CONTES ET LEGENDES

I- Imaginaire, IMAGINATION

1- DEFINITIONS

Imagination: 1- Faculté que possède l’esprit de se représenter des images: connaissance, expérience sensible

2- Faculté d’évoquer les images des objets qu’on a déjà perçus (imagination reproductrice): mémoire

3- Faculté de former des images d’objets qu’on n’a pas perçus ou de faire des combinaisons nouvelles d’images (imagination créatrice), faculté de créer en combinant des idées: fantaisie, invention, créativité, inventivité.

Imaginaire: 1- Qui n’existe que dans l’imagination, qui est sans réalité: irréel, fictif, fabuleux, fantastique, légendaire, mythique.

2- Qui n’est tel que dans sa propre imagination.

3- Produit, domaine de l’imagination.

2- APPROCHE THEORIQUE

Les définitions montrent que le terme d’imagination recouvre à la fois la connaissance (la conscience) de la réalité et la possibilité de créer à partir de cette connaissance. L’imaginaire, sans réalité, renvoie au domaine du fictif et du mythique. Une nuance de sens qui n’est pas sans importance. L’imagination a un rôle fonctionnel, créateur, fondé sur la capacité à inventer. Elle se nourrit de sources multiples : de la réalité, de l’affleurement de l’inconscient, d’engrangements culturels d’ordre cognitif et raisonné, mais aussi de nature plus floue, plus profonde et souvent confuse, fonds qui peut relever de ce que Jung définissait comme “inconscient collectif”. C’est à ce fonds que l’on donnera le nom d’imaginaire. Les mythes fondateurs de l’Occident, dans l’Antiquité grecque ou le panthéon viking par exemple, sont à eux seuls révélateurs des fantasmes humains. D’un Chaos primordial émergent des dieux créateurs d’un monde ordonné dans lequel ils s’installent, puis donnent naissance aux humains. Ainsi apparaît-il que la première des angoisses est celle d’un néant exprimé dans l’inorganisation. Et lors de la mise en ordre du monde apparaissent, sous des formes diverses, la lutte du bien et du mal, l’opposition de la lumière et des ténèbres, les images de la Mère et du Père, l’idée d’un âge d’or perdu, d’une mortalité que l’homme se serait attirée par une faute ancienne, etc. Ces mythes fonderont les religions, les rites, les superstitions, et s’exprimeront dans les légendes, voire les contes, qui en sont la « mise en discours » plus ou moins rationalisée. Mais dans le récit restent la structure et la portée du mythe d’origine, qui révèle que le monde, l’homme et la vie ont une origine surnaturelle, éminemment sacrée.

C’est pourquoi, selon Mircea Eliade, toute action humaine pourvue de sens répète un archétype mythique. Et l’on peut considérer que toute création au sens fort du terme, dont la finalité est d’exprimer l’homme qui la produit tout autant que celui qui la reçoit, est en quelque sorte une résurgence d’un sacré primordial, une re-création du monde. Il n’est pas innocent de constater que l’on retrouve dans la trilogie devenue « culte » de La guerre des étoiles tous les mythes classiques (héros /Thésée qui franchit les obstacles, sage/Merlin qui le conseille, épée magique, etc.). Hors ses qualités intrinsèques, c’est ce qui en fait la force.

 

L’imaginaire s’appuiera donc sur un fonds archétypal. Fonds amorphe, sans doute patrimoine commun à toute l’humanité, émergé lors d’influences extérieures et exprimé en symboles, c’est-à-dire en images aux significations variables selon les civilisations, les moments, le contexte, l’individu, mais toujours porteuses d’un en deçà transcendantal, d’une Image Première qui affleure à la conscience par l’intermédiaire de schèmes, mouvements de l’inconscient liés aux réflexes moteurs. Le nourrisson, par exemple, a pour première image celle de sa mère, associée à la nourriture qu’elle lui apporte. Et donc aux sensations de protection, de digestion, d’enveloppement, de chaleur et de douceur, aux réflexes biologiques de succion et d’avalage, aux gestes de se blottir, de saisir, etc. Ces sensations et mouvements instinctifs constituent les schèmes, liés confusément dans l’inconscient au premier grand archétype, la Mère, qui s’enrichira par la suite d’images mythiques véhiculées par l’inconscient collectif et alimentées par l’environnement. D’autres réflexes conduiront d’autres schèmes, ceux du redressement liés à la station debout, ceux du balancement liés à des sensations rythmiques, etc., tous fondant des images primordiales, et au-delà générant des actions conscientes ou non, des œuvres, ouvrages, objets, qui en seront la concrétisation. C’est ainsi que les poupées gigognes, en induisant des actions d’emboîtement, s’inscrivent dans l’archétype maternel avec toutes les évocations de possession, de protection, d’enfermement, de trésor caché et révélé, qu’il véhicule. Il en est de même, toutes proportions gardées, d’œuvres d’art qui mettent en scène des intérieurs bien clos (Chardin entre autres, ou les intérieurs hollandais du XVIIe), des Boîtes de Cornell, de certaines créations d’Arman (La maison de grand-mère).

Tout en précisant bien que tout classement n’est qu’hypothétique et relatif, Gilbert Durand (Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Bordas) a tenté cette gageure de ranger les images en trois catégories. La mythologie grecque permet d’en simplifier l’énoncé. On a évoqué plus haut la création du monde à partir du Chaos: de ce chaos émerge d’abord Gè, la Terre, Mère primordiale, qui donne naissance à Ouranos qui deviendra son époux et le père d’une nombreuse progéniture. Une progéniture qu’il fait ravaler à Gè de crainte d’être détrôné, jusqu’à ce que celle-ci demande à l’un de ses fils, Cronos, de la débarrasser de cet encombrant époux: et Cronos châtre Ouranos. Puis, uni à l’une de ses sœurs Rhéa, il reconduit le geste de son père en dévorant ses enfants au fur et à mesure de leur venue au monde… C’est l’objet de l’oeuvre terrible de Goya, Saturne.

Aux représentations mentales d’une mère protectrice et nourricière, aux schèmes d’enveloppement et de digestion, aux sensations de douceur et de chaleur, vont donc s’opposer les angoisses, les pulsions de mort, les schèmes de la défense et de la destruction, concrétisés en images ténébreuses, en oppositions tranchées clarté/obscurité, sommet/gouffre, héros/monstre, etc. Le Romantisme, marqué par le mythe du héros, en sera l’illustration : Victor Hugo, Géricault, Gros, Delacroix… Mais également des œuvres de Bruegel (Margot la Folle, La  chute des anges rebelles), les Peintures noires de Goya, la période hollandaise de Van Gogh, les Colères d’Arman, La nuit du chasseur de Laughton, Les oiseaux de Hitchcock, Alien de Ridley Scott, etc.

Entre les peurs fondamentales et la recherche de protection se glisse une troisième catégorie qui en tente l’équilibrage dans des pulsions de vie fondées sur le devenir, une conscience du temps qui met en cohérence passé et avenir, s’incarne dans les gestes en aller-retour, s’image dans les rythmes saisonniers, se marque dans les rites de passage. C’est, par exemple, la madeleine de Proust, ce sont les initiations multiples qu’évoquent les contes, les films (Peau d’Ane de Demy entre autres), les images de floraison ou de fructification (tapisseries Mille fleurs du Moyen Age, Vergers en fleurs de Van Gogh), les tissages d’herbe de Marinette Cueco…

Notons bien cependant que toute œuvre forte ne peut s’inscrire dans une catégorie unique : La nuit du chasseur, film ténébreux certes, est aussi un film sur le passage et la recherche de protection, Peau d’Ane est un nœud de symboles où s’évoquent tour à tour le père dévorateur, l’ange gardien, l’asile, etc., les Colères d’Arman sont immédiatement compensées par les schèmes « maternels » de possession de ses Accumulations, sans même parler de la mise en cohérence passé/présent que ces dernières représentent.

CRONOS

GE

HERMES

clair/sombre, pur/souillé, haut/bas, montée/chute… Ases profond, caché, intime, petit, calme, chaud, protégé… Vanes avenir/passé, initiation…
lumière/ténèbres, sommet/gouffre, ciel/enfer, héros/monstre, géant, dominant… microcosme, mère, femme, nuit, demeure (abri, caverne, île), nourriture, substance feu/flamme, fils, arbre, germe, roue, croix…
armes, escalier, pyramide… ventre, berceau, barque, … spirale, rouet, …

 

3- ARCHETYPES, MYTHES, SYMBOLES

Archétypes:

Du grec archétupos (modèle originel, type), l’archétype, interprété par Platon comme Idée, est en quelque sorte un prototype, modèle originel, transcendant et parfait, dont l’homme a la nostalgie. Pour Jung, ce sont les “formes imagées de l’instinct” qui constituent l’inconscient primitif. Formes que l’on retrouve sous diverses interprétations dans les légendes et dans les contes, dans la littérature épique et dramatique, et bien entendu dans les arts représentatifs de tous ordres.

CRONOS

DEVORATION:

Goya, Saturne

Gueules de l’enfer: Conques, Psautier de Winchester, Notre-dame des fontaines

Bruegel, Margot la folle

ARMES:

Bruegel, Chute des anges rebelles

Winge, Combat de Thor et des géants

Johannes Gehrts, Thor

Arbo, La chasse d’Odin

Arbo, Walkyrie

MONSTRES:

Fussli, Thor et Hymir contre Midgardsormr

Combat des Dieux et des géants, grand autel de Pergame

Léviathan: Arthur Rackham, Gustave Doré

Le 5e jour de la Création, quand il donne forme à tous les animaux de la mer, Dieu crée le dragon-serpent Léviathan, maître de tous les êtres vivant dans les océans, immortel, avec lequel il joue, jusqu’au Jugement dernier, les 3 dernières heures de chaque jour (Bible).

Léviathan et Béhémoth, William Blake

Supposé long de 11 km et être le partenaire mâle de Léviathan, Béhémoth est décrit par Dieu lui-même dans le Livre de Job, comme un herbivore musculeux vivant dans les marécages.

GE

MERE: déesses-mères:

Vénus de Willendorf

La statuette est en calcaire oolithique et mesure 11 cm de hauteur. Elle représente une femme nue debout, présentant une forte obésité, les bras posés sur d’énormes seins. La tête finement gravée semble être entièrement recouverte par des tresses enroulées, le visage est donc caché. La loi de frontalité est respectée.

Des restes de pigments laissent supposer qu’originellement la statuette était peinte en rouge. La perfection de son modelé lui a apporté une renommée mondiale.

L’interprétation est problématique. Différentes significations ont été proposées, toutes délicates à tester scientifiquement

* gardienne de la maison et du foyer, gardienne du feu  ;

* symbole de la fécondité féminine en rapport avec la grossesse et la maternité en soulignant les parties génitales féminines ;

* représentation de “l’idéal féminin paléolithique”

Mère des Afo,

Elle porte 2 enfants sur son dos et donne le sein à un 3e.

Il peut s’agir d’une ancêtre, la mère des Afo. Peu de documentation disponible sur cette petite ethnie du Nigéria.

Statuettes romaines de déesse-mère

Les figurines gallo-romaines furent les dernières terres cuites de l’Antiquité. Leur centre de fabrication était localisé le long de la vallée de l’Allier (Toulon-sur-Allier, Lezoux), dans des ateliers qui produisaient simultanément des poteries sigillées. La technique du moulage permettait une large diffusion dans les provinces de la Gaule.

Symboles de maternité et de force créatrice, les déesses-mères exerçaient une action tutélaire : on plaçait leur image dans les laraires, dans les sanctuaires de sources, avec des ex-voto représentant les parties du corps malades, ou dans les sépultures.

FEMME:

Blommer, Freya à la recherche de son époux

Freyia, la mystique aux yeux bleus et à la chevelure dorée, la plus populaire de toutes les déesses dans les pays nordiques, déesse de l’amour, de la fertilité, de la guerre et de la sexualité.Elle voyage dans un chariot tiré par des chats.

Fille de Njord, dieu de la mer et de Skadi, déesse du ski, Freya est la sœur jumelle de Freyj (plusieurs légendes rapportent qu’elle était également son épouse) et fait partie des dieux Vanes (une des deux branches de dieux nordiques).

Son nom signifie dame, femme. En histoires d’amour, c’est vers Freyia qu’il faut prier. Elle est clémente et bonne. Elle porte un collier magique qui s’appelle Brisingamen et une peau d’épervier. Quand son mari, Odr, lui manque, Freyia pleure des larmes d’or, qui se transforment en ambre quand elles tombent à la mer. En tant que déesse Vane, Freyia a montré le Seid (la magie) aux Géants et appris à Odin l’art astral. Elle est considérée comme la première parmi les Valkyries et reçoit la moitié des hommes tombés aux combats. Elle les emmène dans son manoir Sessrumne à Folkvang. C’est Odin qui prend l’autre moitié.

REFUGE Maison, barque, coquille, etc.:

Tintoret, Titien, Annonciation

Botticelli, Naissance de Vénus

NOURRITURE:

Poussin, Jupiter et la chèvre Amalthée

Abildgaar, Audumia allaitant le géant Ymir

HERMES

ARBRE, FRUITS

Arthur Rackham, Idun “la toujours jeune”

Déesse de la fécondité-fertilité, détentrice des pommes de jouvence qui permettent aux dieux de rajeunir.

 

II- DU MYTHE AU CONTE

Un très grand nombre de théories ont cherché à expliquer la naissance des mythes, des légendes, des contes, fables et, d’une façon générale, ce qui appartient au folklore. Tous désignent en commun :

1° un récit (écrit ou parlé) dont ceux qui le rapportent se considèrent comme les dépositaires et non comme les auteurs;

2° des personnages dont certains – voire tous- possèdent une nature surhumaine jointe fréquemment à un comportement humain  et une histoire constituée d’événements qui peuvent être également naturels ou surnaturels, dans un décor réel (ou réaliste) ou surnaturel (merveilleux);

une fusion totale entre les éléments réels et les éléments surréels au sein du récit même, qui apparaissent ainsi tous sur un pied d’égalité.

 

1- MYTHES ET MYTHOLOGIE

Le muthos grec se traduit d’abord par parole et discours, puis par fable, récit non historique. Il est donc d’abord une mise en discours qui a pris le sens de “récit fabuleux, transmis par la tradition, qui met en scène des êtres incarnant sous une forme symbolique des forces de la nature, des aspects de la condition humaine” (Robert). Souvent transmis par la littérature, son origine est populaire, et son sens est de traduire sous forme intelligible l’inexplicable. Ainsi décrira-t-il des événements déroulés hors du temps, ainsi personnifiera-t-il les forces naturelles (mythe solaire), ainsi narrera-t-il les exploits de personnages hors du commun, dieux ou héros. D’une façon générale, le mythe raconte comment quelque chose est venu à l’existence: le monde, l’homme, telle espèce animale, telle institution sociale.

On conviendra de désigner sous le nom de mythe un ensemble d’aventures dont les personnages sont considérés comme des dieux, des demi-dieux ou des héros.

 

2- EPOPEE ET HEROS

L’épopée,“long poème (et plus tard, parfois, récit en prose de style élevé) où le merveilleux se mêle au vrai, la légende à l’histoire, et dont le but est de célébrer un héros ou un grand fait” (Robert). Proche du mythe, elle met en scène, à travers l’histoire de héros, un ensemble de représentations religieuses, sociales, politiques, morales. Des schèmes initiatiques permettent au héros de franchir les étapes de la vie pour accéder au modèle emblématique qu’elle promeut. Elle porte une valeur archétypale, et tout à la fois divertit, enseigne, exprime un sentiment clanique, ethnique ou national.

Le hérosest un surhomme à mi-chemin entre hommes et dieux, qui sans cesse parcourt l’espace qui les sépare. Hercule, Thésée, Enée, sont issus de l’union de dieux et d’humains. D’autres sont héroïsés par leurs parcours exceptionnel: Ulysse, Oedipe, etc. Hegel, dans ses Leçons d’esthétique, en distinguait 3 types:

– le héros épique(aux prises avec des forces extérieures fatales, homme exemplaire abattu par le destin), Siegfried

– le héros tragique(voué à la mort par une passion dominatrice), Oedipe, Oreste

– le héros dramatique(qui fait face à des situations compliquées par des actions qui sortent de l’ordinaire). Ulysse, Enée

 

3- LEGENDE

C’est un récit fictif faisant appel au merveilleux, qui renvoie à quelque chose dont l’existence n’a jamais pu être prouvée, à des faits “historiques” transformés par l’imagination populaire ou l’invention poétique. Une légende est localisée, et rattachée à un fait historique. A la différence du conte, elle est liée à un élément clé et se concentre sur un lieu, un objet, un personnage une histoire, etc. C’est une évolution vulgarisée du mythe dans sa fonction fondatrice d’une culture commune. Les mythes et les légendes tentent d’expliquer l’univers, la vie, la mort …, mais aussi des événements naturels tel le changement des saisons par exemple. D’abord ils sont uniquement transmis oralement, puis écrits à partir des VIIe VIIIe s. ap. J.C..

 

4- LE CONTE est un récit de faits ou d’aventures imaginaires. À l’origine, un conte est raconté à l’oral. Depuis la Renaissance il a néanmoins fait l’objet de réécritures, devenant au fil des siècles un genre écrit à part entière. On peut ainsi distinguer deux pratiques du genre littéraire du conte: orale et écrite.

– Le conte oral ou conte populaire

C’est un genre narratif, délibérément fictif et invraisemblable. Contrairement au mythe, le conte de tradition orale a pour cadre narratif principal le monde des hommes, même si celui-ci, notamment dans le cas des contes merveilleux, est souvent en contact avec celui des morts, des esprits, ou des dieux.

– Le conte écrit ou conte littéraire

Bien des contes oraux ont fait l’objet de réécritures par des écrivains. Ces réécritures figent le conte oral, et le transforment en genre littéraire écrit. Cela amène les écrivains à se détacher peu à peu des sujets, des structures et des thèmes des contes oraux dont ils s’inspirent. Ainsi, si certains contes de Perrault, ou encore plus ancien Straparole, sont encore relativement proches du conte populaire, d’autres contes comme La Reine des Neiges de Hans Christian Andersen ou bien Ligeia d’Edgar Allan Poe en sont assez éloignés.

NB – La forme de conte la plus connue est celle du conte merveilleux, avec fées, ogres, sorcières, monstres, ou animaux emblématiques comme le loup, le corbeau, etc. Beaucoup de contes commencent par la formulette Il était une fois, mais ce n’est pas systématique.

 

III- LES IMAGES

 

1- MYTHES ET MYTHOLOGIE

Hercule, fils de Jupiter et d’Alcmène

Paolo de Matteis, Hercule à la croisée des chemins

Hercule et l’hydre, Gustave Moreau

Pollaiolo, Hercule et l’hydre, Hercule et Antée

Charles Eisen (1720-1778), Hercule et Cerbère

Guido Reni, Hercule, Nessus et Déjanire

Le sujet de ce grand tableau mythologique est tiré des Métamorphoses d’Ovide. Le centaure Nessus offre ses services à Hercule pour faire traverser le fleuve à son épouse Déjanire. Alors qu’il s’éloigne dans les flots, Nessus tente d’enlever la jeune femme. Réalisant la tromperie, Hercule s’apprête à lui décocher une flèche qui le blessera mortellement.

Le peintre insiste ici sur la scène de l’enlèvement. Resté sur la rive opposée, Hercule, au fond à droite, n’occupe qu’une place mineure dans la composition. Toute l’attention est focalisée sur la tension du corps puissant du centaure. La hardiesse de son visage triomphant s’oppose à la terreur de Déjanire. La position des bras des personnages confère à la scène une vigueur, soulignée par le mouvement des draperies aux tons éclatants.

Persée, héros argien, fils de Jupiter et Danaé

Véronèse, Persée délivrant Andromède

Enfermée par son père Acrisios pour qu’elle ne puisse avoir un fils (censé le tuer), Danaé est fécondée par Zeus changé en pluie d’or, puis jetée à la mer avec son fils dans un coffre, échouée et recueillie à l’île de Sériphos. Persée tuera la Gorgone, et avec Pégase, cheval ailé né de son sang, accomplira d’autres exploits, entre autres celui de délivrer Andromède qui, liée à un rocher, doit être dévorée par un monstre marin. Il tuera son grand-père lors de jeux, d’un lancer de disque malheureux.

 

2- EPOPEE ET HEROS

Epopées

– Les Volsung

Sigmund le Völsung, prouva qu’il était un héros en retirant du chêne de Branstock une épée magique qu’Odin y avait plantée. Il devint célèbre dans toute la Scandinavie, mais suscita la jalousie de son beau-frère, Siggeir, qui décida de tuer tous les Völsung. Les dix fils furent attachés dans la forêt et laissés en pâture aux animaux. Seul Sigmund s’en sortit, en mordant la langue d’un loup. Puis il chercha à venger les siens.

Gram reforgée

Regin reforge l’épée merveilleuse de Sigurd, Gram. Une fois réparée, elle devint si dure et si tranchante qu’elle coupa l’enclume de fer en deux. Grâce à elle, Sigurd tua le frère de Regin, Fafnir, qui s’était transformé en dragon afin de garder son or.

Sculpture sur bois, XIIème siècle

Sculpture sur bois, XIIème siècle

Fafnir se change en un monstrueux dragon afin de conserver l’or du Rhin, trésor constitué par la rançon versée par les dieux Ases pour avoir tué Otr, frère de Fafnir. Lorsque le jeune héros Sigurd tua le dragon, il hérita du fabuleux trésor, mais aussi de la malédiction qui l’accompagnait.

H. Henrich, Sigurd et Fafnir, Toile, 1906

Sigurd affronta Fafnir, un dragon souffleur de feu, et le tua, ce qui lui valut célébrité et fortune. Suivant le conseil de Regin, il fit rôtir le coeur du monstre et but quelques gouttes de son sang, apprenant ainsi le langage des oiseaux.

Rackham, Sigurd et Fafnir

Rackham, Sigurd vainqueur de Fafnir

Fritz Lang, Die Nibelungen, 1924 Siegfried et le dragon

Siegfried, fils unique du roi Siegmund, quitte son pays pour la Cour des Burgondes à Worms. En chemin, il tue le dragon Lindwurm dont le sang, dans lequel il se baigne, lui confère une quasi invulnérabilité, mais une feuille reste collée à son épaule… À Worms, Siegfried demande la main de Kriemhild, la fille de la reine. Pour cela, il doit ramener de la lointaine Islande la farouche Brünhild et obtenir pour Gunther, frère de Kriemhild, la main de la guerrière. Mais Brünhild n’épousera que celui qui triomphera d’elle en combat singulier. Prenant les traits de Gunther, Siegfried vainc Brünhild et la ramène à Worms, où est célébrée la double union de Brünhild avec Gunther et Siegfried avec Kriemhild. Apprenant le stratagème, Brünhild, furieuse, exige la mort de Siegfried. Hagen, vassal de Gunther, découvrant le seul endroit où Siegfried est vulnérable, l’exécute.

Sigurd et le coeur du Dragon, Sculpture sur bois, XIIème siècle

Sigurd fait rôtir le coeur du terrible dragon Fafnir et lèche son pouce éclabousé par le sang de l’animal. Goûtant ce sang venu d’un autre monde, Sigurd reçoit le pouvoir de comprendre le chant des oiseaux et apprend par ces derniers que Regin, son tuteur qui dort près du feu, s’apprête à le trahir.

Arthur Rackham, v. 1900, Brunehilde

Brunehilde, l’une des principales Walkyries, fut punie par Odin pour l’avoir défié lors d’une guerre. Le dieu la fit tomber en léthargie et l’emprisonna dans un cercle de feu où elle dut rester jusqu’à ce qu’un héros sans égal la libérât. Seul Sigurd affronta le feu brûlant et rompit son sommeil enchanté.

Siegfried délivre Brunhilde

C. Butler, Mort de Siegfried et Brunhilde

 

– La geste de Beowulf

Poème épique majeur de la littérature anglo-saxonne,  probablement composé entre la première moitié du VIIe siècle et la fin du Xe, il s’inspire de la tradition orale anglo-saxonne et retranscrit une épopée germanique en vers, contant les exploits du héros Beowulf, et ses trois principaux combats : Beowulf est un puissant guerrier goth (Geat, une peuplade au sud de la Suède) qui voyage au Danemark pour débarrasser la cour du Roi Hrothgar d’un terrible monstre mangeur d’hommes nommé Grendel. Après l’avoir vaincu, Beowulf double la mise en tuant la mère de Grendel, puis retourne dans les pays des Goths pour se mettre au service de son peuple et de son Roi, Hygelac. Bien plus tard, après avoir succédé au monarque, il meurt lors d’un ultime combat contre un dragon cracheur de feu.

1er combat : Grendel

Beowulf commence avec l’histoire du roi Hrothgar, auquel s’attaque Grendel (un descendant de Caïn). Beowulf, un jeune guerrier, entend parler des difficultés de Hrothgar et, avec la permission de son propre souverain, quitte sa patrie pour venir à son secours.

Beowulf et ses hommes passent la nuit à Heorot, palais de Hrothgar. Alors qu’ils sont endormis, Grendel entre dans le palais et se lance à l’attaque, dévorant un des hommes de Beowulf. Celui-ci, qui a fait jusque là semblant de dormir, se jette sur Grendel et le retient par une prise au bras. Finalement, Beowulf arrache le bras de Grendel qui s’enfuit chez lui pour mourir.

Robert Ingpen, Grendel

Brian Froud, Grendel

Beowulf arrache le bras de Grendel

Robert Zemeckis, La légende de Beowulf, 2007, Grendel, retour et mort de Grendel

2e combat : la mère ogresse

La nuit suivante, la mère de Grendel attaque le palais et tue le guerrier le plus fidèle de Hrothgar, Æschere, pour venger la mort de son fils. Hrothgar, Beowulf et leurs hommes traquent la mère de Grendel jusqu’à son repaire sous un lac sinistre. Beowulf plonge dans le lac où il est rapidement repéré et attaqué par la mère de Grendel qui le traîne au fond du lac. Dans une caverne, une lutte à l’issue incertaine s’engage. Beowulf se saisit d’une puissante épée, arme ancienne forgée par les Géants, qu’il repère dans l’arsenal de la mère de Grendel, et il décapite son adversaire.

Charles Keeping, expédition chez la mère de Grendel

Charles Keeping, lutte de Beowulf sous l’eau

Tobin, Beowulf entraîné par la mère

Robert Zemeckis, La légende de Beowulf, Beowulf et la mère de Grendel

Rolf Klep, remontée de Beowulf avec la tête de Grendel, 1941.

3e combat : le dragon des Goths

Beowulf revient chez lui et devient finalement roi de son propre peuple. Il règne en paix pendant cinquante ans. Puis un jour, alors que Beowulf est très vieux, un esclave vole une coupe d’or dans le repaire d’un dragon à Earnaness pour racheter sa liberté. Quand le dragon s’en aperçoit, il quitte sa grotte plein de fureur, mettant le feu à tout ce qu’il aperçoit. Le roi Beowulf et ses guerriers accourent pour lutter contre le dragon, mais un seul d’entre eux, un jeune homme courageux du nom de Wiglaf, reste pour aider Beowulf, car les autres sont trop effrayés et s’enfuient. Avec l’aide de Wiglaf, Beowulf tue le dragon, mais lui-même meurt des blessures empoisonnées qu’il a reçues. Le trésor du dragon est enlevé de la grotte et, ironiquement, est enterré dans le tumulus de Beowulf – aussi inutile dans la terre qu’il l’avait été au-dessus d’elle.

Robert Zemeckis, La légende de Beowulf, Le dragon de feu

J.R.Skelton, Beowulf et le dragon cracheur de feu, 1908

Beowulf, Wiglaf et le dragon cracheur de feu, Moralia in Job

Tobin, mort de Beowulf

 

– L’Enéide

Quand Troie tomba aux mains des Achéens grâce à la célèbre ruse d’Ulysse, Énée s’enfuit avec Misenus, son père Anchise, ses amis Achate, Sergeste et Acmon, le médecin Lapyx, sa femme Créüse (qu’il fut malheureusement obligé d’abandonner comme l’ordonnent les dieux et Vénus en particulier, ou qui s’égara, suivant les traditions) et son fils Ascagne, aussi appelé Iule, les Lares et les Pénates ainsi que Mimas.

Partis du port d’Antandros, ils arrivèrent à Carthage où la reine Didon tomba amoureuse d’Énée. Il partit quand même sur l’ordre d’Hermès, ce qui entraîna le suicide de la reine. Lorsque Énée descendit dans les Enfers pour parler à Didon, son fantôme refusa de lui pardonner. Les imprécations que formule Didon, lors du départ d’Enée, préfigurent l’arrivée d’Hannibal et des guerres puniques.

Près des côtes de Lucanie, un des hommes d’Énée, Palinurus, s’endormit et tomba à l’eau. Il nagea jusqu’à la plage, mais fut tué par les Lucaniens. Le mont Palinuro est nommé d’après ce personnage.

En Sicile, Énée fut accueilli par Aceste et recueillit un des marins de l’Odyssée d’Ulysse, Achaemenide.

Juste après son arrivée en Italie, la petite troupe fit la guerre contre la ville de Falerii.

Latinus, le roi des Latins, accueillit Énée et les siens, et leur permit de s’installer dans le Latium. Alors que sa fille Lavinia était promise à Turnus, roi de Rutulie, Latinus voulut la marier à Énée. À la demande insistante d’Héra (Junon), Turnus déclara la guerre à Énée mais la perdit et Turnus fut tué et son peuple capturé. Ascagne, le fils d’Énée que l’auteur romain Virgile appelait Iule, fonda alors Albe dont il devint le roi.

Énée et Lavinia eurent un fils, Silvius. Ils accueillirent la sœur de Didon, Anna Perenna qui se suicida quand elle apprit la jalousie de Lavinia. Énée fonda enfin la ville de Lavinium en l’honneur de sa femme Lavinia et devint le dieu Indiges après son décès.

D’après le récit de Virgile, Romulus et Remus seraient les descendants d’Énée par leur mère Rhéa Silvia, et fils du dieu de la guerre Mars.

La famille des Julien (gens Julia en latin) de Rome traça son origine généalogique de Iule, fils d’Énée. Le plus célèbre membre de cette famille a été Jules César. Francesco Solimena (1657-1747), Enée et Didon

 

héros

EPIQUE (aux prises avec des forces extérieures fatales, homme exemplaire abattu par le destin): Siegfried

de Xanten ou Sigurd (Sigurd en vieux norrois), dit  “le tueur de dragons”, est un héros légendaire de la mythologie nordique, personnage central de la saga de Völsung (Völsunga saga) et de la chanson des Nibelungen. Il est au centre de la tétralogie L’Anneau du Nibelung de Richard Wagner, et apparaît dans Siegfried et Le Crépuscule des dieux. Il tue le dragon Fáfnir, franchit le mur de flammes qui cerne la Valkyrie Brünhild plongée dans un sommeil magique, et la réveille d’un baiser. Il est victime de la malédiction de l’anneau des Nibelungen, peuple gardien et possesseur de ce trésor, pour l’avoir dérobé… et marchera lucidement, au moment de l’épreuve, vers la mort

Son personnage renvoie à plusieurs ancêtres prestigieux et historiques – burgondes, francs ou goths et sa geste répond à la structure de la légende : elle part de la quête, passe par la Femme, aboutit à la mort.  Il rappelle aussi des dieux: Baldr (beauté et innocence), Tyr (rectitude et sacrifice), Thor (bravoure), Freyr, et surtout Odinn, son père spirituel. Il incarne l’éthique et la vision germaniques anciennes et ne déroge jamais à ses valeurs (noblesse, rectitude, fidélité) symbolisées par l’or du Rhin, ce trésor fabuleux qu’il ravit à Fafnir. Instruit de son destin et le sachant voulu par les Puissances, il l’acceptera sans broncher.

Konrad Dielitz, Siegfried

 

TRAGIQUE (voué à la mort par une passion dominatrice): Oedipe

Œdipe est un roi légendaire de Thèbes, fils de Laïos et de Jocaste. Ses parents apprirent d’un dieu que l’enfant, devenu grand, tuerait son père et épouserait sa mère, et pour s’en débarrasser le firent exposer en pleine campagne dans l’espoir qu’il serait dévoré par un ours.  Mais un berger le recueillit et l’amena au roi de Corinthe qui l’éleva comme son fils.

Plus tard, Œdipe, ayant appris la prédiction dont il était l’objet, quitta Corinthe pour être bien sûr de ne pas la réaliser. En chemin il se prit de querelle avec un inconnu et le tua: c’était son père Laïos. Le successeur de Laïos, son beau-frère Créon, promit que celui qui tuerait le Sphinx deviendrait roi de Thèbes et épouserait la reine Jocaste. Œdipe, vainqueur du sphinx,  devint roi de Thèbes et épousa Jocaste. En apprenant d’un devin la vérité, Jocaste se tua, Œdipe se creva les yeux et quitta Thèbes, conduit par sa fille, Antigone.

Ingres, Oedipe et le sphinx

 

DRAMATIQUE (qui fait face à des situations compliquées par des actions qui sortent de l’ordinaire): Énée, Ulysse

Enée, fils d’Anchise et de la déesse Aphrodite (Vénus), est l’un des héros de la guerre de Troie. Il est chanté par Homère dans l’Iliade, et par Virgile dans l’Énéide dont il est le personnage central. Anchise appartenait à la famille royale de Troie, issue de la race de Dardanos. Alors qu’il gardait ses troupeaux sur le mont Ida, près de Troie, Aphrodite le rencontra et s’éprit de lui, touchée par sa beauté. Elle s’unit à lui et lui donna un fils, Énée. Pour avoir révélé le nom de la mère de son enfant, Anchise fut frappé par la foudre et resta boîteux.

Énée naît sur le mont Ida. Sa mère le confie aux nymphes et au centaure Chiron qui l’élèvent dans les bois puis le rendent à son père quand il a cinq ans.

Girardon, Enée, Anchise et Ascagne

 

Ulysse est un des héros les plus célèbres de la mythologie grecque. Fils de Laërte et d’Anticlée, il est marié à Pénélope dont il a un fils, Télémaque. Il est célèbre pour sa métis (« intelligence rusée »), qui rend son conseil très apprécié dans la guerre de Troie à laquelle il participe. C’est encore par la métis qu’il se distingue dans le long périple qu’il connaît au retour de Troie, chanté par Homère dans son Odyssée.

Théodore Van Thulden, 1633, Le cyclope

Gravure à l’eau-forte. Planche 12

Cette gravure illustre l’épisode du chant IX de l’Odyssée où Ulysse et ses compagnons réussissent à s’enfuir de l’antre du Cyclope Polyphème après l’avoir aveuglé. Ce dernier arrache de la falaise un rocher, qu’il s’apprête à lancer, de rage, sur le navire d’Ulysse. Curieusement, Polyphème est représenté avec deux yeux, contrairement à la tradition iconographique du Cyclope. Ulysse, reconnaissable à son casque, debout, les bras écartés, dans une attitude de défi, révèle son identité au Cyclope en lui criant son nom

 

3- LEGENDE

– l’Odyssée s’insèreentre l’épopée et la légende

La colère de Poseidon

La cause des errances d’Ulysse

L’aveuglement du Cyclope Polyphème, fils de Neptune (Poseidon) par Ulysse est l’un des plus célèbres épisodes de l’Odyssée. Il a inspiré bon nombre de poètes, parmi lesquels figure Euripide, auteur d’un drame satyrique, le Cyclope, que l’on a conservé. C’est aussi l’un des plus représentés dans les arts figuratifs grecs; ce thème a même connu un succès certain à l’époque romaine, par des reliefs isolés mais surtout par des groupes monumentaux.

De fait, cet épisode spectaculaire a une importance dramatique cruciale dans l’Odyssée: toutes les épreuves d’Ulysse en découlent. C’est la mutilation infligée au Cyclope qui transforme un voyage de retour périlleux, certes, mais que des marins expérimentés pouvaient entreprendre avec quelque confiance, en quête surhumaine parsemée d’obstacles terrifiants, jalonnée de morts affreuses et de souffrances innombrables. À l’origine d’une errance de dix années, plus redoutable que les périls encourus sous les murs de Troie, une imprudence du roi d’Ithaque : prisonnier du brutal Cyclope, mangeur de chair humaine, buveur de vin non mêlé, être de pure violence qui ignore les lois de Zeus et les coutumes des hommes, Ulysse avait tout d’abord prétendu s’appeler Personne. Par cette ruse, il empêchait Polyphème de le désigner aux autres Cyclopes. Mais après avoir aveuglé le monstre pendant son sommeil en enfonçant un pieu d’olivier dans son œil, Ulysse, croyant avoir échappé à tout péril, voulut que le Cyclope sache qui l’avait berné : railleur, il lui révéla son véritable nom. Erreur aux terribles conséquences: le Cyclope put alors lancer une fatale malédiction, en sollicitant contre son ennemi toute la puissance de son père.

Ulysse et les sirènes, vase à figures noires

Füssli, Ulysse entre Charibde et Scylla

 

– La légende dorée

La Légende dorée (Legenda aurea) est un ouvrage rédigé en latin par Jacques de Voragine entre 1261 et 1266 qui raconte la vie de 180 saints, saintes et martyrs chrétiens ainsi que certains épisodes de la vie du Christ et de la Vierge, suivant le calendrier liturgique.

Uccello, St Georges

Carpaccio, St Georges

Raphaël, id

Icône de Novgorod, St Georges

 

– Les légendes arthuriennes

Rossetti, Le saint Graal

La Légende arthurienne est un ensemble de textes écrits au Moyen Âge autour du roi Arthur, de son entourage et de la quête du Graal. Elle est un thème fort de la matière de Bretagne, laquelle n’a pas d’unité de composition. De nombreux auteurs ont assemblé ces traditions au cours des siècles, depuis les premiers moines collecteurs jusqu’aux écrivains Chrétien de Troyes ou plus récemment Xavier de Langlais. De ce fait, il n’y a pas une légende arthurienne, mais des légendes arthuriennes. Les personnages et leurs exploits varient d’une époque à l’autre, d’un pays à l’autre. Seuls existent un lieu (le royaume mythique de Bretagne), et une approximation de l’époque : le VIe siècle, soit après la chute de l’empire romain d’Occident, à l’époque des grandes invasions.

Le roi Arthur est un seigneur breton légendaire qui aurait organisé la défense de la Grande-Bretagne face aux envahisseurs saxons vers le début du VIe siècle. Les détails de l’histoire d’Arthur sont principalement inspirés par le folklore et l’invention littéraire, et son existence historique contestée.

Aubrey Beardsley, Merlin prend Arthur en charge

John Boorman, Excalibur  

Charles Ernest Butler (1903) Le Roi Arthur

Camelot, aussi appelée Camaloth ou Camaaloth, est le château (ou la ville) légendaire du roi Arthur. Arthur et la reine Guenièvre y tenaient leur cour. Y était située la Table Ronde.

Gustave Doré, Camelot

La table ronde, miniature médiévale

Jerry Zucker, Lancelot, 1995

En des temps reculés, le fourbe Méléagant et ses hordes de renégats mettent à feu et à sang les paisibles bourgades proches de la ville de Leonesse, dont la maîtresse, la belle Guenièvre, s’apprête à épouser le roi Arthur afin d’assurer la sécurité de son peuple. Celle-ci se rend sous bonne garde vers la cité fortifiée de Camelot, où siègent les preux chevaliers de la Table ronde, quand le convoi est attaqué par des malandrins. Poursuivie dans la forêt, Guenièvre ne doit la vie sauve qu’à l’intervention d’un aventurier répondant au nom de Lancelot.

Guenièvre: Figure archétypale de la dame courtoise, fée, déesse, Guenièvre est un personnage aux multiples facettes qui illustre le foisonnement de l’imagination médiévale. Femme idéalisée ou cristallisation fantasmatique des désirs de l’homme, elle est la projection du désir charnel et des aspirations spirituelles. Guenièvre est pour Lancelot ce que le Graal est à Perceval ou à Galahad, c’est-à-dire l’objet absolu de la quête chevaleresque. Chaque quête a des traits communs : elle exige ascèse et patience afin de progresser vers un état supérieur. Lancelot doit être parfait pour être digne de sa dame, tout comme Perceval pour devenir le gardien du Graal. Néanmoins, la christianisation de la matière va instaurer une hiérarchie entre les différentes quêtes. Celle de Guenièvre est vouée à la sphère terrestre et charnelle tandis que celle du Graal est tournée vers le céleste, la spiritualité et le divin.

William Morris, Guenièvre

Robert Bresson, Lancelot du lac, 1974

De retour de la quête du Graal, qui fut un échec, Lancelot du Lac retrouve la cour du roi Arthur. Guenièvre, femme du roi, est restée sa fidèle maitresse, ce qui fait croire à Lancelot qu’il s’agit de la raison de son échec. Mordred, jaloux, fomente contre lui un plan pour le confondre avec la reine…

Lancelot est un personnage du cycle des romans de la Table Ronde dont il est l’un des chevaliers, faisant ainsi partie du cycle du Graal. Lancelot est l’archétype du chevalier courtois, au service indéfectible de sa dame, étant même prêt à sacrifier son honneur pour rejoindre celle-ci. Cependant, cet amour sera à l’origine de sa perte et l’empêchera de trouver le Saint Graal: seul son fils, Galahad le Pur, aura ce privilège.

La dame du lac enlevant Lancelot à sa mère

Robert Bresson, Lancelot du lac, Gauvain (Humbert Balsan) et Arthur (Vladimir Antolek-Oresek) regardant un tournoi

Galahad:Fils de Lancelot du Lac et d’Ellan, fille du roi Pellès, le roi Pêcheur. Il est le plus jeune chevalier de la Table Ronde, le seul qui puisse s’asseoir à la droite d’Arthur sur le siège périlleux, comme prédit par Merlin qui l’avait présenté à la cour du roi Arthur. Accompagné de Perceval et de Bohort (le jeune cousin de Lancelot) il sera le seul, au terme de la quête, à pouvoir regarder à l’intérieur du Saint-Graal. Il mourra d’ailleurs juste après car après avoir vu, il ne peut plus vivre.

George Frederick Watts, Galahad (1888)

Le Graal

De fait le mot graal désigne quelque chose d’indéfini puisque indéfinissable : ce qui est à conquérir sans fin pour n’être jamais atteint.

William Morris (1890) Galahad, Bors et Perceval découvrant le Graal,

ici clairement identifié au Saint Calice.

Perceval:Un des chevaliers de la Table ronde, surtout connu pour sa participation à la quête du Saint-Graal. Dans la plupart des contes, il est de noble naissance et le petit dernier d’une fratrie de chevaliers tous morts au combat. Son père est soit le roi Pellinor de Listenois, soit un valeureux chevalier. Sa sœur, porteuse du Saint-Graal, est parfois appelée Dandrane. Sa mère est partie vivre seule dans un manoir au milieu d’une forêt (perdue, isolée) pour empêcher son fils de devenir chevalier

et l’élève dans l’isolement en lui faisant ignorer jusqu’à l’âge de 15 ans comment se conduisent les hommes. Un jour, en jouant au javelot dans la forêt, le jeune Perceval rencontre cinq chevaliers aux armures si étincelantes qu’il les prend pour des anges. Il veut alors devenir lui-même chevalier, et se rend à la cour du roi Arthur. Après s’être révélé excellent combattant, il est adoubé et invité à se joindre aux chevaliers de la Table ronde.

Perceval à la Recluserie, illustration d’un manuscrit de Poitiers du XVe

Eric Rohmer, Perceval le Gallois, 1978

Merlin est généralement représenté comme un mage bénéfique commandant aux éléments naturels et aux animaux.  Il est particulièrement rattaché à la mythologie brittonique, qui couvrait la Bretagne continentale et l’actuelle Grande-Bretagne (sauf l’Écosse). Après la mort de leur mère, il prend Arthur en charge tandis que Viviane se charge de sa soeur Morgane.

Gustave Doré, Merlin conseillant Arthur

Viviane ou la Dame du lac:

Le personnage joue plusieurs rôles ; elle donne l’épée Excalibur au roi Arthur, guide le roi mourant vers Avalon après la bataille de Camlann, enchante Merlin ou éduque Lancelot du Lac après la mort de son père.

Gustave Doré, Merlin et Viviane, 1860

Howard Pyle, Viviane l’enchanteresse

Excalibur:

Excalibur est une épée mythique qui a appartenu au roi Arthur. Selon la légende, le magicien Merlin, alors que les bretons s’entredéchiraient, aurait fiché une épée dans le roc devant le château. Excalibur ne sera brandie que par le grand roi des Bretons. Tous les barons s’y essayent en vain, puis les chevaliers. Seul un page nommé Arthur réussit à la retirer de son socle et devient donc roi.

Howard Pyle, L’épée Excalibur, illustration, 1902.

 

– Autres légendes:

Un exemple, Mélusine, dont l’histoire est écrite en prose par Jean d’Arras, dans son Roman La Noble Histoire de Lusignan qu’il offrit le 7 août 1393 à Jean de Berry, frère du roi. Vers 1401, la légende est à nouveau contée, en vers cette fois, par Couldrette, dans son Roman de Mélusine qu’il écrivit pour Jean Larchevêque, sire de Parthenay. En 1698, François Nodot propose une adaptation du roman d’Arras. On trouve aussi une évocation de Mélusine dans Les Très Riches Heures du duc de Berry (mois de Mars). Mais l’histoire de Mélusine est bien plus ancienne: la littérature latine du XIIe, XIIIe siècle produisait déjà des contes se rapportant à une fée semblable à Mélusine.

Raymondin découvrant le secret de Mélusine. Illustration du Livre de Mélusine de Jean d’Arras (1478)

Julius Hubner, Mélusine

 

4- LE CONTE

En 1953, la Pierpont Morgan Library fait l’acquisition d’une copie manuscrite des Contes en prose de Perrault, jusque là ignorée. Calligraphiée par une main anonyme, reliée en maroquin rouge aux armes de la nièce de Louis XIV, la Grande Mademoiselle, à qui elle fut offerte, cette copie porte le titre de Contes de ma Mère l’Oye et date de 1695.

Le frontispice colorié dans l’exemplaire manuscrit et repris quasiment intégralement dans l’édition originale est riche de sens: un espace clos, délimité par une porte fermée, sur laquelle une inscription légende la scène en identifiant le personnage principal, “Contes de ma Mère l’Oye”, qui reprend le titre d’origine. On peut y distinguer :

– un espace familier et familial, avec un chat qui se pelotonne au coin du feu

– une scène nocturne éclairée par le rougeoiement du feu et une bougie qui évoque les veillées rurales

– une conteuse, pouvant être identifiée comme une nourrice, file sa laine, un fuseau à la main et une quenouille sous le bras

– l’auditoire comprend trois jeunes gens dont les habits attestent la qualité (chapeau et vêtement bleu du jeune garçon, coiffure Fontanges de l’une des filles, manchon)

– l’auteur, anonyme, s’efface devant cette conteuse en action, qui est en train de filer sa laine, tout comme les fées, fileuses de destinées humaines, Parques ou Moires de l’Antiquité

 

 

III- CARACTERISTIQUES DU CONTE

Regard sur les rapports entre mythe et conte: La petite sirène

Conte exemplaire dont le sujet a avant  tout pour fondement la métamorphose et qui  reproduit dans le merveilleux à la fois le cycle (HERMES) de l’eau (GE), le mythe du passage (HERMES), assorti du sacrifice, par amour, de son moyen de communication (la parole), et de sa nature (poisson). Héroïne tragique par excellence, elle reconduit la figure mythique de la sirène, celle de Neptune (Le roi de la mer), celle de la fée malfaisante et dévoratrice (la sorcière), celle de Nausicaa aimée par erreur. Enfin, évanescente et sans appartenance propre, elle va passer de l’élément  eau à l’élément terre, puis à celui de l’air.

Edmond Dulac, Triton, le père des sirènes

Jiri Trnka, sauvetage du prince

Edmond Dulac, sauvetage du prince

Edmond Dulac, L’antre de la sorcière

Edmond Dulac, rencontre du prince

Sulamith Wulfing, id

Sulamith Wulfing, danse de la petite sirène

Anne Anderson, Les soeurs

Sulamith Wulfing,, La disparition

Anne Anderson, Les filles de l’air

On y trouve par ailleurs tous les ingrédients qui caractérisent le conte:

– No man’s land: temps et espace indéterminés, avec ses lieux particuliers archétypaux (mer, palais, navire, grotte, antre).

– Bestiaire particulier, sinon fantastique: animaux marins.

– La sorcière dévoratrice, ici castratrice, qui prive la sirène de ses attributs.

– La famille, ici bienfaisante et secourable, mais impuissante

– Les épreuves et l’initiation

– La faute (curiosité, envie)

– La métamorphose

 

1- NO MAN’S LAND

Le conte se situe hors du temps et de l’espace, ce qui plonge le lecteur d’emblée dans l’univers du merveilleux, selon Marie-Louise von Franz, disciple de Jung, dans le “nulle-part” de l’inconscient collectif. Un nulle-part qui n’exclut pas des espaces particuliers archétypaux: la maison familiale (que le héros doit quitter), la forêt (lieu d’initiation, domaine de personnages hors du commun), les mondes souterrains, celui des eaux (mer, lacs et fontaines).

TEMPS

Gustave Doré, La belle au bois dormant, arrivée du prince au château

Gustave Doré, La belle au bois dormant

L’image du château endormi est construite selon un X souligné par les jeux de lumière. Tout y a été arrêté dans l’action (cf. le couple de droite). Seul éléments vivants, les araignées ont continué à tisser leurs toiles et la végétation a envahi le palais.

Arthur Rackham, La belle au bois dormant

LIEUX

–  Maison et refuge:

de la maison familiale où il est protégé de l’inconnu, le héros doit  partir à la conquête de son identité. Perdu, il croit aussi trouver un refuge, parfois réel (Blanche-Neige, Peau d’Ane), parfois piège (Le petit Poucet, Hansel et Gretel…).

Demy, Peau d’Ane

Blanche-Neige

Gustave Doré, Poucet

Du haut de l’escalier, la lanterne de la femme de l’ogre maintient les enfants prisonniers. Fragilisés par la plongée, groupe compact presque informe malgré le soulignement de l’éclairage, ils sont absorbés, comme avalés, par le triangle de lumière qui les aspire et laisse entendre leur dévoration prochaine.

Lapointe, Poucet

Félix Lorioux, Poucet

Hansel et Gretel (3 vues, la troisième de Rackham)

–  Forêt:

L’arbre isolé peut souvent être un élément protecteur comparable à l’habitacle. C’est le cas de Frêne dans les Lais de Marie de France.

Arthur Rackham, cernée par les loups

Mais le héros se retrouve souvent dans une forêt sombre et dangereuse où il se perd. Le rôle de la forêt est de provoquer l’égarement des hommes qui la traversent. Elle est le domaine des fées, des elfes, lutins, sorcières, ogres, etc.

Arthur Rackham, Ronde des fées

Sanctuaire naturel, lieu où la terre, par l’intermédiaire des arbres, rejoint le ciel, elle est aussi objet de culte, abri ou retraite.Tous les contes reprennent plus ou moins ce double sens. La forêt infranchissable qui entoure le château de la Belle au bois dormant a rôle apotropaîque de protection par dissuasion: elle ne s’ouvrira que pour l’élu.

 

Gustave Doré, La Belle au bois dormant (2 vues: arrivée du prince)

“A peine avança-t-il dans le bois que les grands arbres, les ronces et les épines, s’écartèrent pour le laisser passer”.

 

 

Gustave Doré, Le petit Poucet (4 vues)

La lumière en est le principal moteur, crée l’ambiance, sert la fable et en symbolise les étapes. 1- Poucet ramasse ses cailloux. Lumière d’ambiance qui met l’accent sur son personnage. 2-  Projecteur dirigé sur le premier plan, elle souligne le geste de Poucet semant ses cailloux. Baignant l’orée de la forêt, elle disparaît presque subitement, et sitôt les premiers arbres franchis, une sorte de gueule de l’enfer engouffre les acteurs du drame, comme déshumanisés, disparus, hormis la hache du père, émergence signifiante de danger et de mort. 3- Ecrasés par la plongée qui les fragilise, captifs d’un cercle de lumière qui confirme leur vulnérabilité en accentuant les ténèbres environnantes, les enfants semblent guettés de toutes parts: troncs dressés, branches basses, racines serpentines et effilochées. 4- Relativement moins inquiétante que les précédentes, car les contrastes y sont atténués. Tout en haut de l’arbre salvateur, Poucet perçoit, éclat lointain, la lampe qu’il interprète comme hâvre.

 

René de la Neizière, Poucet

 

Paul Ranson; Poucet

Comme toutes les œuvres de Ranson, celle-ci est étrange. Tout d’abord, huile sur toile donc tableau, elle renvoie à deux arts décoratifs, l’illustration (par son sujet) et la tapisserie (par son cadre). En deuxième lieu, l’harmonie colorée en est irréaliste, qui utilise des accords de complémentaires vert-rouge, bleu-orangé, sans que quoi que ce soit justifie la présence d’un arbre bleu. Enfin, la couleur est posée en aplats que viennent animer les motifs décoratifs d’écorces ou de feuillages. Le tout dans une composition en arabesques qui joue d’abord sur les courbes et contre-courbes. Une composition étonnante d’ailleurs, sur laquelle il convient de s’arrêter. En premier lieu, le cadre, parfaitement quadrangulaire, souligne la forme du tableau, la répète et la rigidifie, enserrant, comme pour prévenir leur évasion, les volutes intérieures tout en les annonçant par une frise florale très “modern style”. Suit un étrange avant-plan au bas de la toile, espace vide au-delà duquel s’inscrit le véritable cadre de l’action, les arbres sombres dont les courbes tracent un immense ovoïde, baigné, lui, de lumière. Ainsi est ébauchée la narration. Comme une scène de théâtre, avec son orchestre et ses coulisses.

 

–  Eaux:

L’eau est un symbole polyvalent, car sa nature est déjà multiple (eaux douces et eaux marines), de même que son débit (courante plus ou moins, dormante, stagnante) et les diverses apellations qui la caractérisent (ru/rivière/fleuve, fontaine, cascade/chute/cataracte, mer/océan, mare/étang/lac, etc.). Sous chacune de ces formes peuvent se cacher quantités d’êtres merveilleux, bénéfiques ou maléfiques, avec chacun les caractéristiques répondant à celles du milieu.

Giovanni Gianinni, La petite sirène

 

 

–  Cavernes

Mêmes caractéristiques multiples, car si elles sont des lieux aimés des fées, et si elles peuvent être des asiles, donc protectrices au même titre que les refuges, elles sont aussi des antres d’où surgissent les monstres. Les mondes hostiles à l’homme (sous terre, sous la mer, dans les déserts) sont les lieux affectionnés des êtres hors du commun.

 

2- FIGURES DU MERVEILLEUX

Le merveilleux prend ses sources dans les mythes antiques, les croyances et traditions populaires et folkloriques, la morale chrétienne, etc. qui nourissent notre inconscient et constituent notre imaginaire collectif.

– Fées

Le nom vient du latin fata, qui désignait les Parques, qui filaient la trame du destin des hommes.

Les Parques: Alfred Agache

Ce sont les Moires grecques, à qui Zeus a confié la destinée des hommes. Clotho la fileuse, Lachésis le sort (la dévideuse), Atropos l’inflexible, celle qui coupe le fil de la vie.

Prud’hon, Clotho la fileuse, Lachésis la dévideuse

La fée est un personnage qui a des pouvoirs susceptibles de servir ou desservir les humains. Elle peut être bénéfique, et assister les humains par gratitude, par affection ou amour. Les bonnes fées “marraines” veillent sur leurs filleuls tout au long de leur vie lors des épreuves auxquelles ils sont soumis, inversant éventuellement, ou tout au moins corrigeant, les effets néfastes de mauvais sorts. Mais elle peut aussi être maléfique, et se venger d’une humiliation (La belle au bois dormant), agir par pure jalousie (Blanche Neige) ou tout simplement méchanceté naturelle.

Gustave Doré, Cendrillon

Bilibine, Vassilissa la très belle, la sorcière Babayaga

Contrairement à son apparence, elle n’est pas mauvaise pour Vassilissa qu’elle aidera dans sa quête.

– Sorcières

Les fées malfaisantes sont souvent désignées sous le nom de sorcières, dont la description déchaîne l’imagination des auteurs. Car, si elles peuvent ressembler à tout le monde, voire être aussi belles que les fées (La reine des neiges), elles ont souvent un physique proche du monstrueux où abondent les pustules, verrues ou autres, les déformations, les excès (maigreur ou obésité, nez d’un anormale longueur, etc.), et sont fréquemment dévoratrices.

Giovanni Gianinni, La Reine des Neiges entraînant Hansel

Edmond Dulac, La reine des neiges

La scène est à la fin du récit, quand Gerda retrouve son ami Kay au royaume de la Reine des Neiges, figure royale et hiératique au milieu de la banquise “fendillée en mille morceaux”.

Doré, La belle au bois dormant

Krysta Takovska, Hansel et Gretel, couverture d’album

Hansel et Gretel

Ogres, ogresses et dévoration

Derrière les fées dans la hiérarchie, ogres et ogresses tiennent une place de choix, fondée sur l’archétype de la dévoration et le mythe du géant anthropophage (Cronos),

Henry Emy, ogresse (illustration de Mme d’Aulnoy)

Millet, Ogre

Doré, Le petit Poucet

Lapointe, Le petit Poucet

Polanski, Pirates

Rackham, Le petit Chaperon rouge

Doré, Le petit Chaperon rouge (2 vues de dévoration)

– Objets adjuvants

Les fées s’aident pour affirmer leur pouvoir d’une quantité d’artifices, dont le principal est la baguette magique. Sa forme est variable, de la plus humble, simple branchette, à la plus riche (rameau d’or et de rubis de Mme d’Aulnoy). Généralement réservée aux personnages féériques, les mortels peuvent éventuellement l’utiliser si elle lui a été donnée (ainsi de Peau d’Ane, de Percinet dans Gracieuse et Percinet de Mme d’Aulnoy). Autres instruments de féerie: les bottes de 7 lieues (Le petit Poucet), l’épée qui rend invincible (Le nain jaune, Aulnoy), le miroir (Blanche Neige), le fil magique (Les 6 cygnes, Grimm), la clé de Barbe Bleue, la poupée magique donnéeà Vassilissa par sa mère mourante, …

Doré, Le petit Poucet (bottes de 7 lieues)

 

3- BESTIAIRE

Les animaux font partie intégrante du récit. Leur rôle peut être bénéfique, et ils aident le héros dans ses épreuves (La belle aux cheveux d’or de Mme d’Aulnoy, Cendrillon de Grimm où les oiseaux l’aident à trier les lentilles), mais a contrario maléfique, et souvent le héros doit vaincre les monstres pour aboutir dans sa quête.

Arthur Rackham, Les 3 ours

Bilibine, les trois cavaliers de Babayaga, Vassilissa la très belle

Le cavalier blanc est “le jour clair” de la sorcière, le cavalier rouge est le “soleil ardent”, le noir la “sombre nuit”. Noter la relation aux quatre cavaliers de l’Apocalypse, traditionnellement nommés Guerre (le rouge), Famine (le noir), Pestilence et Mort (le pâle). Le premier (le blanc) est généralement considéré comme l’Antéchrist.

Victor Vasnetsov, Les 4 cavaliers de l’Apocalypse (armes)

Walter Crane, Le prince Grenouille (métamorphose)

Gustave Doré, Le petit chaperon rouge (dévoration)

Les deux frères

Janot

Le dragon

Dérivé du monstre archétypal, c’est un symbole universel. Dans la tradition occidentale (mythologie grecque, celtique et nordique), il s’agit d’une créature reptilienne ailée et soufflant le feu, évoquant souvent les principes chaotiques et primitifs. Nombre de héros ou de dieux devront se mesurer à lui afin d’établir l’ordre sur le monde. Il est lié à la terre et au feu, symbole de la puissance des forces chtoniennes (lutte d’Apollon contre le serpent Python, de Thésée contre le Minotaure, d’Hercule contre les Serpents envoyés pour le dévorer au berceau, contre l’Hydre de Lerne). Il se christianisera par la suite dans les légendes de saint Georges, sainte Marguerite, etc. Il prend selon les cas ou les régions des formes diverses. Dans la tradition scandinave, Siegfried tue Fafnir avec un glaive d’origine divine, qui fut brisé et qu’il reforge lui-même, qui se nomme Détresse; il boit le sang du monstre et soudain comprend le langage des oiseaux dont les conseils lui permettent de traverser l’Océan de feu pour aller éveiller la Vierge divine.

Le dragon asiatique, bien qu’associé aux forces de la nature, est dangereux mais pas forcément hostile. Plus fin que le dragon occidental et pas forcément ailé, il est associé régulièrement au pouvoir en place.

Manuscrit flamand 1448, Wyverne

Saint Michel combattant Satan qui a pris la forme d’une wyverne. La wyverne est en principe l’ennemie féroce des humains, à l’exception de la wyverne de Mondiford en GB, qui se lia d’amitié avec Maud qui l’avait recueillie et protégée dans son enfance.

Manuscrit alchimique de sir George Ripley, XVe, Lindorm

Le lindorm fréquente les cimetières et se nourrit de cadavres humains

Dragon articulé japonais

Kunisada dragon blanc

Le légendaire sage Tai Shin volant au-dessus de l’océan sur le dragon blanc.

 

4- LA FAMILLE

Peu de contes ont été, de fait, écrits pour les enfants. Et dans ceux qui leur sont destinés, généralement des contes d’avertissement, l’histoire ne se conclut pas par un mariage et la cellule familiale reste solide. A l’inverse, la plupart des contes merveilleux mettent en jeu des familles qui se construisent, se modifient, se démembrent, pour finalement aboutir à une nouvelle organisation. Les parents abandonnent leurs enfants, les dévorent, les relations peuvent être incestueuses, les couples se défont, les fratries se déchirent, etc. Thèmes qui ont valeur éducative, non pour les enfants, mais pour les pré-adultes qui ont toujours posé le problème de leur statut et de leur intégration.

– Fondation de la famille

Schéma fréquent que celui ou le héros passe par des épreuves pour arriver au mariage et à l’enfantement, c’est-à-dire à une vie sexuelle normale et sociale.

– Les enfants

La figure autour de laquelle se construit le conte est en général celle de l’enfant. Or il est susceptible de devenir un danger pour ses parents: famine, malédiction, rivalité… Comme dans les mythes, on va donc s’en débarrasser, le plus souvent en le perdant ou l’abandonnant dans la forêt pour qu’il y soit dévoré par les bêtes sauvages, ou en faisant appel à un homme de main (Blanche Neige).

Joséphine Poole, Blanche Neige perdue dans la forêt

– L’inceste

Le tabou de l’inceste est nettement franchi dans Peau d’Ane qui doit s’enfuir, mais aussi dans ses variantes Mille-fourrures ou Catskin, et de manière plus voilée dans Blanche-Neige où la reine craint d’être supplantée par sa belle-fille.

Doré, Peau d’Ane fuyant le château de son père

– Les fratries

Quand il y a fratrie, c’est souvent avec des chiffres symboliques hérités des traditions médiévales et religieuses: Les sept corbeaux, les six cygnes (7 avec la princesse), les 7 Poucet, les 7 nains … Dans nombre de cas, fratries nombreuses ou réduites, il y a solidarité et réussite grâce à cette solidarité (Hansel et Gretel).

Hansel et Gretel

Mais il y a aussi souvent rivalité (pour l’amour ou l’héritage des parents), justifiée généralement par un veuvage et l’arrivée d’une marâtre: Cendrillon, La belle et la bête, par exemple.

Ainsi la famille constitue-t-elle un thème riche et complexe, source d’épreuves pour le héros, lieu de tensions internes, de désirs tabous et d’interdits à transgresser.

 

5- EPREUVES ET INITIATION

Le conte rappelle à l’homme qu’il ne maîtrise ni l’espace ni le temps. Quand le héros réussit, il le doit généralement à une aide magique, le personnage merveilleux dépassant les limites humaines. Car il est sans cesse confronté à ses propres limites. Le temps, par exemple, est souvent présent comme frontière de l’interdit (Cendrillon ne doit pas dépasser les 12 coups de minuit).

– Epreuves

– La plupart des contes commencent par la séparation: mort d’un parent, départ de l’enfant, parce qu’il est abandonné (Poucet), parce qu’il fuit une situation (Peau d’Ane), parce qu’il part à la découverte du monde ou à la recherche de quelque chose ou de quelqu’un. Selon Bettelheim, c’est “la nécessité de devenir soi-même”, pour Marie-Louise von Franz, “une descente dans l’inconscient”.

– Cette première épreuve est suivie d’apauvrissement et/ou d’humiliations.

La tentation fait basculer l’histoire dans le drame en faisant commettre la faute. Cf ci-dessous.

– Initiation

Les épreuves ont cependant parfois une valeur positive d’initiation et de passage. Pour les filles, l’émancipation passe par les travaux ménagers qui les rendent plus fortes (Cendrillon), ou la réclusion qui les aguerrit (L’oiseau bleu, La chatte blanche). Les garçons font par le voyage et la quête un apprentissage de la virilité.

Arthur Rackham, Cendrillon

 

6- LA FAUTE ORIGINELLE

A la suite de la tentation, comme Eve au Paradis, elle provoque le drame, suivi de la punition (la mort, réelle ou potentielle): Blanche-Neige ouvre la porte à la sorcière, le père de la Belle cueille une rose qui ne lui appartient pas, la femme de Barbe Bleue pénètre dans la pièce interdite, le petit Chaperon rouge musarde dans la forêt, etc.

Curiosité:

Arthur Rackham, Pandore

Doré, Barbe Bleue

Anne Anderson, La belle au bois dormant

Désobéissance:

Walter Crane, Le petit chaperon rouge

Félix Lorioux, Le petit Chaperon rouge

Violation de l’interdit (pas forcément volontaire):

Walter Crane, La belle et la bête

Edmond Dulac, La belle et la bête

R. Anning Bell, La belle et la bête

Kay Nielsen, Blanche-Neige, le cercueil

 

7- LA METAMORPHOSE

Le Bernin, Poussin, Apollon et Daphné

Apollon, brillant vainqueur du monstre Python, se promenait dans la forêt lorsqu’il rencontra Amour, qui y réparait son arc. Arrogant et moqueur, il fit remarquer dédaigneusement à l’enfant que le tir à l’arc convenait bien mieux à un chasseur comme lui qu’à un dieu enfant. Vexé, Amour se vengea en tirant une flèche d’or sur Apollon, qui tomba instantanément amoureux de Daphné, la fille du dieu Pénée, elle-même touchée d’une flèche de plomb provoquant l’aversion… Poursuivie sans relâche, la nymphe appela à son secours son père, qui la transforma en laurier alors qu’elle allait être rattrapée par Apollon. Désespéré, le dieu décida que le laurier deviendrait sa plante sacrée.

Le thème d’Apollon et Daphné fut beaucoup représenté car interprété comme une victoire de la chasteté sur l’amour sensuel.

Jean Cocteau, La bête

Walter Crane, Le prince Grenouille (2 vues: métamorphose)

Edmond Morin, Cendrillon (citrouille et carrosse)

Gustave Doré, Cendrillon fuyant le bal

Anne Anderson, Cendrillon fuyant le bal

De Beaumont,  Cendrillon perdant ses beaux atours

Peintre paysagiste, Charles-Edouard de Beaumont (1812-1888) acquiert une certaine renommée en tant qu’illustrateur, lithographe et aquarelliste, technique difficile où il excelle. L’illustration reproduite ici, le retour à l’état initial de Cendrillon aux douze coups de minuit, est l’une des trente-trois aquarelles qui jalonnent ce livre paru en 1886.

 

Annexes

Giovanni Franscesco Straparola (né en 1480 à Caravaggio, dans la province de Bergame, en Lombardie, Italie  – mort v. 1558  à Venise) était un écrivain et conteur italien  de la Renaissance.

 

Ses Piacevoli notti (en deux volumes 1550-1555) sont un recueil de contes folkloriques italiens, et connurent un vif succès. Son influence sur les contes a été très importante. On lui doit notamment une version de La Belle et la Bête, antérieure à celles de mesdames de Villeneuve (1740) et Leprince de Beaumont (1757). C’est aussi dans les Nuits facétieuses qu’apparaît pour la première fois le conte du chat botté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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