L’amour

L’AMOUR DANS L’ART

 

Les représentations et les formes en sont si diverses que le plus difficile a été le choix des oeuvres et la recherche d’un fil conducteur. Les sujets  étant essentiellement mythologiques (on ne s’en étonnera pas dans l’art occidental géré par la hiérarchie des genres, comme on ne s’étonnera pas, pour d’autre raisons, de trouver un maximum de tableaux du XVIIe siècle), c’est elle qui servira de point de départ.

 

I- LES ORIGINES

1- Les visages de l’amour dans la mythologie grecque

Eros est une personnalité très diverse qui a beaucoup évolué de l’ère archaïque aux époques Alexandrine et Romaine. Mais il sera toujours considéré, même lors des “enjolivements” alexandrins, comme une force primitive du monde, qui assure la continuité des espèces et la cohésion interne du Cosmos.

– Dans les anciennes théogonies, il est né en même temps que la terre du chaos primitif.

– Par la suite, on lui inventera des généalogies diverses dont la plus couramment usitée est qu’il serait le fils d’Hermès et d’Aphrodite Ouranienne. Un autre amour, Anteros (amour réciproque) serait le fils d’Hermès et d’Aphrodite née de Zeus et de Dionè.

– Petit à petit, il va prendre sa physionomie traditionnelle d’enfant, ailé ou non, qui sème la perturbation.

– Il est souvent accompagné d’Himeros (le désir) et de Pothos (la passion).

Caravage, l’amour vainqueur: Représentation de l’amour profane, vainqueur des symboles du monde moral et intellectuel, qu’il foule aux pieds.

Caravage, L’Amour endormi: oeuvre sans doute commandée par un chevalier de Justice qui avait fait voeu de chasteté, représentée par le sommeil de l’Eros et l’abandon de ses armes.

Chaudet (1763-1810), L’amour au papillon: Marbre exécuté après la mort de l’artiste d’après la statue en plâtre présentée à l’exposition de 1807. Le papillon, figuration de l’âme, est peut-être allusion aux amours de Cupidon et Psyché. Chaudet est le parfait représentant d’une génération formée sous l’Ancien Régime, qui conserve les grâces désuètes du XVIIIe siècle. Sous l’Empire, il devint un adepte de Canova (néoclassique) avec un penchant pour une certaine sensibilité romantique. De ce fait, il est une sorte de pont entre plusieurs générations.

Vien (1716-1809), La marchande d’amours: Vie,n, maître de David, a séjourné longtemps à Rome au moment des fouilles de Pompéi. Avec l’étude de Mengs, cela contribue à renforcer son penchant pour l’art néoclassique qu’il contribue largement à imposer par son oeuvre. Penchant exprimé dans ce tableau, évocation antique “pompéienne”. Il a été directeur de l’Académie de France à Rome et premier peintre de Louis XVI.

 

2- Les deux visages d’Aphrodite

Tout commence avec l’union de Ge et d’Ouranos, et la castration de ce dernier par son fils Chronos.

– Selon les plus anciennes versions, Aphrodite serait née de la rencontre de son sperme avec la mer (Aphrodite Anadyomène, “”surgie de la mer”). Portée par les Zéphyrs jusqu’à Cythère, puis Chypre où elle est vêtue par les Saisons (les Heures) puis conduite chez les Immortels.

Botticelli, La naissance de Vénus

Bouguereau (1825-1905), La naissance de Vénus, 1879

Cabanel (1823-1889), La naissance de Vénus, 1863. Notons qu’elle est peinte la même année que l’Olympia de Manet.

– Une autre version la fait naître des amours de Zeus et Dionè

Fronton du Parthénon: Léto, Dionè, Aphrodite.

Platon imaginera deux Aphrodite:

l’Aphrodite Ouranienne, déesse de l’amour pur

L’Aphrodite Pandémienne (populaire), déesse de l’amour vulgaire

origine d’une tradition qui restera vivace dans l’art occidental jusqu’à la fin du XIXe siècle: une femme nue est convenable car elle symbolise l’amour “pur”, une femme dévêtue est choquante car elle est vulgaire, impudique, voire vénale

Titien (1490-vers 1576), L’amour sacré et l’amour profane.

Watteau (1684-1721), Embarquement pour Cythère,

Cette curieuse assimilation d’amours profanes à la Vénus Ouranienne (représentée par une statue) nous embarque pour les amours multiples et divers, à commencer par ceux des Dieux.

 

II- LES AMOURS DES DIEUX

1- Les amours de Zeus (Jupiter)

Innombrables, ils donnent naissance à une multiple progéniture.

A- Unions divines:

Métis : Athéna

Thémis: Heures et Moires

Dionè: Aphrodite

Eurynomé: Charites

Mnémosine: Muses

Léto: Apollon, Artémis

Déméter: Perséphone

Héra (son épouse “légitime”): Arès Hébé, Ilithye, Héphaïstos

B- Unions humaines:

Alcmène: Héraclès

Antiope: Amphion, Zethos

Callisto: Arcas

Danaé: Persée

Egine: Eaque

Electre: Dardanos, Iasion, Harmonie

Europe: Minos, Sarpédon, Rhadamante

Io: Epaphos

Laodamie: Sarpédon (un deuxième)

Léda: Hélène, Pollux. NB Léda étant mariée à Tyndare, la nuit où Zeus la féconda (sous la forme d’un cygne, Tyndare en fit autant. D’où la naissance de deux œufs contenant chacun deux jumeaux, que l’on attribue respectivement à Zeus (Pollux et Hélène), et à Tyndare (Castor et Clytemnestre).

Mea: Hermès

Nimbé: Argus, Pélasgos

Plouto: Tantale

Sémélé: Dionysos

Taygèté: Lacédaemon.

 

Pour parvenir à ses fins, il prend divers déguisements: satyre pour Antilope, pluie d’or pour Danaé, Artémis pour Callisto, taureau pour Europe, aigle pour Ganymède.

Et, si ça ne marche pas, il enlève ses partenaires: Europe jusqu’en Crète, Ganymède vers l’Olympe.

Jupiter et Sémélé, Ingres: Après son union avec Zeus, Héra, jalouse, lui suggère de demander à son amant de se montrer dans toute sa gloire. Elle en périra, foudroyée.

Jupiter et Antiope, Goltzius peintre hollandais maniériste(1558-1617).

Danaé, Corrège (1489-1534): Fille du roi d’Argos Acrisios, à qui l’oracle avait prédit que son petit-fils le tuerait. Pour éviter tout problème, il enferme sa fille dans une chambre souterraine en bronze. Mais Zeus, en pluie d’or, s’infiltre par un interstice du toit jusqu’à son sein. Après la naissance de l’enfant, Acrisios l’enferme avec sa mère dans un coffre et les jette à la mer. Il sera pourtant tué par Persée, accidentellement, au cours de jeux à Larissa:  un vent violent poussera le disque que vient de lancer Persée jusqu’à la tête d’Acrisios.

Nouvelle Danaé, Girodet (1767-1824), Salon 1799. Curieux tableau qui a une curieuse histoire. Présenté au Salon, le Portrait de Melle Lange (une actrice très célèbre) essuie de mauvaises critiques. Elle en demande à Girodet le retrait immédiat, afin qu’il ne puisse nuire à sa réputation de beauté. Mortifié, Girodet le lui renvoie en quatre morceaux dans une enveloppe, et l’histoire fait le tour de Paris. Or, deux jours avant la fermeture du Salon, Girodet expose la Nouvelle Danaé, en laquelle tout le monde reconnaît Melle Lange, d’autant qu’elle est présentée dans le cadre du portrait, dont il a repeint les médaillons avec des animaux symboliques des “qualités” de l’actrice (un boeuf et trois grenouilles, la vanité; des papillons butinant de l’or, la cupidité; une autruche à queue de dindon, la duplicité;  une sirène à double queue tenant un miroir, la prétention et le ridicule). Portrait charge, il est rempli d’allusions à la vie vénale et “débauchée” du personnage. De grosses pièces d’or (à l’effigie d’une bête à cornes) tombent d’une toile d’araignée, certaines directement dans le sexe de la Danaé. A sa droite, un Cupidon féminin, est allusion à la fille que Lange a eue d’une de ses amants (Hoppé). A gauche, un autre Cupidon plume la queue d’un dindon (le mari, Michel Jean Simons), apparemment ravi de la situation. Sous le siège, un satyre est aveuglé par une pièce d’or: c’est un autre amant, le vieux marquis de Lenthrand, dit Beauregard. Une colombe aux ailes brisées par l’or porte un collier avec la devise Fidelitas, une autre, sur le collier de laquelle est écrit Constancia, s’envole.

L’excès de satire a choqué. Mais, à travers elle, Girodet fustige aussi une société de plus en plus vénale, où aucune institution ne protège plus les artistes

Jupiter en Diane et Callisto, Boucher (1703-1770): Callisto s’est vouée à la virginité pour rejoindre les compagnes d’Artémis. Séduite par Zeus, déguisé en Artémis (Diane), enceinte, elle sera chassée par la déesse et transformée en Ourse (par Artémis? Par Héra, jalouse? Par Zeus pour la protéger?). Elle deviendra la Constellation de la Grande Ourse.

Enlèvement d’Europe, 1747, Boucher: Zeus se transforme en un taureau blanc, si beau et si gentil qu’Europe, après l’avoir caressé, s’assied sur son dos. Zeus en profite et l’enlève.

Enlèvement de Ganymède, acrotère de terre cuite d’un temple archaïque: A peine adolescent, Ganymède garde les troupeaux de son père, quand Zeus s’enflamme d’amour pour “le plus beau des mortels”. Il l’emmène sur l’Olympe où il lui servira d’échanson. Selon les version, l’enlèvement aurait été réalisé par Zeus lui-même (c’est ici le cas), par Zeus déguisé en aigle, par un aigle, animal favori de Zeus.

 

2- Les enlèvements et métamorphoses d’autres dieux 

Zeus n’est évidemment pas le seul à recourir à des moyens extrêmes ou pervers.

Deux exemples:

Enlèvement de Proserpine, vers 1560/70, Niccolo dell Abate (v.1509-1571): Fille de Zeus et Déméter, Perséphone (Proserpine) est aimée d’Hadès (Pluton), qui l’enlève alors qu’elle cueille des fleurs avec les nymphes en Sicile. Déméter désespérée refuse de produire la végétation, la terre devient stérile et les hommes se plaignent à Zeus qui ordonne à Hadès de rendre Perséphone. Mais celle-ci a mangé un grain de grenade, fruit des Enfers, ce qui l’y attache à jamais. Elle finira par pouvoir revenir sur terre six mois de l’année. D’où le rythme des saisons.

Vertumne et Pomone, Boucher: Il ne s’agit plus là d’un mythe grec, mais romain. Vertumne, dieu (sans doute étrusque) protecteur de la végétation, peut se transformer comme il le veut. Pomone est une nymphe qui veille sur les fruits. Vertumne, amoureux, tente d’attirer son attention sous toutes sortes de déguisements, sans y parvenir. Finalement, changé en vieille femme, il arrive à se faire écouter et lui tient tout un discours sur l’amour, le bonheur, etc. Elle sera séduite…

 

3- Les amours d’Aphrodite (Vénus)

De nombreuses légendes racontent ses amours divers, ses colères et malédictions, ses amitiés et ses faveurs, toutes dangereuses.

– Mariée à Héphaïstos (Vulcain), dieu forgeron, boiteux et très laid, mais dont les oeuvres sont si belles qu’elles peuvent être comparées à la déesse.

Evidemment, elle le trompe.

– D’abord avec Arès (Mars), le dieu guerrier à qui elle fait abandonner ses armes. Surpris un jour par Hélios (le soleil) au petit jour, les deux amants sont dénoncés à Héphaïstos, lequel invente un piège, un filet magique que lui seul peut manoeuvrer. Une nuit, il referme le filet sur les amants et appelle tous les dieux de l’Olympe à venir se gausser.

– Elle aime le mortel Anchise, avec lequel elle concevra Enée

– Elle aime Adonis, fils de Myrrha: en colère contre celle-ci, Aphrodite la pousse à éprouver des désirs incestueux pour son père Théias. Avec l’aide de sa nourrice, elle parvient à le tromper pendant 12 nuits. Quand le père s’en aperçoit, il veut la tuer, et elle se met sous la protection des dieux qui la transforment en arbre à myrrhe. Dix mois après, l’écorce de l’arbre éclate et en sort un enfant, Adonis. Aphrodite, qui se sent un peu responsable, s’émeut devant sa beauté et le confie, pour qu’elle l’élève, à Perséphone. Mais celle-ci refusera de le lui rendre, et Zeus, appelé à juger, décide qu’il passera un tiers de l’année chez chacune, le troisième tiers où il le voudra. Et… il choisira de passer deux tiers avec Aphrodite.

Malheureusement, l’on ne sait trop pour quelle raison (colère d’Artémis, jalousie d’Arès, vengeance d’Apollon contre Aphrodite qui a aveuglé son fils Erymanthe), les dieux enverront un sanglier le tuer au cours d’une chasse. De son sang naîtra une fleur, l’anémone.

Vénus et Vulcain, Boucher: Vénus vient demander à son époux de forger des armes pour Enée, lors de la guerre de Troie. Le mari n’est pas rancunier…

Vénus et Mars, Botticelli (1445-1510): Selon la pensée néoplatonicienne, illustre l’influence bénéfique de l’Humanitas sur l’ardeur guerrière. Mars, endormi, a abandonné ses armes. Sans doute panneau de coffre, peut-être exécuté pour les Vespucci (des guêpes sortent d’une souche à l’angle de droite).

Vénus et Enée, Poussin (1594-1665)

Vénus et Adonis, Canova (1757-1822), sculpture néoclassique.

Vénus et Adonis, Spranger (1546-1611), maniériste qui a travaillé en Italie, à Vienne et à Prague.

Mort d’Adonis, Sebastiano del Piombo (1485-1547).

 

4- Les amours de l’Amour: Psyché

L’Amour n’est pas que conducteur des amours des autres. Il a aussi ses propres problèmes, et devra faire face à la méchanceté de sa propre mère. L’histoire de Psyché est tirée des Métamorphoses d’Apulée (auteur latin du IIe siècle). Fille de roi, elle est si belle qu’aucun prétendant n’ose l’approcher (et que Vénus en est jalouse). Un oracle conseille à son père de la laisser sur un rocher où un monstre viendra la prendre pour la conduire à un époux. Elle est emportée vers un magnifique palais où des esclaves invisibles lui parlent et la servent, et où toutes les nuits la rejoint un mari qui lui ordonne de ne jamais chercher à le voir.

Mais un jour, elle retourne voir ses parents et ses soeurs (les vilaines!) la persuadent de désobéir. Une nuit, elle allume une lampe à huile et découvre le superbe adolescent… Mais une goutte d’huile tombe sur lui, le réveille, et il s’enfuit. Désespérée, errante, elle le cherche partout, poursuivie par la colère d’Aphrodite qui va l’enfermer et en faire son esclave. Elle poussera même la perversion jusqu’à l’envoyer chercher chez Perséphone un flacon d’élixir de jeunesse, qu’elle ne doit surtout pas ouvrir. Ce qu’évidemment elle fait, et elle s’endort d’un sommeil éternel. Mais il y a happy end: L’Amour, qui lui aussi ne pouvait se consoler de l’avoir perdue, la retrouve enfin et la réveille de la pointe de ses flèches. Ils finiront tous deux sur l’Olympe.

Comme quoi ni Perrault ni Mme de Beaumont n’ont inventé quoi que ce soit!

L’Amour et Psyché, 1817, Picot (1786-1868)

L’amour et Psyché, Clodion (1738-1814)

Psyché ranimée par le baiser de l’Amour, Canova (1757-1821)

 

5- Les méfaits d’Aphrodite

A- Ses malédictions:

– Elle inspire à Eos (l’Aurore), parce qu’elle a eu une aventure avec Arès, un amour impossible pour Orion.

– Elle punit les femmes de Memnos, qui ne l’honoraient pas assez, en les affligeant d’une odeur pestilentielle qui fera fuir leurs époux (elles fonderont une société de femmes).

– Elle punit les filles de Cinyras en les obligeant à se prostituer.

– Elle (ou Poseidon, selon les légendes) inspire à Pasiphaé un amour monstrueux pour un taureau, pour punir Hélios (père de Pasiphaé) d’avoir dévoilé ses amours avec Arès.

Etc.

B- Ses faveurs:

La plus célèbre est celle qui concerne Pâris. Eris (la discorde) avait un jour jeté une pomme (la pomme de la discorde) au milieu de l’assemblée des dieux, qui évidemment vont se disputer. En l’occurrence il s’agit de désigner la plus belle des déesses. Trois sont en lice: Aphrodite (Vénus), Héra (Junon), Athéna (Minerve). Il sera décidé de demander à l’innocent Pâris de trancher. Héra lui offre la royauté universelle, Athéna l’invincibilité, Aphrodite l’amour de la plus belle femme au monde, Hélène… On connaît la suite. Il choisit bêtement Hélène, et c’est la guerre de Troie. Aphrodite défend les Troyens, parmi lesquels sont Pâris et Enée, mais les Troyens perdront la guerre.

Elle parviendra tout de même à sauver son fils Enée, qui partira avec son père et son fils et ira fonder Rome. Vénus fait donc l’objet à Rome d’un culte particulier, considérée comme la Vénus Genitrix. Et Iule, fils d’Enée, est dit ancêtre des Julii.

Jugement de Pâris, N M Deutsch (1484-1530). Artiste suisse, il interprète la tradition allemande avec des accents fantastiques et visionnaires, non dénués d’ironie. Partisan de l’iconoclasme protestant, il se consacre à partir de 1520 aux thèmes mythologiques.

Jugement de Pâris, Watteau (1684-1721)

Pâris et Hélène, 1788, David (1748-1825): Les armes de Pâris sont abandonnées, accrochées sur la gauche à une colonne, les symboles amoureux multipliés: sur la base du lit, Léda et le cygne, sur le montant de droite, l’Amour et Psyché, sur la colonne de gauche Vénus à la pomme. Exécuté sans doute pour le comte d’Artois, frère du roi.

 

III- LES FORMES DIVERSES DE L’AMOUR

 

1- L’adultère

Très usuel chez les dieux, il est aussi, chez les mortels, largement représenté. Qu’il soit avéré, latent ou supposé, faux (calomnieux).

La buveuse, Pieter de Hooch (1629-après 1684): “Sans Bacchus et Cérès, Vénus reste frigide”. Le jeune homme connaît le dicton, sert à boire à la jeune femme déjà grisée, tandis que l’entremetteuse supposée donne ses conseils et que précisent le propos: le chien (fidélité) endormi, le tableau (Le christ et la femme adultère de Rembrandt), la statuette d’Hermès (Mercure), pourvoyeur en bonnes fortunes de Zeus.

Suzanne et les vieillards, Tintoret (1518-1594): épisode très représenté de la Bible, car il symbolise  le triomphe de l’innocence, ou l’église menacée. Parmi les Israélites exilés à Babylone, un homme riche, Ioachim, a épousé Suzanne, qui est une beauté. Les Hébreux viennent souvent dans son jardin discuter de questions juridiques devant deux vieillards désignés comme juges. Un jour, vers midi, après le départ de tous, Suzanne se promène dans le jardin, et comme il fait très chaud, elle prend un bain. Les deux vieillards (qui la guignaient depuis longtemps et l’épiaient chaque jour)se jettent sur elle. Elle les repousse (bien entendu!). Pour se venger, ils l’accusent d’adultère avec un jeune homme, et malgré ses protestations d’innocence, l’assemblée la condamne à mort (ô qu’il faisait bon vivre en ce temps-là!). Heureusement, Dieu l’entend et envoie Daniel pour démasquer les deux vieillards (lubriques) qui seront lapidés…

 

2- Le mariage

Pour qu’il y ait adultère, il faut qu’il y ait eu mariage, et les couples légitimes sont légion depuis l’Antiquité.

– Mariages divins:

Zeus et Héra, vers 470-460 avant JC, Temple E de Sélinonte

Mariage de la Vierge, Le Rosso (1495-1540), l’artiste à qui revient la conception de la Galerie François 1r à Fontainebleau.

– Mariages bibliques:

Le Paradis, Rubens (1577-1640)

– Mariages mythologiques:

Ulysse et Pénélope, vers 1500, Le Primatice (1504-1570). Image exemplaire de la fidélité conjugale. L’oeuvre évoque la Galerie d’Ulysse à Fontainebleau, célèbre dans le monde entier, détruite par Louis XV pour construire l’énorme bâtiment où devait loger sa cour, défigurant également ainsi l’harmonie du château (cf. Architecture et Vandalisme)

– Mariages profanes et communs: ceux-là représentent des couples (plus ou moins anonymes), l’artiste et sa femme, l’épouse aimée, les problèmes du couple.

Les époux Arnolfini, Van Eyck (v.1390-1441)

Portrait d’un couple, Franz Hals (v.1580-1666): non identifié, le couple est considéré parfois comme celui de l’artiste.

Lipchitz et sa femme, 1916-17, Modigliani (1884-1920)

Hélène Fourment au carrosse, Rubens (1577-1640)

Les yeux clos, 1890,Odilon Redon (1840-1916)

Job raillé par sa femme, Delatour (1593-1652): Le pauvre Job était affligé par Dieu d’un ulcère inguérissable qu’il supportait stoïquement, se grattant avec un tesson. Sa femme, non croyante, lui dit un jour: “quel est donc ce dieu qui t’inflige ça? Laisse-le, et crève donc” (NB : je traduis et schématise)

– Mariages tragiques

A ma femme, 1933/44, Chagall (1887-1985): tableau repris en 1944 après la mort de Bella

Douleur d’Andromaque devant le corps d’Hector, 1783, David: morceau de réception de l’artiste à l’Académie.

Hermès,Eurydice et Orphée, relief éleuséen, Ve siècle av. JC

Orphée, 1865, Moreau (1826-1898)

 

3- Amours inassouvis

Le désir ne suffit pas toujours à entraîner la réciprocité.

– Amour mort-né

Achille et Penthésilée, coupe attique, vers -455: Penthésilée, fille d’Arès, est reine des Amazones. Elle vient au secours des Troyens, et provoque Achille en duel. Au moment où il la tue, Achille en tombe amoureux.

Funérailles d’Atala, 1808, Girodet: Scène qui conclut le roman de Chateaubriand, avec le vieux missionnaire, Atala, et Chactas. Beaucoup représentée, car elle est une reprise de l’iconographie religieuse de la mise au tombeau/ Atala, convertie au Christianisme, a promis à sa mère de ne jamais se marier. Pour éviter de succomber à la tentation de répondre à l’amour de Chactas, elle se suicide.

– Amour sans réponse:

Salmacis et Hermaphrodite, vers 1581, B. Spranger: Hermaphrodite est fils d’Hermès et d’Aphrodite, et, comme il se doit, très beau (comme sa mère). Il voyage beaucoup (comme son père). Un jour, en Carie, il s’arrête au bord d’un lac, dont la nymphe, Salmacis, lui fait des avances (éhontées!). Il la repousse, et elle fait semblant de se résigner. Mais elle le guette, et dès qu’il se baigne, et donc pénètre dans son domaine, elle s’attache à lui et il ne parvient pas à s’en défaire. Elle demande aux dieux que leurs corps soient unis à jamais. C’est la naissance d’un être double, homme et femme.

Hermaphrodite endormi, art romain, réplique d’un original de Policles, 150 av.JC. NB- Le même au Louvre, dont le matelas a été exécuté par le Bernin lors de son séjour à Paris.

Le sommeil d’Endymion, Girodet. Aimé de la lune (Séléné), qui demandera à Zeus qu’il dorme d’un sommeil éternel pour conserver jeunesse et beauté.

Echo et Narcisse, Poussin: Narcisse méprise l’amour malgré les sollicitations de nombreuses jeunes filles et nymphes, dont fait partie Echo. Némésis (la Vengeance), entendant ses réclamations, fait en sorte qu’après une chasse, Narcisse se penche sur une eau limpide pour se désaltérer. Il tome amoureux de sa propre image (son double), et n’osant plus bouger ni même boire pour ne pas troubler l’eau, se laisse mourir de faim et de soif. A l’endroit de sa mort surgira une fleur, le Narcisse.

 

4- Amours coupables ou pervers

– Pédophilie

Ganymède, coupe du peintre dit de Berlin”, vers -490-480: l’amour de Zeus pour Ganymède tient de la pédophilie, car l’échanson est très jeune.

Antinoüs, après 138 de notre ère. Amant (très jeune) de l’empereur, Hadrien, Antinoüs périt noyé dans le Nil en 130. Hadrien le divinisera et fondera un culte, d’où la multiplication des statues de ce type.

– Homosexualité

Noces du duc de Joyeuse et de Louise de Vaudrémont (anonyme du XVIe siècle). On connaît bien les “mignons” d’Henri III, dont fait partie le duc de Joyeuse. Pour tromper l’adversaire, on lui fera épouser cette malheureuse Louise de Vaudrémont.

Gabrielle d’Estrées et la duchesse de Villars: malgré l’interprétation officielle (certainement juste) des deux soeurs, dont le geste de l’une sur le sein de l’autre serait l’annonce qu’elle est enceinte, certains y voient deux homosexuelles, arguant du fait que les jeux de la cour étaient très divers…

Le sommeil, 1866, Courbet (1819-1867)

– L’inceste

Oedipe et le sphinx, Ingres (1780-1867). On connaît bien l’histoire: fils de Laios et de Jocaste, Oedipe tuera son père (par erreur) et épousera sa mère (sans le savoir).

 

IV- AMOURS ORDINAIRES ET COMMUNS

Ce sont les plus courants, même si pas les plus représentés. Mais le XVIIe, friand de scènes croquignolettes, ne se contentera pas des seuls amours divins. Il inventera aussi les pastorales, et bien d’autres formes, présentes également dans d’autres époques et en d’autres lieux.

L’Idylle du berger, 1768, Boucher

Raphaël et la Fornarina, Ingres : une maîtresse dangereuse…

– Amours coquins et polissons

Mademoiselle O’Murphy en Odalisque, Boucher. L’identification est contestée, mais le tableau si craquant que je n’ai pu résister…

Très riches heures du duc de Berry, mois de mai. Sous toutes réserves (rien n’est sûr), les couleurs des robes seraient signifiantes: le vert montrerait la disponibilité amoureuse.

La chemise enlevée, Fragonard (1732-1806)

Le verrou, Fragonard

– Amours vénales: les courtisanes

Les courtisanes, Carpaccio (?-1526)

Utamaro (1753-1806), amants sous une moustiquaire

Harunobu (1725-1770), Courtisane sur l’engawa

Rolla, 1878, Gervex : Poème de Musset. Rolla, après une vie de débauche, ruiné, se jette par la fenêtre après un dernier regard sur la courtisane avec laquelle il a passé la nuit. Sur le conseil de Degas, Gervex avait laissé les vêtements de la femme à terre (“tu veux faire une femme, montre son corset”). Ces vêtements furent intolérables, et le tableau refusé au Salon pour inconvenance. NB- Même problème que pour le déjeuner sur l’herbe de Manet. Cf. l’ Aphrodite “pure” et l’Aphrodite “vulgaire”.

Toulouse-Lautrec (1864-1901), le salon de la rue des moulins

– Amours cachées

Berthe Morisot, Manet (1832-1883)

– Amours étalées

Picasso, portraits de Marie-Thérèse et de Dora Maar. Il a une liaison avec les deux en même temps.

– Amour paternel

David, Antiochus et Stratonice, concours pour le prix de Rome 1777, et la réussite (enfin!) de David: Séleucos, lieutenant d’Alexandre, a une deuxième femme, Stratonice, dont son fils Antiochus est tombé amoureux au point qu’il en tombe malade. Son médecin, Erisistrate, comprend la raison de sa maladie et raconte l’histoire à Séleucos, comme s’il s’agissait de son propre fils. “Ton fils est plus important, donne-lui ta femme”, lui conseille Séleucos. Et il donnera Stratonice à Antiochus.

– Amour de sa propre créature

Bargellini, Pygmalion. Pygmalion, roi de Chypre, tombe amoureux d’une statue d’ivoire qu’il a lui-même sculptée. Sur sa prière, Vénus la transforme en femme… Et il l’épousera.

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