ARTS AFRICAINS & EUROPEENS

L’ART EUROPEEN AU TOURNANT DU XXe SIECLE

Dès la 2e génération impressionniste (post-impressionnisme) se pose la question d’un renouvellement fondamental de la représentation, que l’impressionnisme n’avait pas remise en cause. En quête de modèles, on va se tourner vers l’exotisme, synonyme d’évasion ou de retour aux sources: le japon, les arts primitifs.
Gauguin, La belle Angèle
Les débuts du XXe siècle resteront sur cette ligne. On redécouvre la préhistoire, la grèce archaïque, l’Égypte ancienne, les arts ibériques et italiques, etc. Tout ce que le classicisme issu de la Renaissance avait occulté. En 1906, la mort de Cézanne et l’exposition des oeuvres de ses dix dernières années provoquent chez les jeunes peintres une révolution fondée sur la découverte d’une restructuration du réel. En 1907, une grande exposition ethnologique eu Trocadéro ouvre une confrontation avec des systèmes totalement neufs de représentation, ceux des arts “nègre” et océanien.
Picasso, Les demoiselles d’Avignon
Picasso travaille alors à ce tableau qui tourne le dos à ses périodes bleue et rose. Plusieurs modèles sont mis en oeuvre: l’art égyptien, les têtes celtiques dérobées au Louvre par le secrétaire de Guillaume Apollinaire,… Le mot de l’artiste “l’art nègre, connais pas”’ est évidemment un énorme mensonge.
“Picasso s’est servi comme d’une béquille de l’art nègre” (Gertrude Stein).
Braque, Grand nu

L’ART AFRICAIN
Ce que les artistes européens n’ont ni vu ni même perçu, c’est le sens des productions africaines. Obnubilés par la recherche de formes nouvelles, ils n’en ont retenu que la surface, l’aspect, oubliant que pour les africains l’art n’existe pas selon les critères européens, et que toute représentation, toute fabrication, n’ont de sens que par un rapport à un sacré qui n’est pas non plus le nôtre.
Tout d’abord, sous une apparente unité des formes, l’art africain présente une grande variété et une complexité, dues à une multiplicité d’ethnies, elles-mêmes divisées en tribus, regroupées en pays artificiellement. Des ethnies se trouvent ainsi dispersées, comme les Senufos (Mali, Burkina Faso et Côte d’Ivoire), ou, par exemple, les Akans constituent un groupe de peuples (Ashanti, Baoulé, Agni, Appolo,Attié, Abey, Abidji, Adioukrou, Alladian, Abouré, M’Bato, Ebrié, Brian, Avikam, etc.) installés au Ghana et en Côte d’Ivoire. Etc.
Carte politique
Carte des ethnies
Ce qui est valable pour toutes, c’est le rôle capital de la religion, lien entre les membres du groupe et entre le groupe et les dieux.

Caractères généraux communs aux différentes croyances:
– existence d’un Dieu suprême inaccessible aux humains et régnant sur l’Univers ;
– large nombre de divinités couramment invoquées par les hommes
– diverses sortes d’esprits et de génies liés à de nombreux aspects de la vie quotidienne.
Les mythes des origines, de la création, la cosmogonie, qui permettent d’expliquer l’origine, l’essence et le sens du monde, sont symbolisés par des éléments naturels comme l’eau, la terre ou le feu, des animaux-totems incarnant l’être primordial, des figures ancestrales, héroïques ou légendaires. Le dieu suprême est trop lointain pour être accessible et seules les paroles composées selon des rites précis peuvent lui parvenir (rite au double but de renouveler les forces vitales et assurer la fécondité), d’où l’importance des prières et des danses.

I- RITES ET CROYANCES

1- FIGURES CULTUELLES
Dans la majorité des cas, les objets sont des objets sacrés, destinés la plupart du temps à participer à des cérémonies et à des rites religieux animistes où quelques initiés seulement ont droit d’assister.

A- Sexe, féminité et virilité
Pour des raisons liées à la fécondité (maintien et pérennisation de la lignée, de la communauté), tout ce qui a trait aux parties génitales est valorisé et le membre viril s’expose en érection, mis en évidence en tant que puissance reproductrice, principe de création d’une descendance.
Femme gouro (Côte d’Ivoire)
La statuaire est, dans cette ethnie, plutôt commémorative que liée à des pratiques animistes. Caractéristiques: jambes galbées, buste droit, poitrine ample, cou long, tête ovoïde. Sur le visage, les joues sont arrondies, le menton et la bouche délicatement dessinés, les yeux ovales, les paupières supérieures hautes et les sourcils en arcades de part et d’autre depuis le prolongement supérieur de la ligne du nez. Des chéloïdes bien marqués et en relief renvoient aux scarifications réelles.
Statue monoxyle Mangbetu (nord Congo)
Les yeux exorbités sont incrustés de perles de verre. Les bras tendus le long du corps, achevés par des mains minuscules, mettent en valeur le phallus. Un décor de fine pyrogravure dessine une peinture corporelle décorative qui forme sur la surface un réseau de formes géométriques.
Androgyne songye (RDC)
La figure de l’androgyne est surtout présente chez les Tellem et les Dogons (Mali), les Baoulés (Côte d’Ivoire), les Bongos (Soudan), les Songyés (RD du Congo).
Certains dieux peuvent se reproduire de façon autonome et la figure de l’androgyne souligne des oppositions fondatrices masculin/féminin, divinité/humains.

B- Maternité
Les maternités célèbrent la fécondité et l’accord du groupe. Jadis l’importante mortalité et l’esclavage faisaient craindre la disparition de la communauté, d’où la nécessité d’y remédier par une forte natalité. Les maternités sont donc des représentations symboliques de la Mère dispensatrice de vie dotée de ressources surnaturelles. Figure archétypale du principe de vie, elle représente la communauté entière dans ses fondements avec toutes les vertus qui lui sont attachées: nourriture, bienveillance, prospérité, transmission des valeurs.
Afo (Nigéria), mère aux enfants
Elle porte 2 enfants sur son dos et donne le sein à un 3e.
Il peut s’agir d’une ancêtre, la mère des Afo. Peu de documentation sur cette petite ethnie du Nigéria. Les statues appelées Okeshi seraient utilisées par les membres de la société Alanya Beshi lors des festivités annuelles liées aux rites de fertilité.
NB- Les seins pendants, dus aux allaitements fréquents lors des nombreuses naissances, sont l’objet d’une considération particulière.
Femme accouchant Bamileke (Cameroun)
Statuette dotée d’un grand pouvoir pour résoudre les problèmes de stérilité. Elle accouche de jumeaux, l’un en train de sortir, l’autre encore dans le ventre.
Femme venant d’accoucher Luba, RD du Congo
L’enfant vient de sortir et place sa bouche sous les seins. Il est représenté comme un vieillard (l’ancêtre est présent dans son corps). La transmission de la vie, la nourriture, la connaissance, sont exprimées par les seins coniques qui encadrent le visage de l’enfant.
Mère baoule (Côte d’Ivoire)
La statuaire baoulé se caractérise par un certain réalisme, et reproduit les canons de la beauté baoulé: plénitude et rondeur sensuelle des formes, mollets ronds pour les femmes, mains longues aux doigts effilés, petites fesses. La coiffure harmonieuse est faite de nombreuses nattes finement tressées
Statue de femme Dan, dits aussi Yacuba (Côte d’Ivoire)
La coiffure en forme de cornes de bélier symbolise l’union de l’homme et de la femme.
Mère de jumeaux, maternité du poro, Senoufo
Image d’une mère nourricière, soutenant une coupe censée contenir, lors des processions, le “feu intérieur”, portée dans les rituels par une femme âgée qui a beaucoup d’enfants, suivie d‘une jeune fille. Les jumeaux sont amenuisés pour souligner la valeur protectrice de la mère.

C- Double et gémellité
Le double et la gémellité introduisent des éléments essentiels concernant l’identité et l’altérité. La venue de jumeaux est toujours une faveur. Si l’un des deux meurt, il devient le double spirituel de l’autre. Les effigies (ibeji) qui les célèbrent exaltent sur le plan stylistique la symétrie, l’harmonie, l’unité dans la dualité. Les yoruba, qui ont un taux bien plus élevé de naissances gémellaires qu’ailleurs sur la planète, pensent que les jumeaux sont un don des cieux (ou du monde souterrain), une manifestation de bonté de puissances de l’au-delà.
ibeji Yoruba (Nigéria)
Statuettes innombrables chez les Yorubas, généralement exécutées par le père.
Ibeji Yoruba
Jumeaux Dan (Côte d’Ivoire)
Jumeaux Gouro (Côte d’Ivoire)
Figure jumelle Yorouba
Deux anges !!!

D- Conjoints mystiques
Plusieurs peuples de pays différents croient que chacun a dans un monde parallèle, un conjoint mystique de sexe opposé. Un cas de stérilité est l’indice de sa jalousie et de sa malveillance : pour l’amadouer, il faut sculpter une effigie aussi belle que possible qui sera son habitacle, et en cas d’échec, on devra en sculpter une autre plus belle. La statuette, qui rend bienveillant le conjoint mystique, produit un effet de sublimation.
blolo et offrandes
Photographie in situ. Statuette en bois peint entourée d’offrandes: bouteille de gin, boule de futu (purée de bananes plantain ou d’ignames), oeufs dans une assiette.
blolo bla baoulé (Côte d’Ivoire)
Chez les Baoulé, on trouve les deux types de statues: les Asie Usu qui vont incarner les esprits de la brousse et les Blolo Bian ( bla)  qui sont la représentation de l’époux (se) de l’au-delà.
Il est généralement assez difficile de décider à quel groupe peut bien appartenir une statuette, tellement leur réalisation est proche
blolo bla Baoule (Côte d’Ivoire)
La statuette porte, comme les femmes baoule, une ceinture de verroteries. Les bras collés au corps se rejoignent au nombril pour montrer le lien charnel (“la femme tient la corde de la vie”) qui souligne l’importance du lignage
blolo bla Baoule (Côte d’Ivoire)
L’oeuvre a appartenu au peintre Vlaminck, un des premiers à s’intéresser à l’art “nègre”. Pour tout ornement, la ceinture de perles et des bracelets de cheville en pâte de verre. Yeux et sourcils sont figurés en relief sous le front bombé qui met en valeur les oreilles et la coiffure en crête. Les scarifications en 3 rangs de petits points sur les tempes, en grains de café sur le dos, témoignent de l’initiation et de la maturité.
blolo bian Baoule (Côte d’Ivoire)
Depuis plus de 30 ans, ces teintes traditionnelles (ici rouge et noir) ont été remplacées par des peintures industrielles inaltérables.
blolo bian Baoule (Côte d’Ivoire)
L’époux tient à 2 mains sa barbe tressée. Ces effigies étaient généralement vêtues d’un pagne en tissu rapporté. Des rehauts de couleur rouge et blanche soulignent les trait du visage et les scarifications.

E- Ancêtres et Byeri
Lors d’un décès, la partie immortelle continue d’habiter la maison et ne rejoindra les ancêtres qu’après une période plus ou moins longue qui peut s’avérer difficile: elle peut ennuyer de diverses manières ses descendants. Il convient donc de la rendre bienveillante, car elle contrôle tout.
Dans l’ethnie Fang, le Byeri se rattache au culte des ancêtres et plus précisément aux reliquaires qui leurs sont dédiés. Ces reliquaires Fang sont constitués de deux parties :
– la boîte en écorce qui va contenir les crânes, que les Fang nomment nsekh o byeri (le ventre),
– la figure perpendiculaire qui surmonte la boîte : eyema o byeri (la tête).

– Statues
Statues d’ancêtres, chefferie de Bafussam, Mamilekes (Cameroun), in situ
Dogon (Mali), couple d’ancêtres, figure d’ancêtre
En tant qu’ancêtres de la tribu, ils ont une force particulière: on leur dédie chaque année une cérémonie mortuaire pour leur demander santé, fécondité et bonnes récoltes.
Figures fortement stylisées, avec un équilibre raffiné des volumes et des vides.
Ancêtre baoulé (Côte d’Ivoire)
Interprétée par Frank Willett (Thames and hudson) comme un ancêtre, mais les baoulés n’ont pas, en principe, de statues d’ancêtres. C’est peut-être plutôt un bloblo bian.
Couple de figures, Azande, Soudan
– Byeris
Statues byeri in situ
Gabon, reliquaire Fang (Afrique centrale:Gabon, guinée équatoriale, Cameroun, Congo)
Les statues fang ont un style homogène, très simple, dont l’équilibre tient au rythme des surfaces courbes. Aucun décor. Visage ovale, au profil concave sous un front arrondi, aux sourcils et nez en saillie continue. Dignité, recueillement de l’expression, parfois combinés avec une bouche ouverte agressive. La coiffure en tresses épouse le contour de la tête. Les yeux sont fendus latéralement (en “grains de café”) ou incrustés de disques de laiton. Corps cylindrique, allongé, bras détachés du tronc, mains jointes sur la poitrine (geste d’offrande) ou posées sur les cuisses. Jambes généralement courtes.
Reliquaire muziri, Bembe (près du lac Tanganyika, RDC & Tanzanie)
Le muziri est un fétiche protecteur, fait de fibres de bananier enroulées dans une étoffe. L’imprimé, le décor des tissus confèrent à l’enveloppe l’aspect d’un costume de fête. Le muziri renfermait quelques ossements tirés des restes d’un ancêtre que l’on jugeait “puissant”.
Reliquaire Kota (Gabon)
Le culte des ancêtres, le Bwété, avait une grande importance au sein de la société kota. Comme chez les Fang, les crânes et os des ancêtres étaient conservés dans des paniers surmontés de figures de reliquaires anthropomorphes, représentation symbolique et très stylisée du visage de l’ancêtre, en feuilles de cuivre et laiton ciselées sur âme de bois. L’arc représente une coiffure en heaume ou, pour certains Bakotas, la lune. Selon les autochtones, le losange sous le visage représente les bras, la corbeille renfermant les crânes des ancêtres le corps.
Reliquaire Mahongwe (Gabon)
La forme, ovoïde et stylisée, est réalisée avec une âme de bois surmontée de plaques de métal. Elle est de faible épaisseur, concave, décorée d’une plaque de cuivre sur le devant qui la sépare verticalement. Des yeux sont figurés par deux cabochons, le nez est formé par une fine plaque perpendiculaire. D’autres lamelles sont figurées sous les yeux. Au sommet, protubérance entourée de fil métallique. Le manche est recouvert en partie haute de fil de cuivre ou de laiton. Les lignes, au revers, seraient des tresses stylisées et la protubérance du sommet, un chignon. La poignée qui forme parfois un losange plus prononcé serait une stylisation des bras. Le piètement de la sculpture était rattaché à un panier, et l’ensemble représentait une figure anthropomorphe.

F- Rapport à la nature
Représentations animalières
L’art africain entretient avec l’animalité des relations particulières : derrière le visible est un monde invisible, auquel, pour le faire apparaître, l’on pourra donner une forme animale, certaines bêtes étant les attributs des dieux. Selon de nombreux mythes, les animaux ont été créés avant l’homme : ce sont les animaux primordiaux de la création qui auraient enseigné aux humains les règles de la vie. S’y ajoutent les animaux symboles des divinités et les animaux totémiques ou héraldiques liés à une famille ou à un clan
Femme sur une antilope bamana (Mali)
Les 2 parties ont été sculptées séparément puis réunies par des clous. la figure souligne le rôle important de la femme dans les tâches agricoles et l’analogie entre l’acte sexuel et le travail de la terre. L’antilope aurait offert aux hommes les premières céréales et leur aurait enseigné le travail de la terre.
Masque éléphant, peuple babanki, Grassland occidental (Cameroun)
Masque-casque porté horizontalement sur le sommet du crâne, son usage est réservé à quelques clans dans les chefferies du Grassland. Il pénètre et quitte le dernier l’aire de la danse avec des mouvements lents, calmes, posés, qui correspondent à son rang. C’est un symbole de la puissance de l’animal, image au Cameroun de stabilité, longévité, sagesse.
Calao sénoufo (Côte d’Ivoire)
Intervient dans la 2e phase du poro, porté sur la tête des jeunes initiés. La grande taille et les ailes ouvertes portent l’idée de protection, le ventre bombé évoque la maternité future, le bec est image phallique.
Statue senoufo (Mali, Burkina Faso, Côte d’Ivoire)
Même si la sculpture est anthropomorphe, l’accentuation de déformations et des excroissances (coiffure) semblent des évocations animales.
Statue senoufo
Statue baoule à tête de singe (Côte d’Ivoire)
Les Baoulé ont, entre autres, créé des figures de singe. Doté d’une mâchoire prognathe aux dents aiguës, d’une patine granuleuse due aux sacrifices, le singe tient dans ses pattes une coupe ou un pilon. Les sources divergent sur son rôle et sa fonction : tantôt il interviendrait dans le rituel de divination, tantôt il serait une protection contre les sorciers dans des associations masculines, tantôt une divinité protectrice des rites agraires, parfois génie de la brousse.
Poulie anthropozoomorphe
Les poulies représentent généralement des silhouettes stylisées, des têtes d’animaux ( bovin, oiseau, antilope…), des têtes humaines (le plus souvent féminines avec des coiffures très fouillées…), des personnages janiformes accolés dos à  dos, voire tête contre tête… Celle-ci est une tête humaine dotée d’oreilles animales.

2- PRATIQUES CULTUELLES

A- Rites: initiation, funéraires, …
Les rites sont essentiels, gérés par des sociétés plus ou moins secrètes, nombreux, divers, et diversement pratiqués, par les tribus. Les plus importants semblent être les rites funéraires, et, surtout, presque partout, ceux d’initiation.
Initiation: Son but est de faire entrer les adolescents dans la société des adultes pour les intégrer à la collectivité après un dépassement de soi. L’être humain ne peut être amené à la perfection qu’après avoir été tourmenté, tué symboliquement pour, après un passage par la tombe, ressusciter avec des rituels de purification comme nouvel individu.
Masque bambara (Bamana) (Mali)
Les sociétés d’initiation enseignent  aux bamana tous les aspects de la vie : ce sont les sociétés n’domo, komo, nyama, kono, chiwara et koré. Chacune a ses attributions. La société n’domo s’occupe de la circoncision et apprend aux garçons les origines de l’humanité. Komo s’occupe de la loi et enseigne la cosmologie des Bamana. C’est la société des forgerons. Nyama agit contre la sorcellerie et les esprits malveillants. Kono enseigne la dualité de l’humanité en tant que corps et esprit. Chiwara célèbre l’être mythique qui enseigna l’agriculture aux Bamana. Koré fournit une instruction morale et enseigne l’importance de l’humanité dans l’ordre du monde.
Les masques Bambara représentent les diverses manifestations de Faro, le dieu créateur et le guide de l’univers. Donc, le masque participe directement aux cérémonies, et son pouvoir est toujours là. On lui fait des offrandes et des sacrifices, et quand sa fonction d’intermédiaire a fini on l’enterre selon un certain rite, et il perd son caractère sacré.
NB- La société n’domo , responsable de la première étape, instruit tous les enfants avant la circoncision au sujet de l’origine de l’homme et de sa place dans le monde. Cette première étape est divisée en sections, représentées par des animaux. Le degré du crapaud concerne la vie et la mort (le crapaud soudanais a la réputation de ne pas se décomposer après la mort, donc évoque l’éternité). Le degré de l’oiseau enseigne tout ce qui a rapport à la pensée de l’homme. Le degré de la poule inclut des relations des hommes avec le cosmos, puisque cet animal a des affinités avec la terre et le soleil. Le chien illustre le concept de domestication, et fait référence à l’aspect social de l’homme.
Masque bozo (Mali).
Les masques et marionnettes traditionnels bozo se caractérisent par leur diversité formelle et par leur richesse iconographique. De nombreux masques sont utilisés pour les prières incantations des pêcheurs.
Masque dogon kanaga (Mali)
Le masque Dogon le plus connu est le masque Kanaga représentant l’oiseau portant le même nom. Les deux petites figures qui sont sur le haut du masque représentent le premier couple ancestral. La croix fait référence au mythe de la création. La partie supérieure de la croix symbolise le monde surnaturel, et la partie inférieure le monde terrestre. Dans la danse rituelle, le porteur du masque se penche vers le bas pendant qu’il danse, en dirigeant la croix vers le sol dans le but d’établir un lien entre la terre et le ciel.
Masque toma (Guinée)
Le porteur du masque dévore de manière symbolique (malgré l’absence de bouche) les candidats au Poro(société secrète masculine de l’ethnie) qui sont parvenus à la dernière étape d’initiation: après cette mort symbolique ils peuvent ainsi renaître en tant que nouveau membre du Poro à part entière.

B- Spectacle et art total, présentification de l’invisible: les masques
Le porteur de masque participe à un spectacle où il se fait danseur, narrateur, imitateur, musicien… Il est inséparable d’une mise en scène : ses pas et ses évolutions ont autant d’importance que l’effigie qu’il arbore, alors que les chansons sont interprétées par des groupes de femmes qui reprennent en chœur les paroles. Il est ainsi exalté par le public avec lequel il communique.
Comme les fétiches (cf. plus bas), les masques participent de l’invisible et l’exaltation mystique qui préside à leur présentification permet d’honorer les esprits et de restituer aux divinités qu’ils véhiculent toute leur puissance.
Danseur (centre de la Côte d’Ivoire)
Masque de réjouissances peint de couleurs industrielles, 1974. Comme les masques du gélédé, ceux de divertissement du centre de la Côte d’Ivoire relèvent de la mascarade clownesque  et portent des effigies représentant des boxeurs, un footballeur, un président de la République saluant de sa voiture, etc.

Port des masques

– Masque facial
Apparemment le plus simple, il se prête à d’infinies variations : tête humaine (pas obligatoirement naturaliste), animalisation partielle ou totale, caricature ou idéalisation, style unitaire ou composite, bois naturel ou peint.
Masque facial masculin Makondé (Tanzanie)
Deux morceaux de verre fixés à la cire sous les paupières donnaient l’illusion d’un vrai regard. Ce type de masques intervient encore aujourd’hui pour la clôture des cérémonies d’initiation, après une période d’isolement dans la clairière sacrée. Les vieillards barbus = esprits d’ancêtres, valeurs adultes à inculquer.
Masque Dan (Côte d’ivoire)
Les masques Dan féminins sont connus par l’importance qu’ils attribuent à la beauté du visage. Ils rehaussent la finesse des lignes avec une brillante patine à base de substances végétales. La fonction de ces masques est de régler les désaccords et de protéger les nouveaux-nés. Le visage des masques Dan masculins est plus réaliste, avec quelquefois des détails animaux. Il a la force vitale, appelée du, envoyée par Zlan le créateur.
Masquefacial senoufo (Mali? Burkina Faso? Côte d’Ivoire?)
Le masque n’est qu’un objet de bois à la base. Il ne deviendra sacré que le jour où il sera dansé dans un contexte liturgique. Il lui faut un costume, des ornements, les attitudes propres à la danse, le halo de mystère,de puissance, de connaissances occultes qui l’accompagne. Le masque guidera l’homme Sénoufo dans toutes les phases initiatiques du Poro ou lors des funérailles. Certains masques participent aussi à des distractions publiques.
Masque facial kplekple baoule (Côte d’Ivoire)
deux formes différenciées par la couleur: kplekple yassoua, masculin (noir), et kplekple blo féminin (rouge). Le porteur porte sur son dos une peau d’antilope sur laquelle, en dansant, il frappe avec un fouet, et est vêtu de fibres de palmier. A ses chevilles, des morceaux de métal émettent des sons qui rythment les pas de la danse et éloignent les maléfices.
Danseur avec masque mamiwata

– Masque frontal
placé presque à l’horizontale sur la tête du porteur qui doit pendant ses évolutions se courber pour que le public en saisisse tous les détails. Le visage du porteur est recouvert d’un tissu translucide ou de fibres végétales. Ces masques, très grands, sont aussi très lourds et donc confiés aux seuls danseurs expérimentés.
Danseur gelede de Meko, yoruba (entre Nigéria et Bénin)
Le guélédé: L’origine du guélédé se situerait lors du passage mythique de la société matriarcale à la société patriarcale et aurait pour fonction d’apaiser la colère des mères et d’honorer Iya Nla, la mère primordiale, ainsi que l’esprit des ancêtres. C’est la seule société de masques dirigée par les femmes de la culture Nago-Yoruba. Elle rend hommage aux pouvoirs spirituels des femmes âgées, utilisés au bénéfice de la société dans le but de restaurer l’harmonie sociale. Le masque guélédé remonterait à la fin du 18ème siècle et proviendrait de l’aire de l’ancien royaume de Kétou
Sur le dessus du masque, un couple à motocyclette. De grandes quantités de plastique importé entrent dans la composition du costume coloré.
Masque gelede yoruba (entre Nigéria et Bénin)
Masque frontal nyati, douala (Cameroun)
Les masques zoomorphes doualas sont utilisés par des confréries secrètes. Le cercle des cornes surplombe la tête trapézoïdale prolongée par une langue en fer triangulaire jaillissant de la bouche. Une ligne noire en saillie souligne l’axe médian.
Masque frontal kono, bamana (Mali)
Masque du kono, porté presque à l’horizontale, visible dans son entier seulement quand le danseur baisse la tête. Les oreilles ouvertes signifieraient que les adeptes du kono doivent savoir écouter les préceptes.

– Le cimier
Juché sur la tête du porteur, le cimier n’est pas à proprement parler un masque, bien que le porteur soit dissimulé sous des fibres ou des tissus attachés au bas du cimier.
Tyi Wara dansant
Cimier tyi wara Antilope, Bambaras du Mali
L’une des plus importantes sociétés d’initiation des Bamana est la société Tyi Wara, à laquelle hommes et femmes peuvent appartenir. Cette société commémore un être mythique né de l’union de la vieille mère terre, Mousso Koroni, et d’un serpent. Il est donc en partie homme, en partie antilope, et en partie fourmilier; c’est lui qui apprit aux Bamana à cultiver le sol. Ces cimiers sont portés lors de célébrations qui ont lieu dans les champs au début de la saison des cultures.
Répandus dans tout le Mali sous diverses formes, ils sont aujourd’hui en déclin, de par la progression de l’Islam et la transformation des méthodes d’agriculture. Hybrides, ils associent généralement 3 animaux. L’antilope, aux cornes recourbées, symbolise fécondité et croissance, ses oreilles tendues l’intelligence aux aguets. Le pangolin, mammifère terricole couvert de larges écailles, évoque la vie souterraine et symbolise force et détermination. Le fourmilier (dont le museau prolonge la tête de l’antilope) traduit le mode de croissance de l’arachide qui se replante après floraison pour produire des fruits sous la terre.
Cimier de danse ogbom ibibio, Nigéria
Cimier satabo Baga (Guinée côte atlantique)
L’aigle pêcheur figure le génie Satabo, qui dans la mythologie baga annonce mort et cataclysmes. il porte ici un européen au casque colonial, les mains posées sur une figurine rappelant le masque nimba, et entouré de 2 femmes nues, mains sur les seins, précédées de 2 petits oiseaux

– Masques à lame ou masques-planche
peuvent être considérablement élevés (jusqu’à 2m de haut) et élargis, et prendre des formes géométriques diverses (rectangles, cercles, triangles), d’où de nombreuses variantes locales.
Masque de l’ethnie Bwa, Haute-Volta
Le danseur représente un génie de la nature, et intervient lors de funérailles, accompagné d’un tambour et d’un balafon (xylophone). Pour les Bwas, certains éléments renvoient à des oiseaux associés à des esprits : les yeux à la chouette, le crochet au-dessus du front au bec du calao. Le masque lui-même figure un être surnaturel qui vole en migrateur et protège le clan qui le possède. Les décors ont valeur symbolique: triangles noirs = marques de l’antilope coba, carrés noirs = peaux de chèvre portées par les anciens, carrés blancs = peaux de chèvre claires portées par les initiés.
Masque planche bédou, nafana (Côte d’Ivoire)
Il apparaît généralement avec son corollaire féminin dont la tête est surmontée d’un disque, les cornes étant l’apanage du mâle.
Masque “esprit de jeune fille” nafana (?)
Porté avec un costume complexe par les membres de rang moyen de la société masculine, aux funérailles et aux fêtes dans lesquelles l’homme masqué imite les activités de la femme.

– Masques-heaumes et masques-casques
Le masque-heaume est taillé dans un bloc de bois évidé de sorte que la tête du danseur s’insère dans la cavité. Beaucoup de ces masques sont complétés par une figure qui orne le sommet. Le masque-casque ne couvre que le haut de la tête, et se complète de tissus, raphias, feuilles, destinés à cacher le visage du danseur.
Masque heaume senoufo (Mali? Burkina Faso? Côte d’Ivoire?)
Apparaît en paire lors des levées de deuil de personnages importants.Le motif en anneaux étendu au cou et au torse est propre à beaucoup de régions du Mali et semble très ancien: il s’inspirerait du tissu torsadé qui symbolise le corps du défunt lors de cette fête des morts.
Masque-heaume gelede yoruba (entre Nigéria et Bénin)
Les masques Gèlèdè sont tous conçus selon un même principe : un visage (du type masque-heaume) et une scène qui se développe sur le haut du masque. Ici, un coq saisit un serpent qui lui pique la patte (proverbe: “qui mord sera mordu”). Le serpent est investi des pouvoirs de vigilance, secret et protection. Les volailles domestiques sont destinées aux sacrifices, où sont utilisées leurs entrailles.
Masque mende (Sierra Leone, Liberia, Guinée Bissau)
Ces masques étaient habituellement utilisés par une société de femmes, les Sandé, à l’occasion des fêtes les plus solennelles, durant l’exercice de la justice, les cérémonies funèbres et l’initiation. Au cours de l’initiation, les femmes occupant un rang élevé dans la société utilisent ces parures pour accueillir les plus jeunes au terme d’une retraite de trois mois dans la forêt. Un long costume vient compléter le masque qui représente l’esprit de fécondité et incarne les eaux féminines
Masque de type mwaash a mboy, bakuba (Congo)
porté lors de rites d’initiation pour symboliser le héros de la culture Woot, qui est à l’origine de la royauté, de la structure politique et de la plupart des arts et métiers. Le sommet ressemble à une trompe d’éléphant (quelques spécimens ont aussi des défenses), emblème royal. Le masque ne peut être porté que par des hommes d’ascendance royale

– Masque d’épaule
Se porte sur les épaules du porteur qui s’introduit à l’intérieur jusqu’au torse et, grâce à des barres glissées entre les montants, l’élève très haut au-dessus de l’assistance, comme une présence venue d’un autre monde. Il s’agit d’un esprit féminin, une mère universelle, qui couvre tout de sa protection.
Nimba, déesse de la fertilité, Baga, Guinée
C’est chez les Bagas que ce masque a trouvé sa forme la plus accomplie.Les seins tombants suggèrent de nombreuses maternités. La demba est une image de l’idéal féminin; elle symbolise le comportement social de la femme :
– Générosité (mère nourricière aux seins lourds); bonté mais aussi beauté.
– Symbole de fertilité et de fécondité, la demba apparaît pendant les cycles de la culture du riz (semailles et repiquage puis le battage).
– Symbole de « communauté », elle participe aux cérémonies du village : naissances, mariages, funérailles…
Ce masque a presque complètement disparu avec la progression de l’Islam.

Les Formes:
Les masques sont taillés dans les matériaux les plus divers, mais avec une prépondérance manifeste du bois. Il y a une profusion des formes, mais trois tendances principales.
1- Les masques zoomorphes :
Ils sont la figuration des caractères dominants des animaux représentés.
2- Les masques anthropozoomorphes :
Ici s’associent traits animaux et traits humains, mais avec la prépondérance du visage humain.
3- Les masques anthropomorphes :

Zoomorphe: Senufo, cimier, grand calao
Le calao aux ailes déployées évoquant l’idée de protection, au ventre évoquant la grossesse d’une femme, au bec phallique, intervient dans la 2e phase de l’initiation du poro, porté sur la tête des jeunes initiés.
Anthropozoomorphe: masque de Côte d’ivoire
Masque à 3 animaux: cornes d’antilope, gueule de crocodile, agame ocellé qui couvre le visage.
Anthropozoomorphe: masque kplekple baoule (Côte d’Ivoire)
le visage fait référence au soleil, et ses rayons sont représentés par des triangles peints. Les cornes de buffle sont un symbole de la fertilité. Ces masques sont employés dans les rites relatifs à l’agriculture, la fertilité et aussi dans les cérémonies funèbres. Les Baoulé n’ont pas de rites d’initiation.
Anthropomorphe: gouro (Centre Côte d’Ivoire)
Sur ce type de masque tout est permis: l’artisan est libre dans sa création. La production de ces familles de masques est phénoménale tant dans la quantité que dans la diversité.
– Masques dogon (Mali)
Masque lièvre, bois peint et fibres
Ingéniosité dans l’emploi d’une touche pointillée imitant le pelage de l’animal. Selon le mythe, le chien d’un chasseur de la région de Yougo ayant vu un lièvre le poursuivit et le saisit. Le chasseur le lui retira avant qu’il ne l’ait dévoré et l’emporta chez lui. L’ayant attaché à une corde, il tailla un masque de bois à l’image de la bête qu’ensuite il tua et mangea.
Masque kanaga (cf. plus haut)
Masque satimbé
Surmonté d’une statuette féminine figurant la 1e yasigine, seule femme admise dans la société des masques. La schématisation géométrique de la silhouette atteint des limites extrêmes.

C- Magie

– Dieux ou ancêtres
Nommo, sculpture androgyne tellem ou dogon, XVIe siècle
Dans la mythologie des dogons (Mali), Nommo, ancêtre des hommes, était hermaphrodite. C’est sans doute lui que ce cavalier représente, les bras levés exprimant une demande à Amma (dieu créateur de l’univers). L’animal pourrait être le cheval, premier animal sorti de l’arche descendue du ciel.

– Génies
Au monde organisé du village et des cultures s’oppose celui de la brousse, où la nature reprend ses droits. C’est là que résident les génies, les esprits, les forces malveillantes, les animaux sauvages. Les génies prennent des formes diverses. Ils peuvent avoir une influence bénéfique ou néfaste. Comparables dans leur aspect aux statuettes de conjoints, les Asye usu sont les mauvais esprits de la terre ou de la brousse. On les représentera dans le bois de la manière la plus flatteuse possible, afin qu’ils l’acceptent comme habitacle.
Génie de la nature féminin baoule (Côte d’Ivoire)
La statue a appartenu à un devin auquel le génie faisait savoir la cause des maladies. Elle porte les rubans entrecroisés que les devins revêtent lors des séances publiques, et sa position assise sur un siège traditionnel renforce son autorité, sa majesté.
Génie masculin de la nature baoulé
La statuette, fait exceptionnel chez les baoulés, n’a jamais été peinte, hors les ornements (cheveux, barbe et scarifications) teints en noir pour donner un effet de contraste.
Génie de la brousse (assié oussou) baoule
Amenuisement des mains habituel dans la sculpture baoulé, qui les fond dans le tronc, comme si elles naissaient de l’ombilic. Les bras repliés s’y rejoignent, attitude de paix et d’alliance (les génies font ce geste quand ils rencontrent les devins). Le cou porte des plis, signe de beauté chez les femmes.
Mamiwata
Mamiwata est la Mère des eaux, mi-femme mi-poisson, mi-terrestre mi-aquatique, déesse du culte vodun au Togo et au Bénin, esprit de l’eau craint par les pêcheurs du Nigeria et du Ghana, mangeuse d’Hommes qui erre dans la nuit africaine sous les traits d’une revenante, sainte patronne des prostituées de Kinshasa.
Statue mumuye (sud Nigéria)
Ces statues appelées iagalganga ou supa, incarnent un esprit tutélaire. Elles jouent le rôle de gardien tutélaire du lignage, mais sont aussi utilisées dans la divination (où le suc d’une plante répandue sur elles est censé libérer leur faculté de parole), la médecine. Dépositaires de la vérité et de la justice, elles sont consultées dans les ordalies où les hommes en conflit jurent sur la statue.

– “Fétiches”
Le mot vient du portugais Feitiço qui signifia d’abord artificiel, puis sortilège. Or le mot est mal employé, car son sens a été contaminé par la superstition et appliqué à des amulettes ou des gris-gris. En Afrique, les objets sont un langage dont les humains se servent pour communiquer avec des créatures de l’ailleurs, ou des supports, habitacles d’êtres-forces invisibles qu’il importe de symboliser pour leur rendre hommage. Le fétiche est le support d’une force naturelle et non une divinité en soi. Il peut être un objet naturel (arbre, pierre, animal) ou confectionné à des fins liturgiques (bâton, statue). Son rôle est spécifique (réussite, protection) et son pouvoir réside dans la poudre (remède) contenue dans l’ombilic, parfois clos par un fragment de miroir.
Nkisi konde ou Kunde (RDC)
Il porte le bonnet du nganga, spécialiste en rituels, et un maquillage aux couleurs symboliques (blanc, monde des morts; rouge, sang des défunts; noir et gris, couleurs de la vie). La double tresse à chacun de ses bras est symbole des mondes visible et invisible. Le bilongo, excroissance de l’ombilic, contenait les substances magiques et était fermé parfois d’un coquillage ou d’un miroir qui indique le passage dans un autre monde.
Ofo igbo  (Nigeria, delta du Niger)
Chez les Igbo, les Ofo sont des objets symboliques. Qui détient l’Ofo est garant du sacré de la vérité, de la justice, de la loi et de l’autorité. L’Ofo joue un rôle dans les rituels sacrificatoires, prières, serments, jugements, délibérations pour la politique au sein de la famille ou de la communauté ainsi que les bénédictions ou les malédictions.
Figure magique, Bakongo (Congo)
La présence de clous ne signifie pas que ces figures soient agressives. Les clous sont en fait des signatures, concrétisation de pactes pour réveiller l’effigie. Le bois, spirituellement animé, est dynamisé par le choc produit par l’insertion du clou, et ainsi rappelé à sa tâche.
Fétiche hermaphrodite bazoukou du Kouango (Sud-Ouest Congolais)
Les épaules très hautes, l’insertion des bras au milieu du dos, sont typiques. Les cornes à médecine, pendues, indiquent qu’il s’agit d’un fétiche guérisseur.

II- USAGES ET PRATIQUES
A la différence de l’art rituel, les arts somptuaires et toutes les productions qui s’y rattachent appartiennent au domaine du profane. Mais la frontière entre les arts somptuaires et l’art religieux n’ est pas aussi nette que le laissent supposer leurs définitions respectives.

1- OBJETS CULTUELS

A- Boîtes à souris
Ces boites portent aussi le nom “d’oracle à  souris” chez les Baoulé au centre nord de la Côte d’Ivoire. Pot en bois ou en terre cuite dont l’intérieur est divisé à  l’horizontale par un plancher percé d’un orifice. Le devin plaçait une ou plusieurs souris à jeun dans la chambre inférieure, et lors d’une consultation, il disposait dans la partie haute des bâtonnets, épines de porc-épic, écailles de tortues, et un peu de nourriture, dans un ordre soigneusement étudié. Une fois le pot refermé, le devin récitait ses incantations. La souris affamée grimpait aussitôt dans la partie supérieure pour y manger la nourriture. Elle modifiait involontairement la disposition des objets que le devin se chargeait ensuite de déchiffrer et d’interpréter.

B- Marteaux de gong
Les devins Baoulé utilisent ce type d’objet lors des rituels divinatoires, pour frapper des gongs en forme de cloches, en fer… Le son, frappé de manière régulière, produit un état de conscience favorable à  une communication médiumnique avec les esprits que sont les asie usu, au travers d’une transe de possession … Ces rituels sont habituellement l’apanage des Comians (devins). On trouve deux types majeurs de marteaux de gong :
– les Kokowa, purement utilitaires et dénués de toute volonté esthétique
– les Lawle, finement sculptés et très richement décorés. Sur ces derniers on va trouver une imagerie forte: figures féminines, personnages zoomorphiques, masques Bo Num Amwin (masques sacrés masculins…).

C- Instruments de musique
Les instruments de musique sont intimement liés à la parole. Les tambours transmettent une parole calquée sur les sons, les tons et les rythmes de la langue. Dans une batterie, c’est le “tambour parleur” qui a le plus d’importance, animant  la danse et donnant des ordres aux participants. Flûtes, balafons et cordophones accompagnent aussi les chants des griots.
Harpe nbaka (RDC)
Accompagne les chants et permet d’établir la communication entre le monde des morts et celui des vivants.
Gong atye (Côte d’Ivoire)
Gongs et  cors étaient utilisés dans des fêtes auxquelles assistaient le chef et sa suite.
Sifflet mossi (origine: Burkina Faso, installés aujourd’hui surtout en Côte d’Ivoire)
Dit parfois indûment flûte, cet instrument était porté en pendentif, assurant une triple fonction: instrument de reconnaissance, amulette et parure. Celui-ci est anthropomorphe, figuration abstraite des torse, tête et bras, de l’homme qui le porte.
Cloche yoruba
En forme de cheval, animal presque disparu au sud du Nigéria à cause de la mouche tsé tsé, et d’autant plus prestigieux.
Tambour
L’instrument est utilisé pour les danses, mais aussi pour les annonces (accident, décès d’un notable, arrivée d’un étranger…)

D- Divers
Oshe shango, Bâton cultuel yoruba
Shango est le dieu magicien qui maîtrise la foudre et il est considéré comme le dieu du tonnerre et du fer. Shango est craint mais également vénéré puisque ses manifestations apportent la pluie bienfaisante pour les cultures. Le symbole qui lui est associé est la pierre de foudre stylisée par une double hache. C’est elle que l’on retrouve à la partie supérieure de ce bâton de danse Ose Sango (ou Oshe Shango).
Bâton de danse kuyu (RDC)
Senufo, statue pilon (femme), nord de la Côte d’Ivoire
Statue rituelle déblé des sénufo. Lors de l’initiation, les novices frappaient le sol avec la statue en un rythme lent et menaçant, pour implorer la fécondité.
NB- Le pilon symbolise pour beaucoup d’africains la verge, avec une inversion des rôles puisque c’est toujours la femme qui le tient au-dessus du mortier.
Bol ilesha (Nigeria)

2- OBJETS SOMPTUAIRES

A- L’art des sièges
En Afrique, les sièges comptent parmi les oeuvres d’art les plus répandues. Qu’ils soient destinés à un usage courant, exceptionnel ou officiel, les sièges, par l’incroyable diversité de leurs formes, attestent l’existence d’une pluralité de styles et d’esthétiques. La façon de s’asseoir révèle des rapports de pouvoir et de domination de même qu’un système culturel fondé sur une stratification très hiérarchisée de la  société. S’asseoir est un privilège.
Luba, siège à caryatide, style de Buli 
Buli est un village des Baluba du nord. La femme agenouillée, “fille de l’esprit”, a une force d’expression que tout concourt à intensifier, en particulier l’encadrement du visage par les bras qui le soulignent. Le sous-style de Buli compte une douzaine de sculptures attribuées au même artiste. L’artiste a choisi de développer dans ses caryatides la tête et les mains, ce qui lui permet de privilégier le visage aux pommettes saillantes, au nez étroit, au menton effilé, et de grandes mains à la paume à peine creusée. Dans les figures agenouillées, la cuisse est strictement doublée par la jambe et le corps repose sur le talon d’un pied très allongé.
Chaise uliguru (Tanzanie)
Pièce monoxyle exceptionnelle par son haut dossier qui la transforme en trône, exemple rare de femme-siège, surtout décoratif.
Siège de chef oku (Cameroun)
Siège de voyage emporté par un chef quand il se déplace. Le léopard manifeste la puissance et la sauvagerie. L’homme portant le plateau (siège) chevauche l’animal soumis, obéissant, tête baissée. Mais au Cameroun, cette relation indique aussi la faculté de certains princes à se transformer en léopards. Les bords des 2 plateaux  sont décorés de pythons se mordant la queue, image d’êtres qui habitent les strates profondes de la conscience avant de retourner à l’invisible.
Siège royal Baoulé
Le tabouret, chez les Akan, symbolise le culte des ancêtres, le roi, le royaume, l’état, la nation, le pouvoir spirituel et temporel du souverain régnant. Les tabourets Akan possèdent 5 pieds (1 central et 4 autour) ; les petits triangles qui bordent le tabouret symbolisent le rayonnement du soleil au zénith, les 4 pieds extérieurs les 4 points cardinaux et l’assise arrondie un arc en ciel.
Chaise traditionnelle Baoulé, que l’on retrouve aussi chez les Gouro et les Dan. Cette chaise est avant tout un objet utilitaire, elle n’a pas de caractère sacré. Elle est simplement utilisée comme siège. Sa seule particularité est la hauteur du dossier qui permet de la porter facilement en passant de bras dans le dossier avec la chaise dans le dos. Une personne allant dans une réunion de village porte sa chaise. Souvent d’ailleurs sur le dessous de la chaise est inscrit à la peinture le nom du propriétaire.
Trône perlé (détail), Chefferie bamoum de  Foumban (Cameroun)
Dans les chefferies du Cameroun, toute l’activité artistique a pour objet la célébration du souverain et la grandiose vie de cour. Le chef, à son avènement, fait exécuter un trône recouvert de broderies de perles importées, cousues sur une rabane. Des serviteurs posant leur main droite sur la bouche (signe de respect) supportent le siège, dont le plateau est recouvert de cauris, signe de prestige et de victoire (référence à la rançon des captifs). La bordure en damier de triangles est allusion au pelage du léopard royal.

B- Appuis-nuque
Leur rôle est de permettre de dormir sans déranger les coiffures d’apparat très élaborées (chignons, crêtes, tresses) qui sont de vraies sculptures capillaires. Ce n’est donc pas la tête, mais la nuque qui repose dessus. Outre cet usage pratique, ces objets ont sans doute une dimension spirituelle.
Congo, Baluba, appui-tête avec couple (de lutteurs??)
Coiffures caractéristiques des Baluba-Shankadi, dites “en cascade” de par la structure des crêtes qui encadrent le visage et descendent jusqu’à la nuque. De ce fait, William Flagg a désigné l’auteur de ce type de sculpture sous le nom de “maître de la coiffure en cascade”.
Appuie-tête Baluba
En ivoire et or, cet appuie-tête d’une particulière somptuosité devait appartenir à une princesse de haut rang.

C- Divers
Sceptre akan
Plusieurs sceptres akans représentent des proverbes, celui-ci pouvant se traduire “qui a le pouvoir le garde”. Un homme tranquillement assis mange sous les yeux d’un serviteur. Le siège surmonté d’un plat de nourriture représente le pouvoir politique
Les Akan constituent un groupe de peuples (Ashanti, Baoulé, Anyi, Attié, etc.) installés au sud du Ghana et au sud-est de la Côte d’Ivoire.
Bouclier konde (Tanzanie)
Les Konde aussi appelés Nyakyusa se localisent à la pointe nord du lac Nyasa, presque à la jointure des trois frontières Tanzanie, Zambie et Malawi, mais côté Tanzanie.
Pommeau de canne ou de sceptre yombe (RDC)
La femme agenouillée se prosterne, devant un maître ou simplement devant l’image de l’autorité.
Sceptre-tabatière tshokwe (Angola)
Au sommet est représenté le héros mythique des Tshokwe, le chasseur Tshibinda Ilunga, avec sa longue barbe et son chapeau à ailettes.

3- OBJETS USUELS

A- Cuillères
Les cuillères en Afrique lorsqu’elles sont très ornementées sont très souvent des récompenses remises aux femmes méritantes, la meilleure cuisinière du village par exemple.
La cuillère à riz anthropomorphe est en usage aussi bien en pays Dan qu’en pays Wé . Elle est l’insigne de l’autorité acquise par la femme à laquelle elle a été décernée en reconnaissance de ses qualités de cuisinière et d’organisatrice de banquets. Ces cuillères sont des trophées convoités qui créent une véritable compétition entre les associations féminines.
Le repas traditionnel se faisant avec les doigts, ces cuillères très souvent ornées ont une toute autre fonction que de servir à préparer le repas ou à le consommer. En Côte d’Ivoire notamment ces cuillères richement ornées ou sculptées sont utilisées lors de fêtes villageoises et vont confirmer une femme du village connue pour son hospitalité et sa générosité. C’est à  cette femme que le chef du village va demander d’organiser les repas de cérémonies, aux participants souvent très nombreux.
Cuillers baoule, bidjogo (côte de la Guinée Bissau), dan

B- Trophées
Trophée du meilleur agriculteur senufo
Un des plus grands honneurs pour les jeunes senufos dans la société agraire traditionnelle était de remporter le titre de meilleur agriculteur lors de compétitions (maniement de la houe, rapidité, dextérité). Le trophée a la forme d’une canne, achevée par une femme assise qui symbolise la femme que le détenteur mérite d’avoir.
Casque du meilleur agriculteur senufo
Pareillement, la figure féminine est l’image idéalisée de la fille qu’un père serait ravi de lui donner pour épouse. Noter le jeu des formes : jambes collées au chapeau, au-delà desquelles jaillissent en avant les courbes du corps. Le nombril proéminent, toujours symboliquement essentiel en Afrique, est placé à la base de l’axe vertical qui conduit à la coiffure cornue de la femme, donnant au torse et au visage le statut d’emblème frontal. Ce chapeau-trophée était porté par le meilleur cultivateur, celui qui avait terminé ses sillons bien avant les autres.

C-Portes de greniers
Les portes de grenier, qu’elles soient Baoulé (sud est Côte d’Ivoire), Lobi (Burkina Faso), Sénoufo (nord Côte d’Ivoire) ou Dogon (Mali) sont construites de la même façon. Les greniers sont de petits silos alimentaires en terre montés sur pilotis : on y accède à l’aide d’une échelle. Les motifs présents sur les portes au Mali sont souvent des avertissements du type “gare à vous si vous ouvrez cette porte”.
Portes baoulé: décor de masque, crocodiles en x
Les crocodiles qui se mordent respectivement la queue sont typiquement Akan. Ils symbolisent le dualisme mâle et femelle. Le crocodile seul symbolise l’homme au pouvoir.
Portes Senoufo
Les portes Dogon
Deux portes:
En haut de la 2e on aperçoit les Kanaga: le kanaga représente le chasseur, le guerrier. Sous les Kanaga, on retrouve une tortue et un lézard qui sont des symboles d’eau. En dessous des animaux on peut voir un homme à cheval: c’est un chef ou un roi, la pipe le confirme. On y voit aussi deux femmes en train de piler: ce sont certainement les épouses de cette personnalité à cheval. Sous la représentation de la chefferie, des personnages sont alignés, des guerriers vraisemblablement. Sous ces guerriers on voit de simples hommes ils sont la “population ordinaire”. Puis ce sont les femmes et les petites mains. En dessous de ces personnages représentés dans des scènes de la vie quotidienne apparaissent les masques de Walu l’antilope. C’est toute la composition d’un village, la hiérarchie et le panthéon Dogon qui sont représentés sur cette porte.
Porte baoulé, décor de chasseur

D- Poulies à tisser
Poulies baoulé
Les Baoulé sont de grands sculpteurs : tout est sujet à sculpture, y compris les lance pierres et les étriers de métier à tisser plus communément appelé poulies. D’objet utilitaire, la poulie devient oeuvre d’art et expression d’une culture.

E- Divers
Lance-pierre
Le lance-pierres est aussi utilisé pour la chasse de petits gibiers et d’oiseaux. Cette chasse est encore pratiquée en Afrique. La variété des œuvres, soumises pourtant à des canons traditionnels assez stricts, est étonnante.
Poteaux de case yoruba
Poteaux gravés par un sculpteur yoruba à Ketu (Dahomey, actuel Bénin) et envoyés par l’Alaketu en 1938 comme présent à l’oni d’Ifé. Les entrelacs et le choix des couleurs sont typiques de la sculpture yoruba du Dahomey.
Jeu d’awalé: jeu d’ayo yoruba, jeu de makpon dan
Le jeu d’Awalé (appelé aussi Awélé, Ajwa, Lela, Chisolo, Kalak, Owaré, Coo, Coro Bawo, Nocholokoto, Dara, Congkak, Mancala, Bawo, Omweeso, Adita-ta, Kasonko, Layo, Gilberta, Schach, Wari, Wallé …) est, parmi les jeux de stratégie connus, l’un des plus anciens. L’origine véritable du jeu se situerait vers le Ve-VIe siècle de notre ère. Le jeu s’est peu à peu diffusé au Moyen-Orient ainsi que sur tout le continent Africain. Il se joue avec une planche de bois creusée de trous et des graines. De nos jours, l’Awalé se rencontre dans toutes les régions de l’Afrique
Récipients
C’est en terre que sont modelées les plus anciennes figures africaines, car elle avait l’avantage de pouvoir être façonnée à mains nues, sans outils. Pour la cuisson, on avait depuis des millénaires l’expérience de la poterie utilitaire. Certaines œuvres ont été séchées au soleil, d’autres, cuites dans les cendres d’un foyer ouvert, à 300° C environ, d’autres, enfin, à des températures plus élevées, donc plus durables.

III- FORMES ET STYLES

1- ESTHETIQUE DES FORMES

A- Clarté de la forme
Simplicité de la structure, tension des lignes et des contours, évidente articulation des parties. Dans la majorité des cas, la pièce est construite à partir du rondin initial approximativement cylindrique, ce qui lui confère une claire unité. Les sculpteurs divisent le bois en trois blocs distincts (tête et cou, torse, membres inférieurs). Ainsi la forme globale conserve plus ou moins le cylindre du bois d’origine.
Ebrié (Les Ébriés sont une ethnie de Côte d’Ivoire)
Oeuvre massive et pleine proche du bloc initial, mais dont le contour en série de courbes est aussi important que les formes partielles. Le collier en laiton fondu à la cire perdue imite l’or, la ceinture est faite avec des perles d’importation. Intermédiaire avec le monde des esprits, la statue a appartenu à une voyante.
Bembe (Congo)
A l’inverse de la précédente, la statue est faite de droites nettes et franches, articulées en angles vifs. Noter la simplification extrême du profil dont la ligne droite reste tributaire de la forme originelle du bois.
Agni (Côte d’Ivoire et Ghana)
Constantes esthétiques de la statuaire Agni: cou annelé, coiffure typique, bras le long du corps.
Femme dite ébrié, de fait Atye (Côte d’Ivoire)
Construite en volumes “cuirasse”, cette statue de femme assise a des bras articulés, chose exceptionnelle dans la sculpture africaine.

B- Frontalité
Pour des raisons rituelles, la statuaire obéit à la loi de la frontalité, grâce à laquelle la figure reste dans un plan vertical, et représente le corps en bilatéralité. Corollaire, la symétrie, droite et gauche se situant de part et d’autre d’un axe vertical. Une frontalité assouplie par de subtiles évocations de mouvement (cf. ci-dessous) qui évitent de figer les formes et permettent de les soumettre au hiératisme tout en évitant la monotonie.
Bete (Côte d’Ivoire)
Les statues Bété ont des jambes massives, le corps long et robuste, les bras fléchis décollés du tronc. Le cou large et haut, annelé, porte une tête ronde surmontée d’une coiffe tressée vers l’arrière. Autour de l’ombilic proéminent, des scarifications dessinées à l’insigne du clan sont marquées de blanc de kaolin, comme les anneaux du cou et la bouche. Ces traces de kaolin sont les marques laissées par les libations. Le blanc est aussi la couleur du respect chez les Bété.

C- Complexité – Simplicité
Baoule (Côte d’Ivoire)
Agni (Côte d’Ivoire)
Mossi (Burkina Faso)
Les poupées Mossi sont des figurines féminines dont la forme est réduite à l’essentiel et représente les éléments fondamentaux. Le cou est long. L’absence de bras et de jambes accentue les autres parties du corps, à savoir les seins (pleins et allongés ) et la tête, synonymes les uns de gestation, l’autre de statut.. Des scarifications sont minutieusement tracées dans la région de l’abdomen qui représente le réceptacle de vie et de cette parcelle de la substance immortelle des ancêtres que chaque nouveau-né.
Ewe (Togo)
Moba (Togo)
Ce type de pièce est appelé tchitcheri. Elle représente un ancêtre symbolisé par un corps humain avec un visage abstrait. Le tchitcheri ne peut être façonné que par les individus dont les pères sont devins, car c’est une opération délicate et très dangereuse.
Elle a pour fonction principale de protéger la communauté, elle guérit, et amène la prospérité.

D- Proportions symboliques (hiérarchisées)
Naturalisme, oui, copie conforme, non. Jamais l’art africain n’a prétendu reproduire fidèlement le corps humain. Les proportions en sont symbolisées, échelonnées, selon l’importance religieuse de certaines parties. La tête est grossie parce que siège de la pensée, le ventre allongé parce qu’il est le cœur, etc.
Mambila, statuette stadep (Cameroun)
Les proportions sont déterminées au départ par la tripartition du bois divisé en éléments qui hiérarchisent les parties du corps selon leur importance religieuse ou sociale. Sur le plan concave du visage, les yeux reproduisent la forme de la bouche ; les épaules partent des oreilles, les bras en angle droit s’achèvent par des mains aux 5 doigts parallèles, sans pouce opposable ; pas de cou. L’abdomen, siège de force vitale, est décoré de scarifications en pointes de diamant. Les jambes courtes et trapues s’achèvent par des pieds en forme de sabots pour mieux valoriser la stabilité de la statuette, utilisée dans un culte de guérison (dans le dos, cavité pour les médecines).
Baoule (Côte d’Ivoire)
Siège songye (Gabon)

E- Statisme et mouvement
Nulle figure n’est complètement figée, même si le mouvement n’est qu’à peine suggéré par un torse légèrement incliné, des bras pliés, des jambes fléchies, des contours situés sur des plans différents. Le mouvement est toujours sous-entendu.
Statue d’ancêtre tsogho (Gabon)
Statuette enduite d’ocre rouge avec des touches de kaolin et du noir pour souligner quelques éléments du corps.
Reliquaire mbete (Gabon)
Senoufo
Mère baoule (Côte d’Ivoire)
Noter le mouvement de porté de l’enfant qui l’élève vers le sein

F- Déformation – Difformité
Masque bamileke (Cameroun)
Masque Pende (RDC)
Le masque représente un visage défiguré par la paralysie du nerf à la suite d’une crise d’épilepsie, avec sur la paupière des marques de petite vérole. La représentation de visages difformes, rare dans l’art africain, est typique de l’ethnie Pendé ; elle symbolise les effets d’une crise d’épilepsie, supposée être le fruit de la manifestations des esprits. L’opposition du blanc (pour les esprits de la mort) et du noir (symbole des maladies et infirmités) est également l’image du combat du bien contre le mal.

H- Beauté – Laideur
La plupart des peuples africains recherchent l’agrément : clarté des lignes, souplesse des courbes, finesse du modelé, élégance des traits qui visent l’idéalisation. La beauté d’un objet est une donnée majeure dans l’efficacité de sa fonction religieuse ou domestique. En outre, plusieurs langues ont un même mot pour signifier beau et bon, associant esthétique et valeur morale.
Paradoxalement, les œuvres “laides” sont aussi nombreuses que les œuvres attrayantes. Le choix du laid est délibéré, la défiguration est une entrée vers un autre monde : car la puissance d’apparition d’un objet réside dans l’impression d’inquiétante étrangeté qu’il dégage, dans le refus d’une beauté familière, dans sa sauvagerie.
Masque dan (Côte d’Ivoire)
Les incisives en pointe se réfèrent à la coutume aujourd’hui abandonnée de tailler les incisives supérieures en triangle et d’arracher les incisives inférieures, lors des cérémonies d’excision. La coiffure tressée est typique des femmes dan autrefois.
Masque baoule (Côte d’Ivoire)
Dans certains villages, ce masque est appelé “le repas brûle”, car on dit que sa beauté est telle que les femmes, quand il apparaît, oublient leurs plats sur le feu. La fine arête du nez partage le visage en 2 parties égales et se scinde en courbes pour figurer les arcades sourcilières au-dessus de paupières tombantes. La bouche, fine mais proéminente, s’ouvre sur de petites dents finement sculptées.
Masque tchokwe (Angola)
Le Cihongo est la représentation d’un esprit masculin évoquant puissance et richesse. C’est l’esprit d’un notable qui doit apporter prospérité au village et rendre justice. Autrefois, seul le chef ou le fils du chef pouvait porter le Cihongo. Ces masques sont surmontés d’un couvre-chef en forme d’éventail, orné de plumes

I- Classicisme Expressionnisme
Poulie gouro (Côte d’Ivoire)
Le femme porte sur la tête une coupe dite canari, contenant la nourriture qu’elle porte au tisserand. Noter la pureté des lignes du profil, avec le front bombé et la contre-courbe du nez, les yeux fendus en oblique, la bouche fine et le menton pointu.
Masque kran (Côte d’Ivoire sud-ouest & Liberia sud)
Ces masques, dont la mâchoire est souvent articulée, servent de justiciers et protégent le village des mauvais esprits. Plus ils sont effrayants, plus leur parole est crainte et respectée

J- L’effrayant
Si des oeuvres ont pour volonté de subjuguer, d’épouvanter, ou simplement d’inquiéter, d’intimider, c’est parce qu’il importe de dégager, par la création, une horreur sacrée, puisque l’effroi fait surgir avec force des êtres immatériels et que la stupeur avive la possibilité d’accéder au surnaturel. Mais de telles oeuvres ont aussi pour dessein d’évoquer un univers rétif à la transfiguration, car ce qu’elles donnent à entrevoir, c’est la profondeur de mondes inconnus. Elles appartiennent souvent à des confréries secrètes réservant jalousement leurs activités à leurs seuls membres et chargées, jadis (parfois encore aujourd’hui), de la représentation dans les bourgs.
Masque guéré wobé (Wé, Côte d’Ivoire)
Les populations guéré et wobé ne constituent qu’une seule et même ethnie, l’ethnie Wè.
L’exploitation des éléments du visage mi-animal mi-humain des Géré et des Wobé provoque l’éclatement des parties en volumes saillants et géométriques.
Masque idiok, confrérie des ekpo, peuple amang, Nigéria
Matérialisation d’un esprit errant dangereux et malfaisant. Le porteur de ce masque a, encore aujourd’hui, la capacité de tuer les intrus qui le troublent dans ses déplacements. Sa fonction funeste et hostile est soulignée par les 2 crânes humains sur sa tête. Sa laideur et son agressivité sont marquées par les dents inégales qui surgissent de sa bouche.
Masque wabele sénoufo
Pour faire surgir l’effroyable, le sculpteur emprunte et assemble des éléments empruntés à diverses espèces : mâchoires de crocodile, canines de hyène, boutoirs de phacochère, cornes d’antilope, margouillat juché sur le crâne, ensemble hétéroclite créant un monstre. Le nom même du masque, wabélé, le désigne comme dangereux, puisque la syllabe wa signifie frapper.
Masque kifwébé des Basongé, Ba-luba, Congo
Représentation de l’esprit d’un mort. Les masques du type kifwebe étaient en usage dans toutes les populations soumises ou apparentées aux Ba-Luba. Ils incarnent le pouvoir de la sorcellerie et sont utilisés de façon spectaculaire pour effrayer le spectateur. Ils apparaissaient à la mort du chef ou d’un notable, à l’entrée en fonctions d’un nouveau chef, ou pour la visite d’un personnage important.

2- TECHNIQUES DU RENDU

A- Réalisme
Pratique significative, l’art du portrait fut très anciennement pratiqué dans les chefferies du Cameroun. Le prince fait faire son portrait après son intronisation. De même, chez les Baoulés, certains masques sont considérés comme des effigies de femmes réputées pour leur beauté. En fait, il s’agit toujours de figures idéalisées : les artistes ne prétendent pas à la ressemblance absolue, à la représentation de l’individu, mais à la similitude et à la transfiguration. Il s’agit d’évoquer, et l’esthétique n’est pas fondée sur l’imitation mais sur la notion d’emblème, de hiérophanie. Reste que dans les royaumes les plus connus, Ifé et le Bénin, le style réaliste a produit des œuvres étonnantes.
Reine Mère du Bénin
La tradition la dit commandée par l’oba Esigie, l’un des rois les plus célèbres, à la mémoire de sa mère Idia. Le traitement du visage, la minceur du métal (3mm) et l’étroite collerette de perles en situent la réalisation aux environs du XVIe siècle.
Tête d’Ifé, terre cuite, vers le XIIIe siècle, Nigéria occidental
Les mêmes principes stylistiques régissent les têtes de terre et de bronze. La surface du visage est entièrement couverte de scarifications claniques, coutume totalement disparue aujourd’hui au sud-ouest du Nigéria, notamment chez les Yorubas.
Tête humaine Ekoi, Nigéria
Cimier de masque représentant une jeune fille à marier à la beauté idéale. La coiffure en cheveux véritables est celle des citadines, les dents en métal et les pupilles (disparues) sont incrustées, les yeux blanchis au kaolin.

B- Naturalisme et stylisation
Torse baoule (Côte d’Ivoire)
Yanzi (RDC)
Poupée akoua ba, Akan
Le nom provient d’une légende selon laquelle une femme ayant porté une telle statuette aurait accouché aussitôt d’une très belle fille. Elle est portée sur le dos comme un véritable enfant, enveloppée dans des pagnes, choyée, jusqu’à un résultat positif. La statuette porte elle-même un enfant dans le dos.

C- Schématisme et géométrie
L’art africain a su résoudre tous les problèmes de représentation des apparences. Le style est généralement naturaliste, mais plus que les particularités, l’artiste cherche à rendre la foi commune, par l’unité du style, l’équilibre des masses et la finesse du modelé. Le réalisme se double d’idéalisation. Du coup, éloignées de l’illusionnisme, les œuvres n’échappent pas à la stylisation géométrique, à la schématisation.
Masque ibibio (Nigéria)
Au milieu du masque, un visage convexe inscrit dans un cercle concave. Il se divise en 2 moitiés égales selon la ligne horizontale des sourcils. La partie inférieure au nez trapézoïdal se termine en arc de cercle, avec des yeux évidés en croissant et une bouche qui reprend en symétrie la courbe du nez. La bordure extérieure porte des trous auxquels se fixait la parure destinée à dissimuler le cou et la nuque du porteur.
Dogon (Mali), masque kanaga
Coiffe cérémonielle du kworo, sénoufo (Mali)
Portée par les initiés lors de la 2e phase du poro. Le panneau ajouré reproduit un idéogramme fréquent chez les sénoufos : l’esprit de la nature. Il représente un humain stylisé dont les bras tiennent l’axe du ciel.

D- De la représentation au signe
Masque punu (Gabon)
Les masques du mukuyi sont censés représenter des ancêtres, parfois féminins. Le nombre et la disposition des scarifications varient d’un style ou d’une ethnie à l’autre. Le motif le plus courant, en forme d’écailles, comprend neuf losanges qui représentent la cosmogonie et évoquent la notion de perfection et de sagesse. Le point central est le principe créateur (Dieu) qui a donné naissance aux quatre points cardinaux (le monde) ainsi qu’aux deux couples primordiaux (les humains).. Ce signe distinctif, nommé mabinda, était gravé dans la chair des enfants, vers l’âge de dix à quatorze ans. La face blanche peinte au kaolin, exprime la sérénité des anciens qui protègent et conseillent depuis le royaume des morts.
Masque toma (Guinée)

E- Le vide et le plein
Poulie baoule
Marteau de gong
Masque kran
Reliquaire kota

F- Le relief et le creux
Statue kakungu, metoko,RDC
Les figures Kakungu, qui appartiennent aux initiés occupant les positions les plus élevées du Bukota, sont utilisées durant l’initiation et sont exposées sur les tombes des membres de rang élevé pendant un certain temps. Elles indiquent le rang et le statut et représentent habituellement l’homme et la femme.
Masque batcham bamiléké (Cameroun)
Il représente la tête d’un hippopotame dzetshe émergeant des eaux. Il est exécuté sur deux plans.
– Le plan vertical : deux lobes juxtaposés, légèrement concaves et décorés de losanges concentriques.
– Le plan horizontal : deux joues massives et proéminentes – dont le dessus aplati supporte de grands yeux ovales, entourés de minces paupières – encadrant un grand nez à larges narines ; une énorme bouche ouverte laissant apparaître des dents faites de stries verticales. Deux petites oreilles striées s’appuient sur les joues. La tête est supportée par un cou ou col cylindrique, décoré d’un relief circulaire évoquant une corde.
Le masque batcham représente le pi, ou double animal d’un grand dignitaire du royaume
Masque à double visage bembé (Kongo)
Alternance et encastrement de creux et de reliefs où joue essentiellement le cercle, image symbolique des yeux de la chouette. Masque-heaume utilisé par des confréries initiatiques. Les bembés en attribuent l’invention à leurs voisins bahongas qui les auraient utilisés pour la récolte du miel. Les 2 visages juxtaposés représentent une chouette, et ont pour rôle de concilier dans le village masculin/féminin et dans la brousse sauvage/domestique. Le masque était surmonté de plumes et le danseur s’exécutait sous un imposant costume de fibres, représentant par sa danse un esprit de la brousse.

G- L’ornementation
Des parures discrètes, de protection essentiellement, étaient portées en permanence: scarifications  ou tatouages cachés, motifs de tissus utilisés comme sous-vêtement (au  Mali notamment), talismans divers, parfois même coiffures ou bijoux.  Autrefois tous les objets usuels, si humbles soient-ils  (outils, instruments et récipients culinaires, vêtements, instruments de musique, armes, sièges et appuis-nuque, cannes, etc.), étaient décorés, ces motifs étant destinés autant à les enjoliver qu’à  signifier leur appartenance, leur rôle ou leur importance socio-rituelle.
Peinture et scarifications de corps konde
Ici les scarifications sont teintées au charbon de bois, et la femme porte un labret en bois lourd. Tatouages et scarifications répondent au besoin de classer le sujet dans une catégorie ethnique et sociale caractérisée, d’où le soin avec lequel elles sont reproduites dans la statuaire. Elles répondent aussi toutefois à un souci d’esthétisme, et peuvent être choisies de manière à mettre en valeur le visage ou le corps de l’intéressé(e).
Masque heaume Konde, Tanzanie
Statuette de chef Ndengese, RDC
Les Ndengese ont repris et réinterprété les effigies d’ancêtres royaux, allongeant la forme et décorant bras et tronc de motifs de scarifications. Tatouages souvent chargés de sens.

H- Le fini et le non fini
Le choix délibéré de l’inachevé qui laisse apparentes les traces du travail vise à renforcer la force expressive des oeuvres, le plus gros défaut pour le sculpteur africain étant l’insignifiance. A l’opposé de l’esthétique du poli, celle de l’ébauche qui valorise l’impulsion créatrice et conserve la force première du geste créateur, et évite que ce dernier soit affaibli, amoindri par les finitions.
Jumelle ewe (Togo, Bénin, Ghana)
Soigneusement polie, la statuette, bien que de forme très stylisée, est évidemment finie, c’est-à-dire conduite au point de perfection.
Couple primordial, Mali
Statue lobi (sud Burkina Faso, Côte d’Ivoire, nord Ghana)
Les statuettes traduisent une expression symbolique de la réalité.
1 – Les yeux sont matérialisés par une simple incision, un disque, un rectangle ou un bouton ovoïde. Ils sont sans regard, traduisant en cela l’aversion des lobi pour la curiosité, considérée comme une marque d’impudeur.
2 – La bouche est marquée par deux disques ou deux rectangles en relief. Elle rappelle la déformation provoquée chez les femmes par le port du double labret. Le nez est court, droit, pointu ou triangulaire. Les oreilles, toujours stylisées, sont formées d’un arc de cercle ou d’un disque en relief.
3 – La coiffure : les statuettes féminines ont le crâne lisse et nu ou une coiffure en “casque”. Chez les lobi, on rase toujours le tour de la tête des femmes pour former ainsi une calotte.

I– Le poli et le rugueux
Beaucoup d’œuvres sont conçues pour être caressées, câlinées et même nourries (ex: les jumeaux mystiques). Ce qui restitue à la sculpture sa double nature visible et tactile. S’ensuit que dans la texture de surface est privilégié le poli, inséparable de la perfection technique, d’un sens de la finition qui exclut tout accident, toute trace du travail. D’autant que cette esthétique répond à une valeur essentielle de la société africaine, la propreté du corps, avec l’éclat que donnent les onguents d’huile de palme et de karité dont les femmes s’enduisent. Les opérations de finissage donneront donc à l’objet la luminosité d’une surface luisante.
Statue baoule (Côte d’Ivoire)
Statue lobi (sud Burkina Faso, Côte d’Ivoire, nord Ghana)
Les oeuvres Lobi refusent l’anecdote, vont droit à l’essentiel et ne libèrent un rythme, une force, qu’avec la certitude de frapper au point d’impact le plus sûr.

J- L’assemblage
A une statuaire régie par une règle d’unité s’opposent des œuvres accumulant des éléments hétérogènes, dont l’armature disparaît sous un assemblage d’éléments qui confèrent sa puissance à l’objet : poils, écorces, os, mâchoires, tissus, etc. Les matériaux sont assemblés ou agglomérés selon les cas. En particulier dans ce dernier cas, des strates se constituent lors de cérémonies rituelles qui s’écoulent dans la durée et font appel à la participation de plusieurs personnes.
Reliquaire punu (Gabon)
Bois peint, cuir, végétaux. Rouge et blanc signifient l’interaction entre la semence paternelle et le sang maternel.
Masque Grebo (Côte d’Ivoire), bois peint, fibres, plumes et coquilles
Particularité : combinaison d’éléments géométriques dont chacun, autonome, est perçu dans l’ensemble comme signe à partir duquel se reconstitue visuellement un visage. Sur une surface plane légèrement concave sont fixés, entre le front en encorbellement et la bouche en saillie parallélépipédique, de part et d’autre d’une mince planchette (nez), les 2 cylindres des yeux.
Masque mossi (Bénin, Côte d’Ivoire, nord Ghana)
Assemblage de formes géométriques signifiantes et représentatives de par leur association.
Femme des bois kran (wé) (Libéria)
Même type d’association par articulation de formes.

K- Amalgame
“Mélange hétérogène de personnes ou de choses de nature différente” (Robert)
Masque wé (Libéria)
Au sommet, des peaux d’animaux cachent la nuque du danseur. Sur le front : clochette à 2 battants surmontée d’une flèche en fer, patte de coq, amulette dans un sac de toile, 2 cornes de cabri. Les yeux tubulaires sont entourés d’une crinière animale, l’ensemble est saupoudré de plumes. 3 clochettes sont insérées dans l’armature entre la mâchoire supérieure et le nez peint en rouge. La mâchoire inférieure ornée de poils frisés de mouton noir est articulée, et renforce par ses battements l’aspect effrayant du masque. Des dents de panthère et 2 défenses noires renforcent la férocité de l’ensemble.
Nkisi Bas-Zaïre
Bois, tissu, coquillages, cornes, miroir, s’amalgament sur la statuette dont les coquillages renferment des ingrédients magiques. Elle était porteuse de bien-être et prospérité pour son propriétaire à qui elle assurait bonne chasse et nombreuse progéniture.
Cimier bamana (Mali)
Le crâne de l’animal, qui a conservé ses cornes, sert d’armature à un revêtement de tissu recouvert de cauris (à charge sexuelle car semblables à la vulve). La gueule minuscule circulaire est une petite corne de cabri insérée dans le crâne; une autre corne plus importante, dans la nuque, doit recevoir les médications. Le masque était porté sur le dessus de la tête, maintenu sur la nuque par une lanière de tissu.

L- L’agrégat
“Assemblage hétérogène de substances ou d’éléments qui adhèrent solidement entre eux.” (Robert)
Nkisi songyé, Congo
Thèmes basongye caractéristiques: corne sur le dessus du crâne destinée à contenir les ingrédients magiques, cavité aménagée dans le ventre, bras repliés à angle droit, mains posées sur les côtés du ventre protubérant, nez en losange recouvert d’une plaque de cuivre, bouche en 8 couché.
Nkondi peuple Kongo
Nullement agressive, la figure est un intercesseur qui joue le rôle de charme et de remède.
Masque dan (Côte d’Ivoire)

M- Décomposition recomposition
Statuette bembé (Kongo)
La décomposition du corps en parties mentalement séparées et réajustées conduit à des impossibilités anatomiques qui servent le parti angulaire des formes.
Masque grebo (Liberia, Côte d’Ivoire)
Les masques Grebo se reconnaissent à leur long nez placé entre une ou plusieurs paires d’yeux. Là, il s’agit presque d’une disparition des éléments réels du visage et de leur remplacement par des formes géométriques évocatrices et signifiantes.
Masque batcham bamiléké (Cameroun)

III- RENCONTRES

PICASSO
La fermière, Salampasu , Congo central, statuette en bois peint
Dans le Haut Kasaï, les Salampasu ont élaboré un style original de sculpture de bois, rehaussée souvent par du métal et de la fibre, et un type de masque entièrement végétal.
–  Tête de femme, sculpture nuna (Burkina Faso), masque mahongwé
–  Etude de tête pour les Demoiselles d’Avignon, masques mahongwe et senoufo
– L’amitié  Masque kran
– Femme à la draperie, Dryade, statue senoufo
Trois femmes, Statue lobi, statue sénoufo (sculpteur-forgeron Tyahblata Zana, mort fin années 30), poteau oyo.
Nu féminin (étude), statue bembe, sculpture, faîte de case océanique
– Femme à l’éventail,sculptures lobi et bambara
– Femme assise,statue bembe, caryatide yoruba
Femme assise, femme assise baoulé
– Tête de femme (Marie-Thérèse),sculpture mossi
– Fillette sautant à la corde, dieu Gu (Bénin)
Sculpture en métal commanditée par le roi Glélé en mémoire de son père Ghézo, et réalisée par le forgeron Akati Akpele Kendo qui le portraiture sous les traits de Gu, dieu vaudou de la guerre, de la forge et du fer. Elle faisait partie, à l’origine, d’un sanctuaire militaire où elle était entourée d’un cercle d’épées et de machettes plus grandes que nature, plantées dans le sol et dont on retrouve la reproduction miniature sur le plateau (asen: autel métallique pour l’esprit des morts) du couvre-chef qui comprend en outre les attributs du dieu : une lance (la guerre), une houe (l’agriculture), un hameçon (la pêche)… Seule statue en fer africaine de taille humaine, elle fut longtemps une pièce emblématique du Muséede l’Homme à Paris.
– Sculptures: Femme romane, Femme assise, Femme assise, Femme et enfant, Figure (1907)
– Homme barbu, masques dan féminin et yeux ronds
Le masque yeux ronds ou masque de course (gunye ge) est utilisé lors de concours de course organisés en saison sèche, dans le nord du pays dan, entre des jeunes gens de différents villages, ou de différents quartiers d’un même village. Le coureur masqué poursuit un coureur non masqué de l’équipe opposée. Si celui-ci gagne, il ira chercher son propre masque qu’il portera lors de la course suivante contre un coureur non masqué de la 1e équipe.
De petites ouvertures rondes au nez et à la bouche permettent la respiration. solidement fixé contre le visage par 2 larges bandes de coton nouées derrière la tête. Le corps porte une chemise aux manches cousues, un pantalon serré aux chevilles par des fibres et une courte jupe de raphia.

LA SCULPTURE

1- LISSE ET POLI
GAUDIER-BRZESKA, femme assise,statue dogon, statue agni
BRANCUSI, attye
– Atelier de l’artiste

2- LA SIMPLIFICATION, SIGNE ET SIGNIFIANT
BRANCUSI
– Le baiser,appui-nuque luba, poteau de case océanienne
GARGALLO
– autoportrait,Tête de sculpture agni
DUCHAMP-VILLON
Tête de femme, statue mossi, lobi (Burkina Faso) face et profil
Femme assise, statues mumuye, attyé, agni
GIACOMETTI,
femme-cuillère, cuiller dan
– Tête de femme, Tête de la statue dite ébrié

3- LA FORME ET L’ATTITUDE
HECKEL, KIRCHNER
Nus,Sculptures mambila & baoulé

4- LE VIDE ET LE PLEIN, LE RELIEF DANS LE CREUX
DUCHAMP-VILLON
– Les amants, colons et reliefs (détails) de portes dogon et fang
Au début, les colons étaient des statuettes teintes avec des teintures végétales, représentant les blancs tels que perçus par les artisans africains, à travers le filtre des canons esthétiques traditionnels. Avec le contact des images pieuses, des religions occidentales et de l’école, une tendance au réalisme va se manifester. D’autant que les maîtres d’école et de catéchisme insistent alors sur la nécessité de faire comme les blancs. Les sculpteurs quittent alors le primitivisme, pour aborder des représentations plus fidèles à la réalité, non dénuées de beaucoup de naïveté, privilégiant le détail jusqu’à l’anecdote. Fusil, chapeaux, bottes, vêtements à la mode, coiffures plaquées, soutien-gorge, bouteilles de vin… tout est bon !
Mais la statuaire colon insiste aussi sur les attitudes  des blancs : chaise à porteur, bicyclette, cavaliers, mains dans les poches, épaules gonflées et voûtées…
GARGALLO
– Arlequin, masque bamiléké
Ce masque Tukah met en contraste sesmasses et sa coiffure ajourée faite de 6 lézards. Emblème de la royauté et du pouvoir, il était porté à bout de bras au cours des cérémonies.
GARGALLO-LAURENS, Kiki de Montparnasse, Tête de femme, cimier koni
Cette sculpture ajourée d’oiseaux entrelacés, assemblage de pièces de bois qui se répondent de formes pleines à espaces vides, donne une étonnante impression de volume plein et ouvert à la fois. Alors que d’habitude le sculpteur africain pense en volumes pleins, le vide est ici une composante à part entière.
CALDER
– Kiki de Montparnasse
– Joséphine Baker

5- SIGNE ET SIGNIFIANT
GARGALLO
– Portrait de star, masque-planche téké
DERAIN
– terres cuites, colon ewe, tête tsogho, statue mossi
GIACOMETTI, MOORE
– 2 personnages, 1929,
– Couple royal, 1954

LA PEINTURE

1- SIMPLIFICATION
MATISSE
Mme Matisse au chapeau,masque baoulé
Matisses tend à ramener le visage à un masque dans un esprit de simplification, rejetant tout détail secondaire pour généraliser la forme, sans toutefois refuser la ressemblance avec le modèle. Ce portrait se rapproche des masques baoulés, qui, bien que ne cherchant aucunement la représentation individualisée, sont sculptés d’après des modèles précis.
– Yvonne Langsberg,statue baoulé, masque dan
Melle Langsberg est une systématisation de la recherche entreprise avec le portrait de Mme Matisse, et la réduction du visage au masque est d’autant plus évidente qu’elle s’inscrit dans un ensemble de couleurs froides. L’artiste a traité sa figure dans l’esprit des sculpteurs noirs sans qu’il y ait forcément référence à une œuvre africaine déterminée. Il a agencé des formes empruntées en fonction du visage dont il voulait garder la ressemblance. Les yeux lentillés, l’absence de paupières, de pupilles, se rencontrent dans certains styles africains. De même que le nez en parallélépipède droit et allongé, dont l’arête est en lien continu avec la ligne des sourcils, et la forme du visage en courbes opposées du front et des joues.
– Tête blanche et rose,masque du ndomo bambara, masque toma
Visage réduit aux seules lignes droites de construction. Il ne s’agit plus d’emprunts de formes, mais d’équivalence de structures. Les 2 masques mis en parallèle sont tous deux, bien que soumis au bloc d’origine, destinés à être vus de face et les reliefs en sont réduits au minimum; ils sont fondés sur un système de lignes droites et une verticalité dominante.
LA FRESNAYE,
L’architecture, masque toma, sculpture senoufo

2- EMPRUNTS :

– DE SUJETS :
NOLDE
 – Masques
PECHSTEIN
– Nature morte
SCHMIDT-ROTTLUFF
– Natures mortes

– D’OBJETS REFERENCES :
DELAUNAY
Ville de Paris, masque punu
KIRCHNER,
dessin, siège de chef oku
–  Nu au siège africain, peinture
NOLDE,
–  Objets exotiques

– DE FORMES (DECROCHEMENTS, ACCENTUATION,  CONCAVE CONVEXE, ETC.) :
VLAMINCK
Autoportrait, statues baoulé (qui lui appartenait) et dogon
La face large et carrée, le menton dessiné par un angle auquel correspond, inversé, celui de la moustache, l’arête nasale brisée en angle à la racine, les yeux lentillés, sont proches de ceux de certains styles bambara ou dogon : l’esthétique du masque soudanais est consciemment adoptée. Elle détermine également la masse puissamment équarrie de la tête, le recours à des lignes droites, la généralisation et la géométrisation des formes.
MODIGLIANI, Caryatides, siège à caryatide luba
– Tête sculptée, masque à oiseaux yohouré
– Tête sculptée, peinture (Jeanne Hébuterne?)
– Portraits: L’enfant gras, Kisling

3- RELATIONS FORMELLES
ERICH HECKEL
– 2 portraits (dessins ou gravures)
Les tons froids et austères rappellent les toiles de Cézanne
KIRCHNER,
– Gravure,Maternité mayombé
SCHMIDT-ROTTLUF,
Au fil de ses compositions, le peintre affiche une prédilection de plus en plus nette pour la couleur
– Deux nus, bateba lobi
Les Bateba ou Bouthiba (trad : les remèdes qui murmurent des paroles obscures) sont des êtres vivants et sacrés, véritables traits d’union entre le monde réel et celui de l’au-delà.
Ce type de sculptures sont généralement appelées Bateba ordinaires en raison de leurs bras le long du corps. Elles servent à lutter contre la maladie, favoriser les récoltes, trouver une bonne épouse….D’autres Bateba très différents sont dénommés Bateba extraordinaires. On leur prête des pouvoirs plus étendus. Ils sont généralement placés sur les autels familiaux et vont rejeter au loin les sorciers et les malédictions…
– Deux nus, statues dogon & mumuye
– Conversation sur la mort, ancêtre bembe, busiyano, ancêtres bembé
– Double portrait de l’artiste et de sa femme, byeris fang
– Jeune fille au miroir, jonyeleni bambara
Ces sculptures représentent “la belle jeune femme du Jo”, Jonyeleni. Les nouveaux initiés voyagent pendant plusieurs mois dans les villages voisins en arborant ces sculptures. Ils rendent public leur nouveau statut d’adulte et leur désir de se marier. Les sculptures Nyeleniw matérialisent les traits physiques considérés comme idéaux chez une jeune femme bamana.
Les statuettes de ce type sont désignées en bambara par le terme do nyéléni qui signifie ” la petite préférée”, sous-entendu de Faro et Bemba, qui sont les jumeaux, ancêtres de l’humanité. Certaines statuettes do nyéléni  sont de véritables chefs-d’oeuvre rayonnants de lumière et de mystère. On remarque notamment, au-dessus des seins en forme de pain de sucre, ainsi que sur tout le buste – du plexus solaire au nombril -, des motifs en zigzag figurant les “serpents d’eau mâle et femelle de Fâro” enlacés, représentant l’écoulement de l’eau dans le ciel comme sur la terre ; sur plusieurs parties du buste, du dos et des bras, de multiples petites incisions symbolisent, d’une part, le rayonnement de la vie et, d’autre part, le scintillement de la lumière. Notons que ces agencements de signes rappellent les scarifications réalisées, aujourd’hui encore, sur le corps des femmes (et des hommes) un peu partout en Afrique noire , ainsi que celles marquant les statues et statuettes en terre cuite et en bois.
PECHSTEIN
Acrobates, Sculpture Dan
MUELLER
Nus devant un miroir, Jumeaux tabwa
METZINGER
Femme à  l’éventail, Masque de ventre nimba,  statue bambara
Masque-ventre nimba
Jeu étonnant d’agencement de formes où l’esthétisme de simplification et d’expression est bien supérieur à la recherche de réalisme. Noter les structures angulaires du cou soutenant l’inclinaison parallèle de la petite tête, le décrochement des épaules, le relief en tore des clavicules (ou pectoraux), d’où partent des bras arrondis achevés dans la palette des mains, réunis autour de ? l’ombilic? Le sexe?

4- SIGNIFIANT & SIGNIFIE
KLEE
– ?? Détails de portes dogon, masque kplekple baoulé

5- COULEUR ET MATIERE
DERAIN
– Les baigneuses, statue lobi
Derain cherche à délimiter rigoureusement les formes, pour donner le sentiment de leur vie intérieure et à faire de leur enveloppe le lieu frontière et non celui de la réflexion de la lumière. Un aspect de la statuaire nègre rejoint alors ses préoccupations : le problème de la patine. Les patines sont essentielles dans l’art africain : non accidentelles mais voulues, leur fabrication est l’objet de soins attentifs et les substances utilisées conduisent à des effets lumineux et colorés particuliers. Pour rompre avec le luminisme optique qui “ronge les formes”, Derain cherche à faire de l’objet lui-même la source de la lumière qui émane de lui au lieu que de s’y superposer.
– Baignade, Cézanne, Grandes baigneuses
NOLDE,
Emil Hansen naît le 7 août 1867 dans une famille de paysans, dans le village allemand de Nolde, près de la frontière danoise. Il prendra pour patronyme le nom de son village natal en 1902, après son mariage. Membre d’une famille nombreuse marquée par une religiosité teintée de paganisme, il fréquente l’école communale et les cours de catéchisme protestant, tout en participant aux travaux agricoles. Lors d’une longue expédition en 1913 en Nouvelle-Guinée, il découvre un paradis en voie de perdition par la colonisation ; il en tire 19 tableaux et nombre d’esquisses. Membre du Brücke pour une courte période.
– Portrait de Smidt-Rottluf, peintures rituelles de jeune fille dan
– Danse endiablée
– Effets de matière, statue bobo-fing, Burkina Faso, patine
Au Burkina Faso, les Bobo sont un peuple établi autour de la ville de Bobo Dioulasso. Les Bobo Fing vivent au sud de cet espace. Le terme Bobo englobe deux ethnies : les bobo-fing et les bwa. Ces peuples se distinguent par la langue et la religion. vengeresse.
 

4- MATIERES, OBJETS & AMALGAMES
Il faudra attendre les œuvres contemporaines pour que soit utilisés, sinon réellement compris, certains des aspects essentiels de l’art africain. Sa matière, le sens des agglomérats, etc. Sans doute sans relation ni rapport réels, par simple mûrissement de la pensée occidentale. Mais peut-être, sans l’Afrique, n’aurions-nous pas pu avoir des œuvres telles que les suivantes
NIKI DE SAINT-PHALLE,
Cœur-miroir, emblème de la confrérie ngbé
Femme éclatée, masque crocodile
Plâtre, peinture, objet,boccio (Bénin) et détail patine
Le boccio (ou bocchio, botchio, etc.) a un rôle de sentinelle. “Objet de pouvoir”, il protège un quartier, une famille, un individu… Délimitant l’espace de la communauté, généralement planté en terre, il servait aux sacrifices. On y déversait du sang de poulet, de l’huile de palme et autres libations, pour nourrir l’esprit de l’Ancêtre dans le but de protéger la communauté et de maintenir l’ordre. Cette statue comporte ainsi une patine sacrificielle très importante.
GROUPE COBRA
KAREL APPEL
– Grenouille au parapluie, masques epa yoruba & guélédé
– enfants interrogeant, enfant, animal et
ARMAN
– Poubelles
– Portraits-robots
– Accumulations d’objets africains
JEAN-MICHEL BASQUIAT
Les visages de Basquiat ont des ressemblances avec des masques. Au-delà de ce simple formalisme, l’on ne peut qu’être frappé par l’intérêt du peintre pour l’identité noire qui parcourt toute son oeuvre, ses coups de gueule contre l’esclavage, le colonialisme.

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