme, les instruments de musique à cordes et percussion. La déesse est sans doute Junon, déesse du mariage et de l’enfantement, dont la chèvre (à droite près de l’arbre) nourricière est un des attributs.

5- La vue: le vautour (ou tout autre oiseau) sur le bras droit de la femme assise près d’Apollon, le miroir que lui présentent deux putti. Cette femme ne peut guère être que Vénus.

Personnages qui suggèrent une interprétation secondaire érotique:  chacun sait qu’Apollon et Vénus eurent des amours coupables, d’où leur présence côte à côte, mais également, près d’eux, du cerf et de la chèvre (qui pourrait alors être un bouc),tous deux symboles, aussi, de luxure.

Fils de Pieter Bruegel l’Ancien, frère de Pieter Bruegel le Jeune, il s’initie au dessin auprès de sa grand-mère, Maria Bessemers, peintre elle-même. Il se forme ensuite à Anvers, puis voyage en Italie où il se lie d’amitié avec des mécènes pour lesquels il continuera à travailler après son retour dans le nord. Établi à Anvers, il épouse la fille de Gérard de Jode, dont il a deux enfants, Jan Bruegel le Jeune et Paschasia. Veuf, il se remarie en 1605. Huit enfants vont naître de ce second mariage. Beau-père de David Teniers, Jan Bruegel a eu des élèves tels que Abraham Govaerts et Daniel Seghers. On lui doit de nombreux tableaux de fleurs, genre dans lequel il excellait, ainsi que des compositions bibliques. Ami de Rubens, il collabora avec lui, peignant des fleurs et des paysages pour ses Madones à la guirlande. Son atelier continuera à prospérer avec son fils Jan Bruegel le Jeune et les 5 fils de ce dernier, dont Abraham.

Les œuvres sont souvent fondées sur des allégories tout à fait codifiées. A la fin du siècle et au XVIIe,  les livres d’emblèmes circulent et sont largement utilisés par les artistes.

Cesare Ripa, Iconologia, 1593

Le premier du genre.

La vue a pour symbole un jeune homme qui tient un vautour dans la main droite (car c’était l’oiseau que les égyptiens lui attribuaient, au rapport d’ Orus Apollo), et de la gauche un miroir, avec un arc en ciel derrière elle. Le miroir signifie que cette illustre qualité n’est autre chose qu’un emprunt que fait notre œil, qui est resplendissant comme un miroir ou diaphane comme l’eau, des formes visibles des corps naturels. … Ajoutez à cela que par le vautour est dénotée la subtilité de la vue, et par l’arc en ciel, la diversité des couleurs, qui sont les objets des yeux.

L’ouïe nous est représentée par une femme auprès de laquelle est couchée une biche, et qui tient un luth de la main droite et de la gauche une oreille de taureau. Par le luth est signifiée la douceur de l’harmonie, de laquelle on ne saurait jamais bien juger si on n’a oreille bonne. Pour la biche, la subtilité de ce merveilleux sens qui est si particulière à cet animal qu’à la moindre feuille que le vent ébranle il prend la fuite, et a toujours l’oreille alerte. Par l’oreille de taureau, il faut ouïr soigneusement et avec une diligence particulière ce qui est nécessaire à la durée et à la conservation de nous-mêmes. Suivant cela quand les égyptiens voulaient dépeindre l’ouïe, ils la figuraient par l’oreille du taureau, qui l’a toujours preste, et tendue aux mugissements que fait la génisse toutes les fois qu’elle est en amour.

L’odorat: sa peinture est celle d’un jeune garçon, qui tient un vase de la main gauche et de la droite un bouquet; outre qu’à ses pieds se voit un chien de chasse qui les suit partout, et qu’il a la robe semée de toutes sortes de fleurs. Le bouquet signifie l’odeur naturelle, le vase celle que l’on tire des liqueurs par l’art de la distillation. Quant aux fleurs de la robe, et au chien de chasse, ce sont choses qui n’ont pas besoin d’explication, puisqu’on sait assez que l’un et l’autre sont les symboles de l’odorat.

Le goût est représenté par une femme qui de la main gauche tient une pêche et de la droite un panier rempli de toutes sortes de fruits. Le goût est celui des cinq sens du corps qui se laisse le plus souvent tromper par une fausse image des choses bonnes en apparence, mais mauvaises en effet quand on y apporte de l’excès … on le peint portant divers fruits pour ce que les Anciens le prenaient pour un symbole du goût, et particulièrement la pêche qu’on lui fait tenir pour cette même raison.

L’attouchement a pour symbole une femme dont le bras droit est tout nu, et sur la main gauche de laquelle un faucon étend ses ailes. A ses pieds est une tortue, figure hyéroglifique de l’attouchement, comme le faucon en était un autre, ainsi que nous avons dit ci-devant.

… Cela n’empêche pas néanmoins qu’on ne puisse représenter encore chaque sens en particulier. Comme par exemple on peut attribuer à la vue pour symbole une guirlande ou un bouquet de fenouil, à cause que cette herbe éclaircit les yeux… A l’ouïe un rameau de myrte, pour ce que l’huile qui est tirée de ses feuilles purge les oreilles… A l’odorat la rose, d’autant qu’elle est la plus odorante des fleurs. Au goût une pomme; et à l’attouchement une hermine ou un hérisson, pour en dénoter les fécondes qualités différentes, qui sont le rude et le doux, la première étant douce naturellement, et l’autre piquante.”

Cesare Ripa (vers 1555 -1622). En 1593, il fait paraître le recueil d’allégories, Iconologia,  publiée à Rome et  dédicacée au cardinal Salviati. L’œuvre, destinée aux poètes, peintres et sculpteurs, pour les aider à représenter les vertus, les vices, les sentiments et les passions humaines, est une encyclopédie où sont présentées par ordre alphabétique des allégories telles que la Paix, la Liberté ou la Prudence, reconnaissables aux attributs et aux couleurs symboliques. Ce livre d’emblèmes sera extrêmement influent à son époque et souvent réédité.

Frans Francken II le Jeune (1581-1642), Les 5 sens

Reprend en les simplifiant les attributs désignés par Ripa. 5 femmes autour d’une table sur laquelle les attributs divers. De gauche à droite: l’une d’elles mange et a devant elle des nourritures diverses (Goût), la deuxième tient perché sur sa main droite un faucon (Toucher), la troisième a devant elle une corbeille de fleurs et en respire une (Odorat), la quatrième se regarde dans un miroir (Vue), la cinquième enfin joue du luth et a sur la table un recueil de partitions (ouïe).

Artiste le plus connu et le plus productif de la dynastie, dont l’œuvre est bien documentée par des peintures signées et datées. Frans le Jeune a vraisemblablement reçu sa formation dans l’atelier de son père Frans I; il devient franc-maître à la gilde de Saint-Luc d’Anvers en 1605 et doyen en 1615. Sa spécialité consiste en tableaux de format réduit et animés de petites figures, au contenu allégorique: à travers les œuvres d’art, en particulier les tableaux d’histoire, le collectionneur et le spectateur sont amenés à reconnaître Dieu créateur du monde, et à gagner par ce moyen le salut de leur âme.

Lorenz Strauch (1554-1630), Allégorie de l’odorat – Allégorie de l’ouïe

Une manière simple et raffinée, sans intention moralisatrice, d’évoquer les sens, dans une série en partie disparue, par la beauté et l’élégance de jeunes femmes à mi-corps avec de simples attributs: fleur et chien pour l’odorat, instrument de musique pour l’ouïe.

Peintre allemand. Formé par son père, Hans Strauch, comme beaucoup de jeunes portraitistes de sa ville, il fut influencé par le style raffiné de Nicolas Neufchatel, artiste flamand qui domina le portrait local de 1561 à 1573. Les portraits de Strauch sont faits exclusivement pour une clientèle locale de nobles et d’artisans. Il excelle dans la représentation des bijoux et des vêtements.

 

XVIIe SIÈCLE: REFORME ET CONTRE-REFORME, l’austérité

Le thème est utilisé aussi bien dans la peinture de genre (souvent moralisatrice) que dans les Natures Mortes.

Pour l’art des Pays-Bas, c’est un sujet de prédilection. Les peintres de genre flamands présentent dans leurs scènes de cabaret des buveurs (le Goût), des fumeurs de pipe (l’Odorat), des chanteurs accompagnés par un violoneux (l’Ouïe), un homme enlaçant la taille d’une femme, ou un chirurgien pratiquant une saignée (le toucher). Les compositions peuvent faire appel à des allégories tout à fait codifiées. Subsiste un code animal  (cerf /ouïe, aigle ou chat /vue, chien/odorat, singe/goût, tortue/ toucher). Des objets peuvent tenir le même rôle : le miroir pour la vue, les fleurs pour l’odorat, les instruments de musique pour l’ouïe, les fruits ou le vin pour le goût, les dés, les cartes, l’argent ou une statuette pour le toucher.

Mais bien souvent  l’ensemble devient le support d’une mise en garde contre les dangers des plaisirs terrestres, qu’ils soient esthétiques, ludiques, sensuels ou érotiques. Et particulièrement dans les natures mortes ditesVanités, ces illustrations du texte de L’Ecclésiaste, qui sont toujours une mise en garde contre les sens, coupables de bien des égarements et qui mènent tout droit au vice. Austérité métaphysique dont s’empareront aussi bien la Réforme que la Contre-Réforme.

 

1-  Natures mortes:

Jacques Linard (vers 1600-1645), Les cinq sens au paysage, 1638

Les cartes à jouer, une bourse et des pièces de monnaie rappellent que le toucher, acteur privilégié du jeu, peut compromettre le salut de l’âme. Paysage et petite glace qui reflète la grenade ouverte sont pour la vue, les fleurs pour l’odorat, les partitions pour l’ouïe. le vase de fruits (goût) est posé sur une boîte oblongue de bois. Boîte qui évoque le tombeau du Christ, de même que la figue illustre le péché originel, tandis que la grenade et le raisin se réfèrent à la résurrection et à l’Eucharistie. Par ailleurs, le livre de musique est ouvert à la page du Laudate Dominum.

Les cinq sens et les quatre éléments

Les racines et plantes renvoient à la terre, l’oiseau à l’air, les braises au feu, et les divers éléments liquides à l’eau. Les cinq sens, quant à eux, sont illustrés par les fleurs pour l’odorat, le miroir pour la vue, les notes de musique pour l’ouïe et enfin le toucher par les instruments de musique et le rendu des différentes textures.

Jacques Linard est, à ce jour, l’un des peintres de nature morte du XVIIe siècle les mieux documentés, avec une quarantaine d’œuvres. Il est particulièrement représentatif de ces artistes qui exerçaient leur art dans l’enclos de Saint-Germain-des-Prés, lequel n’était pas soumis aux lois restrictives des corporations régissant la vie artistique à Paris.

Lubin Baugin (vers 1610-1663), Les 5 sens

Objets simples: un luth, une verre de vin, un petit pain, trois fleurs dans une carafe transparente, un échiquier, un miroir (aveugle), un paquet de cartes. Concentration dans la simplicité qui renvoie le spectateur à d’élémentaires principes bibliques.

On lui doit en partie l’émergence de la nature morte en France dans la première moitié du XVIIe siècle. D’influence flamande par le parti pris de dépouillement, de jeux sur les formes et les textures. Après son départ pour l’Italie autour de 1640, il ne peindra plus de natures mortes pour ce concentrer principalement sur les scènes religieuses.

Georg Flegel (1566-1638), Nature morte au dessert

On retrouve un œillet pour l’odorat, des fruits pour le goût, un oiseau pour l’ouïe, des pièces de monnaie pour le toucher et un verre pour la vue. La noix est symbole de Jésus Christ, l’œillet symbole de la crucifixion, raisin et vin représentent le sang du Christ. Le rat et le perroquet sont les deux faces du mal et du bien: le premier, diable dévorateur, est symbole du mal,tandis que le second, parce que, selon les bestiaires médiévaux, il est un animal “très propre”, est associé à Jésus Christ et à la Vierge Marie, tous deux exempts du péché originel.

Considéré comme l’un des représentants les plus éminents de l’art de la nature morte en Allemagne. Il se spécialisa dans les banquets et déjeuners ainsi que dans les tableaux de fleurs.

Pieter Claesz (1597-1661), Nature morte aux 5 sens

Nourriture et boisson se réfèrent au goût, le miroir à la vue, les instruments de musique à l’ouïe, le réchaud à l’odorat, la tortue au toucher. Outre ces symboles, la Vanité se manifeste dans la montre (écoulement du temps) et le pain et le vin sont sans doute évocation de l’Eucharistie.

Un des bons représentants de la peinture de natures mortes hollandaise. Il traita surtout des Tables servies, dont les objets varient peu: nappes blanches, pots d’étain, verres à cabochons ou flûtes, jambon, fruits, pain, tourtes, etc.

2- Scènes de genre:

– Les scènes dites “de joyeuse compagnie”, d’inspiration flamande, représentent des groupes de personnages élégants, attablés et jouant de la musique. Les sujets en sont traditionnellement bibliques, comme celui du Fils Prodigue dans une taverne. Elles illustrent les excès. Les décors souvent irréalistes, les excès des costumes et comportements en soulignent l’aspect théâtral et emblématique.

L’enfant prodigue chez les courtisanes, allégorie des 5 sens (XVIe)

Le Tasse chez les courtisanes, allégorie des 5 sens

Toujours la parabole de l’enfant prodigue. Mais où est le Tasse, Est-ce le jeune homme de gauche, ou le personnage méditatif du centre? Pour les sens, on repère la vue (chat sous la table), le toucher (groupe de gauche avec la diseuse de bone aventure, l’homme en armure, etc.), le goût (vin et volailles embrochées), l’ouïe (musiciens), l’odorat (coiffure fleurie).

Ludovicus Finson (vers 1578-1617), Les cinq sens

Le goût: buveurs de vin, fruit dans la main de la femme centrale, deux assiettes dont une  de sucreries. Ouïe: instruments de musique. Odorat: fleurs dans la main de l’homme de droite et le décolleté de la femme du centre.Toucher: cordes du luth, tambourin, mains de l’homme au premier plan à l’extrême-droite. Vue? Les reflets, peut-être, et le jeu des regards?

Artiste flamand, il séjourne en Provence entre 1613 et 1615. Sa peinture réunit les éléments du maniérisme du XVIe à des éléments stylistiques du Caravage

Simon de Vos (1603-1676)  Allégorie des 5 sens, 1640

Peintre flamand d’histoire, de genre et de portraits. Elève de Cornelis de Vos, sans doute un parent, reçu maître dans la guilde d’Anvers en 1620. Il entre ensuite dans l’atelier de Rubens comme collaborateur.

– Les scènes de bordels et de tavernes sont difficiles à distinguer, la différence n’étant pas grande entre les deux établissements, car les servantes des tavernes étaient toujours prêtes à se livrer aussi à la prostitution. Le tradition de ces représentations existe depuis le XVIe siècle, apparue elle aussi, avec l’histoire biblique du Fils Prodigue.

Ecole flamande du XVIIe (ou Terbrugghen?), les 5 sens

Un rôle prépondérant est donné à l’ouïe, personnifiée par le musicien à la cithare, instrument à cordes très prisé alors dans la haute bourgeoisie. Les personnages représentent chacun un des 5 sens: outre l’ouïe, le goût (Bacchus), l’odorat  (la femme avec les fleurs), la vue (le miroir), le toucher (le vieillard qui se chauffe les mains).

David Ryckaert III dit le Jeune (1612-1661), Joueur de guitare, 1641

Le chapeau à plume désignerait la femme comme une prostituée. Elle boit (goût), fume (odorat), touche l’homme de sa pipe (toucher), lequel joue de la guitare (ouïe). Seule la vue est oubliée, mais elle peut avoir été représentée dans une partie coupée du sol.

Peintre flamand, membre d’une famille d’artistes et élève de son père, fit toute sa carrière dans sa ville natale d’Anvers. Son œuvre est influencée par Adriaen Brouwer et les deux David Téniers (le Vieux et le Jeune). Hors quelques œuvres religieuses, ses sujets sont essentiellement des scènes paysannes et des Natures mortes

– Extérieurs et kermesses

Gillis Rombouts (1630-1678), Allégorie des 5 sens, vers 1620

Curieuse mise en scène de types populaires devant une architecture à colonnades et une draperie sophistiquée, le tout devant un paysage. De gauche à droite: la vue (le miroir près du vieillard qui porte la main à ses yeux), l’ouïe (le musicien), le toucher (le sculpteur), l’odorat (le fumeur de pipe) et le goût (le verre de vin et les légumes et fruits du dernier convive, peut-être Bacchus étant donné son vêtement en peau de léopard). Si morale il y a, elle tient peut-être simplement à l’évocation de fragilité induite par les objets renversés du premier plan à gauche, reflétés dans le miroir.

D’origine flamande, travaille en Hollande à des scènes d’intérieur, et des paysages dans la manière de Ruysdael et Hobbema. Maître à Haarlem en 1656.

Jan Miense Molenaer (v. 1610-1668), scène d’extérieur

Le goût est représenté par la nourriture et la boisson, l’odorat par la pipe et le chien, le toucher par l’enfant caressant le chien, l’ouïe par le musicien, la vue par les spectateurs, aux fenêtres, de la scène.

Allégorie de la tempérance (ou de la fidélité conjugale), 1633

Un jeune couple (à droite) écoute des musiciens. Au centre, un homme remplit un verre de vin avec un récipient au long bec: le filet de vin ainsi maîtrisé est un symbole traditionnel de la tempérance. En contraste, au fond à gauche, un pugilat met aux prises deux paysans (peut-être pris de boisson), illustration de la colère. La leçon est simple: pour l’harmonie (symbolisée par la musique) du couple, évitons la colère (l’un des péchés capitaux). Mais la tempérance renvoie aussi à la maîtrise des sens, tous représentés: l’ouïe (musique), l’odorat (le chien), le goût (guenon et son petit), le toucher (femme lavant les verres), la vue (femme lisant la partition).

Peintre néerlandais. Il travailla le plus souvent à Haarlem où il fut l’élève de Frans Hals, sauf après 1648, date à laquelle il s’installa à Amsterdam. Il peignit quelques portraits, mais il est surtout connu pour ses scènes de genre, influencées par son maître. Dans ses intérieurs se manifeste surtout l’influence d’Adriaen Van Ostade, ainsi que dans ses Fêtes villageoises et ses scènes musicales.

– Les intérieurs et scènes de famille

Jan Miense Molenaer (v. 1610-1668), Allégorie de la vanité

Le thème de la femme à la toilette renvoie à la fois à la femme au miroir et à la bague et à la vanité, de par la présence du crâne. On y retrouve la vue (miroir), le goût (l’enfant avec une coupe), le toucher (le peigne), l’ouïe (instruments de musique), l’odorat (chien? au premier plan).

David Teniers II, dit le jeune (1610-1690), Réunion de famille (les cinq sens)

Goût: nourriture, boisson, singe. Ouïe: musicien. Vue: tableau au mur. Odorat: chien. Toucher: la note égrillarde des deux personnages, à l’écart, à droite.

Aîné des 4 fils de David Téniers le vieux, élève de son père et peut-être de Rubens et Brouwer. En 1637 il épouse Anne Brueghel, fille de Jan Brueghel de Velours. Protégé de l’archiduc Léopold Guillaume (nommé en 1647 gouverneur des Pays-Bas), il deviendra peintre de sa cour, chambellan, conservateur de sa galerie, et fut recommandé par lui à plusieurs souverains. S’ensuit une brillante carrière et un nombre d’œuvres considérable.

Hendrik Terbrugghen ou Hendrik Ter Brugghen (1588–1629), Le concert, 1627

Le flûtiste, 1621

Le second n’est allégorie que de la musique. Le premier évoque les cinq sens: vue (les regards en coin), goût (fruits et vin), ouïe (musiciens), odorat (bougie), toucher (doigts du flûtiste). Parallèlement, noter que raisin (seul fruit représenté) et vin peuvent être allusion au sang du Christ.

Peintre néerlandais. Terbrugghen est, avec Baburen et Honthorst, l’un des maîtres du caravagisme nordique. Installé très jeune à Utrecht, il fut l’élève d’Abraham Bloemaert, mais il partit presque aussitôt pour l’Italie, où il resta de 1604 à 1614. Il séjourna principalement à Rome et entra en contact avec Caravage et ses émules, tel Orazio Gentileschi. Il emprunta à Caravage les caractéristiques de son style (éclairages artificiels, oppositions d’ombre et de lumière. En 1615, il est de nouveau à Utrecht, où il est inscrit à la gilde de Saint-Luc en 1616-1617. Terbrugghen peignit quelques scènes populaires, mais ses sujets préférés furent les Moments musicaux où il décrit des musiciens ou des musiciennes chantant seuls ou en duo, jouant de la flûte, du luth ou de la cornemuse. Ces tableaux, influencés par les scènes caravagesques de Gentileschi et surtout de Bartolomeo Manfredi, ou dérivés d’elles, révèlent un traitement personnel du thème, souvent présenté devant un fond clair.

Bartolomeo Manfredi (1582 -1622)

Les cinq sens sont bien là: toucher (le baiser, la toque de fourrure), odorat (la couronne de fleurs, goût (fruits), vue (miroir), ouïe (musicienne). En même temps sont évoquées les quatre saisons, printemps à gauche avec la couronne de fleurs, été ensuite, avec couronne de feuillage, automne, femme “mûre” du premier plan coiffée d’épis, hiver, enfin, le vieillard emmitouflé.

Peintre italien du XVIIe siècle, l’un des grands disciples du Caravage dont il fut peut-être l’élève ou, en tout cas, un des émules de son style innovant, avec son clair-obscur soutenu, et son insistance sur le naturalisme, avec un don pour raconter une histoire à travers l’expression et le langage corporel de ses personnages.

Artiste à succès, ayant avant ses trente ans un serviteur attaché à sa personne, Manfredi fut « un homme d’apparence distinguée et au comportement raffiné », selon son biographe Giulio Mancini, bien que rarement sociable. Il mena sa carrière avec des clients privés et ne rechercha pas les commandes publiques.

 

2e MOITIÉ XVIIe, XVIIIe: le plaisir

Les sens sont les compagnons dangereux mais aussi délicieux de la raison et l’inventaire des nouvelles richesses engendre, de son côté, des trésors de sensualité. Un mouvement s’amorce au milieu du XVIIe siècle qui transforme la nature morte en une véritable célébration des sens. Somptuosité des coloris, chatoiement des étoffes de brocart, de velours ou de soie, luxuriance des bouquets de fleurs, amoncellement de mets délicats, ou description de joyeuses et robustes nourritures sur des étals de marché, la peinture se plait à montrer la prospérité d’un monde élargi.

Le thème des cinq sens est alors l’objet d’une attitude paradoxale. D’un côté, l’égarement des sens est condamné par la morale. De l’autre, ceux-ci sont exaltés par

une recherche plastique toujours plus poussée de la sensualité.

 

1- Nature morte

Jan II de Heem (?1650- ?1695), Nature Morte aux fleurs (Vanité), 1685

Sur le papier, l’inscription “la mère est là où se trouve le père” signifie peut-être “la mère existe quand le père n’est plus”, et serait allusion à la mort de père de l’artiste et à son remplacement par la mère dans la gestion des affaires. La composition décentrée met en valeur papier et inscription.Verre et vase reflètent les objets du tableau et de l’atelier. En hommage à son père, maître de la Nature Morte hollandaise, des citations de ses grandes compositions: le motif qui unit l’apparat des fleurs au thème de l’écoulement du temps, le jeu des reflets, et certains éléments comme les cerises (fruit de l’Eden). Les symboles de la fugacité des choses (fleurs, bougie, pipe), l’huître (Marie, mère de la plus belle perle), le verre de vin (sang du Christ), les deux oranges (? Péché originel) font de cette œuvre une Vanité, mais les sens sont tout aussi présents: l’odorat avec les fleurs, la pipe et la bougie, la vue avec les reflets, le toucher avec les différentes matières, en particulier le tissu des draperies.

Elève de son père David de Heem l’ancien, travaille de 1626 à 1636 à Leyde, sous l’influence de ses frères Steenwyck et Pietre Potter. Puis il travaillera à Anvers sus l’égide de Daniel Seghers.

Andrea Benedetti (? avant 1620-? après 1649/1650), Nature morte avec fruits homard, huîtres, gibier, instruments de musique et singe, 1646

Vanité? Cinq sens? Peut-être, bien que le titre ne mentionne ni l’une ni les autres. Mais comme dans beaucoup de Natures mortes, les deux sens se confondent. Relèvent de la vanité le singe (mal), la montre et la peau déroulée du citron (temps), le homard, symbole de résurrection car sa carapace se renouvelle à la fin de l’hiver, le raisin et le vin, symboles eucharistiques, les instruments de musique (fugacité). La présence des sens est tout aussi évidente: singe et nourriture pour le goût, instruments de musique pour l’ouïe, chien pour l’odorat, l’opposition dur/doux du homard et du lapin pour le toucher, et pour la vue les reflets dans le verre. Mais la somptuosité baroque de la présentation éclipse toutes les significations morales.

Peintre de natures mortes. En 1636/1637, il est l’élève du peintre anversois Vincent Cernevael; il serait peut-être aussi celui de J.D. de Heem en 1638.

Maître de la gilde de Saint-Luc d’Anvers en 1640/1641, il est présent dans cette ville jusqu’en 1649/1650, et peut-être après cette date est-il retourné en Italie. Trois Vanités signées sont connues. Par analogie de style, on lui attribue actuellement une quinzaine de natures mortes.

Benedetto Fioravanti (actif à Rome au milieu du XVIIe)

La tradition symbolique de la nature morte se perpétue dans cette somptueuse ordonnance décorative, exaltation des cinq Sens comme images des vanités du monde. Fioravanti rend admirablement les fastes du baroque, et les analogies de style et de composition sont multiples dans son œuvre. Cependant, une écriture trop appliquée et la maladresse des plis du rideau on fait mettre en doute l’attribution de ce tableau à Fioravanti lui-même.

Brejon de Lavergnée (1994) a fait le point des connaissances sur le peintre et sur cette œuvre qu’il attribue à son entourage. Peintre de natures mortes à Rome au XVIIe siècle, excellent dans la représentation fidèle des “choses inanimées”.

Evaristo Baschenis (1617-1677), nature morte avec femme

Baroque vénitien. Né dans une famille d’artistes et ami d’une famille notable de luthiers de Crémone, on ignore qui fut son premier maître. Connu pour ses natures mortes, il peut être regardé comme le créateur de son genre, la peinture des trophées d’instruments et des cahiers de musique, mêlés d’écritoires, de boîtes, de fruits, d’encriers et autres objets arrangés sur des tables couvertes des plus beaux tissus, avec une vérité étonnante.

Bernardo Germán y Llorente (Séville 1680–id. 1759), Le tabac, Le vin

Ces deux natures mortes en trompe-l’œil (le Tabac et le Vin, allégories de l’odorat et du goût, Louvre), par la plasticité du traitement et la disposition des objets dans l’espace, renouvellent la grande tradition espagnole.

Parmi les imitateurs tardifs de Murillo, il apparaît comme l’un des plus doués. Il devint populaire grâce à son interprétation picturale d’un thème dévot lancé au début du XVIIIes par un capucin, frère Isidoro de Sevilla, et qui se répandit très vite dans toute l’Espagne : celui de la “Divina Pastora”, la “Vierge bergère” avec un grand chapeau de paysanne veillant sur un troupeau de jeunes agneaux (Prado). Il peignit avec le même succès des saintes  et des sujets religieux variés. Il fut aussi estimé comme portraitiste, et fut l’un des premiers membres de l’Académie de S. Fernando (1756).     

 

2- Scènes de genre

Hermann van Aldewereld (1629-1669), Allégorie des cinq sens (1651)

De gauche à droite: la vue – femme se regardant dans un miroir et mettant ses boucles d’oreille (vanité?), l’ouïe (musicien à la harpe), l’odorat  (fleurs), le toucher (femme au faucon), le goût  (fruits sur la table).

Hollandais. Plutôt artiste amateur, il s’appliqua au genre du portrait.

Abraham Bosse (1604-1676), les 5 sens (série de gravures), la vue (vers 1645)

La vue est symbolisée de manière simple et évidente: toilette avec miroir, enfant avec une longue vue à la fenêtre. Par d’intention morale apparente, hors le fait que le miroir est à peu près toujours symbole à double sens.

Abraham Bosse, né à Tours en 1604 et mort à Paris en 1676, membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture, fut l’un des meilleurs graveurs français du XVIIe siècle. Théoricien de la gravure, prosélyte des méthodes projectives de l’architecte et géomètre Girard Desargues, son œuvre est un emblème de l’art baroque français.

Anthonie Palamedesz (1601-1673), La vue

L’œuvre fait partie d’une série (cf. plus loin) qui présente chaque fois un personnage unique, de manière très sobre, voire rudimentaire, dans un intérieur pratiquement nu, avec les attributs symboliques de l’un des cinq sens. Ici, la vue, avec le miroir.

Fils d’un graveur en pierres fines, il entre en 1621 dans la guilde de Delft. En dehors de portraits assez stricts, il représenta des scènes de corps de garde et des tableaux de genre à intention moralisante.

Gérard de Lairesse (1641-1711), Allégorie des 5 sens, 1668

La fillette au bouquet personnifie l’odorat (de même que les fleurs répandues un peu partout), l’enfant jouant du triangle l’ouïe (ainsi que la flûte et les partitions), celui qui désigne le miroir la vue, la jeune femme tenant un perroquet le toucher, la jeune fille au citron et le singe (à droite) le goût.

Peintre et graveur hollandais. Eut pour maître son père Rénier Lairesse, puis Bertholet Flémalle. Hors un séjour mouvementé à Berlin vers sa vingtième année, il ne quitta pas les Pays-Bas. En 1664 il est à Amsterdam, se marie, et en 1684, s’installe à La Haye où il mènera une vie déréglée. Célèbre et soutenu par les princes électeurs de Cologne et de Brandebourg, il devint aveugle à 50 ans et mourut dans la misère.

Philip Van Dyck (1680-1753), Les cinq sens

Au premier plan, hors cadre, l’instrument de musique trône, donnant à l’ouïe une place privilégiée. Dans l’embrasure, un groupe de personnages au fond de la pièce (apparemment sans signification particulière). Au premier plan, à gauche, une jeune femme présente une assiette de friandises et désigne du doigt le duo de droite: sans doute illustre-t-elle le goût et la vue. A droite, le toucher (gestes de l’homme), le goût et l’odorat (la friandise proposée à la femme, et située de manière à tenter et le nez et la bouche). Sur le mur du fond, un tableau illustre également la vue.

Hollandais, élève de Arnold Boonen, il fut peintre à la cour du landgrave Guillaume VIII de Hesse Cassel.

Jean-Baptiste Oudry (1686-1755), la vue

En 1749, la reine décida qu’il lui fallait 5 peintures pour décorer une pièce sans fenêtres. Elle les voulait très vite, et après plusieurs propositions d’artistes, c’est finalement Oudry qui fut chargé de les peindre et il exécuta très rapidement les Cinq sens. Les œuvres ont en commun des cieux lumineux et dégagés, un horizon brumeux et lointain. La vue propose dans un “paysage pastoral” un montreur de lanterne magique dans l’orifice de laquelle une jeune femme regarde.

Fils d’un peintre et marchand de tableaux, il est élevé dans une atmosphère où l’art est le souci premier. Elève de son père puis de Michel Serre auprès de qui il travaille 4 ans à Marseille. Mais son vrai maître sera Nicolas de Largillière, chez qui il demeure pendant 5 ans, partageant à la fois sa table et son atelier, ce qui va lui valoir de puissants appuis. D’où une carrière brillante et l’aisance matérielle. Il obtient même l’amitié de Louis XV grâce aux portraits des chiens de sa meute et deviendra le peintre officiel des chasses royales.

 

XIXeSIECLE: le prétexte

Le thème tombe en désuétude au XIXe siècle, et disparaît avec l’impressionnisme.

Seuls l’utilisent les artistes académiques, comme simple prétexte à l’étalage de beauté et de culture.La nature morte, qui était son support principal, est surtout objet de recherches esthétiques.

David E.J De Noter (1825-1912? 1892? 1875?), Dame dans un intérieur élégant

Ici, la lecture du livre évoque la vue. On a aussi des fruits pour le goût, des fleurs pour l’odorat, des chiens à poil doux pour le toucher.

Dans chacun de tableaux, un sens est privilégié, mais on trouve aussi à titre secondaire la plupart des autres.

Femme dans un intérieur

Odorat (fleurs), goût (corbeille de fruits), vue (miroir), ouïe (luth), toucher (gestes de la femme qui tient miroir et fleur).

Le goûter (goût)

Et le toucher (femme tenant sa tasse), la vue (miroir ou tableau sur le mur de gauche), l’odorat (? Corbeille de fleurs).

Fragrent rose (odorat)

Le titre dit assez que l’odorat est privilégié, mais sont également présents le goût (corbeille de fruits tourte) et la vue (miroir et fenêtre ).

Fils de J.B. De Noter. Graveur et peintre de natures mortes et de fleurs… Etabli à Bruxelles, il prend part au salon de Paris en 1853, 1855 et 1864 et remporte une médaille d’or au salon de Bruxelles en 1854. Il collabore avec H. Leys, peignant les éléments de nature morte dans des tableaux de ce dernier

Hans Makart (1840 – 1884), Les cinq sens.

De gauche à droite: toucher, ouïe, vue, odorat, goût

Autrichien. Fils d’un intendant impérial. Elève à l’Académie de Vienne, il en est exclu comme n’ayant aucune disposition. Son oncle maternel lui donne alors les moyens d’aller étudier à Munich sous la direction de Piloty.En 1868, il est remarqué lors d’un salon et en 1869 l’empereur d’Autriche lui fait construire par l’Etat un atelier. Dorénavant il a droit à tous les honneurs et sa mort en pleine gloire lui devra des funérailles nationales.
NB- il a été le maître, entre autres, de Gustav Klimt.

 

Au XXe siècle finissant et au XXIe siècle,

les sens sont largement sollicités, installations visuelles, sonores ou tactiles, jardins de parfums, musées du vin, recherches de saveurs …

 

IMAGES, RECAPITULATIF

TOTALITE DES 5 SENS

Sébastien Stoskopff, L’été ou les 5 sens (vers 1633)

Le miroir est la vue, et l’un de ses volets est refermé pour évoquer l’aspect transitoire de la beauté, les pêches sont le goût, les fleurs l’odorat, les instruments de musique et partitions l’ouïe, le damier et les dés le toucher.

L’hiver ou les 4 éléments

Lorsque Sebastien Stoskopff peint, en 1633 L’Été ou les Cinq Sens, il présente son pendant, L’Hiver ou les Quatre Éléments:  le feu (la cheminée), la terre (légumes et racines), l’eau (poisson), l’air (oiseaux). Si les motifs sont allégoriques, l’ensemble apparaît surtout comme une scène d’intérieur, voire une nature morte à personnages.

Les bouleversements économiques et philosophiques à l’œuvre aux XVIe et XVIIe siècles exercent une influence décisive sur l’expression artistique. La découverte du Nouveau Monde, les inventions de la science suscitent enthousiasme et curiosité. On montre, on classe, on inventorie. Le réel doit se plier au genre des séries.

À côté des cinq sens prennent place les quatre parties du monde, les quatre points cardinaux, les quatre vents, les quatre éléments, les quatre saisons et les quatre âges de l’Homme, mais aussi les huit Béatitudes, les neuf muses et les douze mois de l’année…

De famille protestante strasbourgeoise, Sébastien Stoskopff est en 1615 en apprentissage à Hanau, chez Daniel Soreau. À la mort de son maître, le jeune peintre dirige l’atelier. Après avoir cherché vainement à s’installer à Francfort, il se rend à Paris. Dès son arrivée à Paris, Sébastien Stoskopff oriente son art dans de nombreuses directions et aborde des thèmes aussi variés que les natures mortes de livres, les cinq sens, les vanités, les tables servies et des cuisines très originales qui s’inscrivent parfaitement dans l’évolution de la production parisienne de Jacques Linard, Lubin Baugin et Louise Moillon avec lesquels il entretient des relations étroites. L’originalité des œuvres de Stoskopff réside néanmoins dans leur composition et dans le traitement particulier de la lumière.

Carlo Cignani (1628-1719), Charité en allégorie des 5 sens, 1668-1679

La Charité allaite un bébé et s’occupe d’enfants nécessiteux. La présence des enfants met en lumière que la Charité possède aussi la Foi et l’Espérance (les 3 vertus cardinales). Elle serre les enfants (toucher), allaite le nourrisson (goût), le miroir à droite symbolise la vue, la clochette, à gauche, l’ouïe, tandis que les fleurs représentent l’odorat. La présence des vertus chrétiennes incarnées dans la Charité garantit la valeur positive des cinq sens.

Peintre italien baroque des XVIIe et XVIIIe siècles appartenant à l’école bolonaise.

Né d’une famille noble de Bologne, Carlo Cignani étudie auprès de Battista Cairo et plus tard de Francesco Albani, avec qui il restera étroitement lié, en devenant son disciple le plus célèbre. Il a été également fortement influencé par le génie du Corrège, et son chef d’œuvre, l’Assomption de la Vierge dans la coupole de l’église de Madonna del Fuoco à Forlì, est inspiré par les fresques du Corrège pour la coupole de la cathédrale de Parme. Ces fresques ont occupé Cignani pendant plus de vingt ans.

En 1681, il retourne de Parme à Bologne où il ouvre une Académie du nu, dans laquelle il a comme élève Giuseppe Maria Crespi. Il s’installe à Forli en 1686. C’est dans cette ville qu’il meurt le 6 septembre 1719.

 

SERIES

Anthonie Palamedesz (1601-1673), ouïe, odorat, toucher, goût

Pour l’ouïe, un joueur de luth, des instruments de musique, un recueil de partitions.

Pour l’odorat, un fumeur de pipe et un chien.

Pour le goût, une femme allaitant, des fruits sur la table.

Pour le toucher, un paysan tenant une poule.

Abraham Bosse (1604-1676), les 5 sens, série de gravures: l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher

L’ouïe est représentée par un concert, pour l’odorat, des personnages hument le parfum de bouquets, le goût est un repas, le toucher une scène égrillarde.

L’ensemble des gravures montre une société choisie (et ses plaisirs), sans intention morale apparente.

Jan Bruegel l’ancien, dit de Velours (1568-1625), 5 sens

Il termine en 1618 une série qui est une célébration des sens comme fondement des arts. Chaque tableau est campé dans une “galerie des sens”, véritable cabinet de curiosités rassemblant tous les objets se rapportant à la faculté décrite dans un étalage de luxe débordant, un sommet dans la collaboration de Rubens et de Brueghel. Dans ce cycle d’un niveau artistique et iconographique exceptionnel, les sens sont représentés dans différents contextes courtois. La série est une traduction des sentiments des archiducs Albert et Isabelle vis-à-vis de l’art, de la collection et du rôle représentatif de la splendeur et du faste. Les intérieurs, restitués de manière extraordinairement encyclopédique et détaillée par Brueghel et ornés de figures peintes par Rubens, sont d’un luxe inouï. Les archiducs offrirent ces tableaux à Wolfgang Wilhelm de Palz-Neuburg, leur principal allié au sein de l’Alliance catholique.

Le dernier, qui réunit les sens, présente en outre le portrait des souverains, et des objets scientifiques. Les sens: la vue (tableaux, longue vue, lorgnon dans la main du singe), le toucher (statues, faucon, pièces de monnaie), l’odorat (chiens, vase et tableau de fleurs), goût (singe).

Wenzel Hollar (Prague, 1607-Londres, 1677) Série de dessins à l’encre brune et pierre noire

L’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher

En 1627 il s’installe à Francfort, où il est l’élève de Matthaus Merian, puis (1630) séjourne à Strasbourg, Mayence et Coblence, où il rencontre Lord Thomas Howard, comte d’Arundel (1586-1646), ambassadeur de Ferdinand II. Il rentre à Prague avec le comte d’Arundel, puis le suit à Vienne, et en Angleterre où il s’installe (1637) et travaille pour le roi Charles Ier. Suite à la guerre civile, il est arrêté en 1645, s’enfuit et retrouve à Anvers le comte d’Arundel. Il retournera en Angleterre en 1652 après la restauration de Charles II.

L’oeuvre gravé de Wenzel Hollar compte plus de 2000 pièces : images religieuses, sujets mythologiques, animaux, sujets historiques, portraits de personnes illustres, caricatures, costumes, sujets de moeurs, topographie (Angleterre, Pays-Bas, Suisse, Bohème, Maroc..). Il contribua à introduire la technique de l’eau-forte en Angleterre.

Jean-Baptiste Oudry (1686-1755), goût, odorat

L’intention allégorique des différentes scènes se devine aisément.: la vue est symbolisée par une lanterne magique (cf. plus haut), le goût par un repas champêtre, l’odorat par la cueillette des fleurs, l’ouïe par le son de la musette rythmant une danse, le toucher par deux paysannes trayant leurs vaches et un ânier tenant par la bride son animal en le menaçant de son bâton.

Les œuvres ont subi des altérations (notamment leurs tailles diffèrent alors qu’à l’origine elles étaient semblables) et sont en assez mauvais état.

SENS SEPARES

OUÏE

Hendrick Terbrugghen (1588-1629), Le concerto, allégorie de l’ouïe, vers 1622

La femme, appuyée sur le lit défait, montre qu’elle n’est pas là pour jouer du luth, qui n’est que le symbole de l’essence de l’ouïe. L’homme tente d’attirer sa vue sur le violon. Une ambiance érotique baigne la composition, en accord avec les instruments à cordes qui renvoient aux rapports amoureux.

VUE

La curiosité, ou les méfaits de la vue

Dominiquin, le 1581-1641, La chasse de Diane, 1614

L’une des plus représentatives de ses œuvres, inspirée d’un thème mythologique tiré de l’Enéide de Virgile. Elle représente en fait un concours entre les nymphes, qui, par leurs postures, décomposent les mouvements du tir à l’arc. Diane brandit un arc, un carquois et un collier d’or destinés au vainqueur. L’objet de la compétition est un oiseau attaché à un pieu, selon un passage de l’Enéide, et la flèche qui lui transperce l’œil est allusion aux dangers courus par les curieux (cf. Actéon). Les bergers font signe de se taire, pour éviter que les nymphes soupçonnent leur présence. Les deux nymphes portant un daim blessé font allusion à la légende d’Actéon, puni pour sa curiosité.

Domenico Zampieri, dit le Dominiquin, peintre italien, un des plus grands représentants du classicisme bolonais. Sa formation académique au sein de l’école bolonaise, jointe à une étude approfondie de l’art classique et de l’œuvre de Raphaël, le conduit vers un nouveau classicisme, caractéristique du XVIIe siècle. La peinture, selon lui, doit tendre vers le “beau naturel” épuré et ennobli grâce à la clarté du dessin et à une géométrie harmonieuse de la composition. Parallèlement, il privilégie une conception de la nature idéalisée dans une série de peintures où le paysage joue un rôle fondamental.

Simon Vouet, Psyché et Amour, 1626

La scène se réfère au moment central de l’histoire d’Apulée, lorsque Psyché, mal conseillée par ses sœurs, ne résiste plus à la tentation de regarder son amant. La vue est le sens autour duquel se noue le drame. Pour satisfaire sa curiosité, Psyché perdra l’objet de sa flamme.

Simon Vouet (1590-1646), peintre français, fait un long séjour en Italie (1612-27) au cours duquel il s’intéresse au naturalisme caravagesque, aux Bolonais Reni et Guerchin,  aux vénitiens, d’où son style tempéré et classique. De retour en France, il adapte les nouveautés italiennes au style décoratif et aux idéaux esthétiques de la société Louis XIII.

TOUCHER

Caravage (1573-1610), L’incrédulité de saint Thomas, 1600-01

L’œuvre image avec exactitude les paroles de Thomas (évangile de saint Jean): “Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous et ne mets pas le doigt à la place des clous et n’enfonce pas ma main dans son côté, je ne croirai pas.” Elle se réfère au moment où Jésus dit au saint: “Porte ton doigt ici: voici mes mains; avance ta main et mets-la dans mon côté, cesse d’être incrédule et deviens un homme de foi.” D’où le geste de l’apôtre, qui rend la composition emphatique.

ODORAT

Joos Van Craesbeeck (1606-entre1654 et 1661), Le fumeur, 1638

Introduit en Europe après l’exploration de l’Amérique, le tabac est une découverte récente, et est particulièrement prisé dans la Hollande la commerçante d’alors. Son grand arôme en fait le symbole de l’odorat. Le fumeur utilise la pipe traditionnelle en plâtre et terre cuite, et le sujet fait partie de la thématique de l’artiste qui, comme son maître Adiaen Brouwer, s’attache à la représentation de types populaires.

Peintre de genre flamand. On ne sait rien de ses années de jeunesse. Il apparaît en 1630 à Anvers où il étudie chez Adriaen Brouwer, tout en exerçant le métier de boulanger. En 1633-34 il est listé dans la guilde de Saint-Luc. Sa peinture est très influencée par Brouwer, dans le choix des sujets comme dans la facture, avec une tendance plus bourgeoise.

GOUT

Annibal Carrache (1560-1609), Le mangeur de haricots, 1583-84

Mets simples et populaires, qui pourtant exaltent l’idée du goût (voire de l’odorat): verre de vin, pizza, pain, oignons, haricots. L’œuvre reprend la thématique d’origine flamande et prête une grande attention au type populaire qui, en Italie, a grande faveur depuis le Caravage. Le personnage est un paysan, un “vilain”, aux mains salies de terre.

Fils de tailleur, il commence très tôt son apprentissage artistique. Il admire Corrège, Titien, Véronèse. Ses premières œuvres datent de 1582, et d’ores et déjà lui est reproché ce qui sera la caractéristique de son style: réalisme et académisme, notions en principe contradictoires et qui pourtant définissent sa manière.

 

 

 

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