Symbolique d’un film: Peau d’Ane (Jacques Demy)

 

Constitution de chaînes d’images à partir d’un film, Peau d’âne  de Demy. Film mi-chanté mi-parlé, qui dans un premier temps renvoie aux deux versions de Perrault, en vers et en prose. Il est donc déjà intéressant, sur le plan de la langue, de confronter les élèves à ces deux formes littéraires pour en faire noter les différences, et de repérer dans le film ce qui est du domaine de l’une et de l’autre. Quant au reste, nous ne procèderons pas  ici à une analyse filmique que d’autres ont faite ailleurs (cf. entre autres celle de Philippon, dans le livret édité pour l’opération nationale Ecole et cinéma) mais au simple relevé des éléments qui renvoient à une symbolique générale. Ainsi avons-nous noté couleurs et matières, objets, lieux, relations humaines.

 

– Relations: à partir de la plus élémentaire, l’assimilation mère/fille, se construit l’inceste, qui transforme le père en danger potentiel, donc en dévorateur (cf. plus loin Cronos). Face à l’angoisse latente et confuse de la princesse, la fée est l’image protectrice, substitut de la mère, et tient lieu de frein social… Quand la princesse se cache dans une peau “qui pue”, elle est couverte d’opprobre sans que quiconque devine la vérité sous le masque, ce qui prouve qu’en fait l’habit fait bien souvent le moine. Le prince seul saura, grâce à son désir d’amour, la reconnaître… Dans le royaume de ce dernier, des relations familiales “normales” (sollicitude des parents, omniprésence de la mère, volonté d’indépendance du fils) s’opposent à celles qui désunissaient au début Peau d’âne et son père…  De part et d’autre les serviteurs sont quasi absents, réduits par la couleur à l’état d’objets, tandis que se marque pleinement la hiérarchie de mise au XVIIe siècle, dans la noblesse, mais aussi parmi le peuple.

 

– Couleurs et matières: trois dominantes se succèdent ou s’alternent, bleu, blanc et rouge (y a-t-il allusion ironique au drapeau français, et dans ce cadre au  bleu/blanc royal et rouge révolutionnaire là où un prince épousera  une  souillon?).

 

Au début du film, nous sommes dans une ambiance bleue (émaillée de jaune/lumière pour la princesse). Symboliquement, il faut rappeler que le bleu est la plus profonde, la plus immatérielle et la plus froide des couleurs ; de par la dématérialisation qu’il suggère, il est passage vers l’infini où se transforme le réel en imaginaire, et au-delà renvoie à l’idée de la mort. Ainsi Demy situe-t-il immédiatement son film dans le merveilleux tout en laissant confusément ressentir l’approche du drame.

 

BLEU= La plus profonde des couleurs (íInfini)

La plus immatérielle ( transparence, air, vide)

La plus froide

La plus pure (hormis le vide du blanc neutre)

Une surface passée au bleu n’est plus une surface, un mur bleu n’est plus un mur, le bleu dématérialise.

Chemin de l’infini où le réel se transforme en imaginaire

Climat de l’irréalité, le bleu n’est pas de ce monde. Il suggère une idée d’éternité tranquille et surhumaine (inhumaine) et renvoie à l’idée de la mort.

Cf les expressions peur bleue, je n’y vois que du bleu, être bleu ( en allemand,= perdre conscience)

NB Dans la peinture chrétienne, le combat ciel/terre est souvent symbolisé par les oppositions bleu-blanc/rouge-vert

              

 

À l’inverse, le royaume du prince s’épanouit dans le rouge, fondamentalement principe de vie si même il repose sur l’ambivalence vie/mort représentée par le sang. Ambivalence d’ailleurs reprise par les valeurs particulières du rouge qui, s’il est clair et éclatant est diurne, mâle, tonique, s’il est sombre est nocturne, femelle, secret et passif. Notons que dans le film où la couleur, d’un vêtement à l’autre, passe par les effets de la matière des tissus, les valeurs s’inversent : le rouge clair, éclatant, brillant, est celui que porte la mère du prince, le rouge sombre est réservé aux hommes (prince, roi) : d’un côté les satins, de l’autre les velours absorbants, comme si la vitalité de la reine renvoyait au silence et au secret les personnages masculins. Et de fait ce sont les femmes qui agissent (reine, fée, princesse), les hommes n’étant que jouets de leurs décisions.

 

Couleur ROUGE : fondamentalement principe de vie.

Couleur de feu et de sangíambivalent

– clair et éclatant, il est diurne, tonique, mâle, incitant à l’action : expression de la vie.

– sombre, il est nocturne, femelle, secret : mystère de la vie.

– sens positif et négatif

positif = vie, amour, chaleur, passion, fertilité

négatif = guerre, sang répandu, haine

NB Le rouge « de gueules » des blasons renvoie à l’ambivalence de la gueule qui hante les rêves des enfants (qui aiment le rouge). Symbole chtonien et infernal, bouche d’ombre qui dévore le soleil et le jour í entrée et sortie des initiations considérées traditionnellement comme des digestions (souvent en association avec les monstres, de vert à l’extérieur et rouge dedans), couleur

aussi de Satan, donc force dévastatrice.

 

Le blanc apparaît par cinq fois : lors de la mort de la mère de Peau d’âne, lors de la fuite de celle-ci dans le carrosse/nid de plumes, pour le bal donné en l’honneur du prince, pendant le rêve des deux amoureux, le jour des noces. “Le blanc sur notre âme agit comme le silence absolu… un rien avant toute naissance”, note Kandinsky. Effectivement, dans la pensée symbolique où la mort précède la vie et toute naissance est renaissance, le blanc est couleur de mort et de deuil, mais aussi de transfiguration, de révélation. Il relève tout à la fois du passage et de l’initiation, du devenir, de l’absence, du lait nourricier, de l’archétype de la femme féconde, du jour succédant à la nuit… Toutes valeurs que le film déroule, de la mort de la mère au bal en blanc d’absence (le principal invité, le prince, n’est pas là), puis à la révélation initiatique (le rêve), pour enfin s’achever sur l utilisation classique, sociale et terre-à-terre, du mariage “en blanc”. L’on peut même remarquer au passage que la robe de la reine, lors du bal, est d’un blanc crémeux évoquant le lait, tandis que son époux comme les participants ne sont vêtus que de blanc neutre et froid.

 

BLANC : Somme ou absence de couleur.

Pour Kandinsky, « symbole d’un monde où toutes les couleurs se sont évanouies. Le blanc sur notre âme agit comme le silence absolu… Un rien avant toute naissance, avant tout commencement. Ainsi a peut-être résonné la terre, blanche et froide, aux jours de l’époque glaciaire »fiAube

Dans toute pensée symbolique, la mort précède la vie, toute naissance est renaissance.

– De ce fait, couleur de la mort et du deuil

– Néfaste, il est associé au rouge (le vampire cherche le sang qui s’est retiré de lui). Couleur du linceul, des spectres, de toutes les apparitions.

– Valeur limite, couleur de passage, donc de l’initiation.

– Valeurs positives (par inversion) : lait nourricier. Passage du monde nocturne au monde diurne. Image de devenir, d’éveil, riche de virtualités. Le lait, lumière de l’argent et de la lune, elle-même archétype de la femme féconde prometteuse de richesse et d’aurores.

Le jour succédant à la nuit, le blanc devient lumière solaire, positive, mâle. Au cheval blanc du songe porteur de mort succèdent les chevaux blancs d’Apollon, éblouissants.

Dans l’initiation, il devient le symbole de celui qui a vaincu. Le baptême, nommé au départ « illumination », permet de revêtir des habits d’une éclatante blancheur // pure et sainte vie.

Couleur de la révélation, de mla grâce, de la transfiguration, de la théophanie (d’où l’auréole de ceux qui ont connu Dieu, auréolés de lumière / somme de toutes les couleurs)

Il  se rapproche ainsi de l’or, d’où l’association blanc/or sur le drapeau du Vatican.

 

Les robes  de Peau d’âne : couleur du temps (Demy a eu l’idée géniale d’y projeter un ciel en mouvement), couleur de lune (argent) et couleur de soleil, sont toutes trois marquées par l’immatérialité (temps et astres), la représentation impossible, et pour ceux qui les voient par le reflet, la réflexion, la non-existence de la princesse sinon par l’intermédiaire d’une illusion.

 

Couleur du temps : par définition, sans couleur précise

«  le plus beau bleu de l’Empyrée

N’est pas, lorqu’il est ceint de gros nuages d’or,

Dune couleur plus azurée »

Couleur de lune : argent et brillance

« Dans les cieux où la nuit a déployé ses voiles

La lune est moins pompeuse en sa robe d’argent

Lors même qu’au milieu de son cours diligent

Sa plus vive clarté fait pâlir les étoiles »

Couleur de soleil :

« Si beau, si vif, si radieux

Que le blond amant de Clymène

Dans son char d’or se promène

D’un plus brillant éclat n’éblouit pas les yeux »

í Dans le conte en prose : « tous ceux qui la virent déployée furent obligés de fermer les yeux tant ils étaient éblouis. C’est de ce temps que datent les lunettes vertes et les verres noirs.

 

Ce n’est qu’en  se couvrant de la peau de l’âne qu’elle entrera dans le champ de sa vie propre, qu’elle acquerra une indépendance et une réalité qui, bien entendu, ne sont encore que passage. Car paradoxalement cette peau lui confère pour les autres l’invisibilité de sa condition première, comme de ce qu’elle est réellement, mettant en évidence une double personnalité, l’une toute de pureté, l’autre éveillée aux plaisirs de la chair. En effet,symboliquement, l’âne, comme la bête, signifie sexe, libido, vie déroulée sur le plan terrestre et sensuel (cf. Les Métamorphoses d’Apulée, écrivain latin du IIe siècle, dont le héros, Lucius, se transforme en âne dans la chambre d’une courtisane et ne retrouvera sa forme humaine qu’après une quête spirituelle qui le fait accéder à la pureté. Le roi Midas, de même, fut doté par Apollon d’oreilles d’âne pour avoir préféré la flûte de Pan à la musique du temple, donc la trivialité à la spiritualité). En ce sens, il n’est pas innocent que les fèces de l’âne soient d’or, image de la vénalité humaine). Ainsi la princesse passe-t-elle clairement d’un monde irréel à la réalité terrestre, ce qu’illustrera sa position de souillon, et la crasse dont on l’entoure.

 

L’ANE : généralement emblème d’obscurité, voire satanique (dans la crèche, il pourrait s’opposer au bœuf comme maléfique/bénéfique). Comme Satan, comme la bête, il signifie sexe, libido, vie déroulée sur le plan terrestre et sensuel.

 

Ainsi tout le film (comme le conte) est fondé sur le mythe du passage : la princesse y passe de la mort (image de la mère sans existence propre, être sans substance) et de la non-présence à la vie sous toutes ses formes, par intermédiaire d’une succession de blancs. Et de manière précise en ce qui la concerne, l’on pourrait dire que de la neige/mort aux plumes/nid, puis au rêve amoureux et aux noces, se déroule la vie (l’avant, la naissance, l’initiation, la concrétude).

 

– Objets symboliques et culturels : Simple clin d’œil à l’histoire de l’art, sans doute, que les natures mortes à aiguière deux fois au moins répétées (sur la desserte du roi, sur la table du rêve). De même pour la guirlande de fleurs qui ceint le miroir de la chambre de la princesse, évocation des épiphanies mariales de Brueghel de Velours… Il convient d’ailleurs de s’arrêter sur le thème du miroir, tant sa présence est répétitive tout au long du film (et d’ailleurs de bien d’autres films ou images de toutes sortes). Étymologiquement du latin mirari (= regarder attentivement), il est attribut de la vue (miroir du réel) puis également de la coquetterie (se  regarder). Il sera investi de sens dérivés, de l’ordre du savoir : vérité, révélation, création (intelligence divine reflétée), puis de celui du mensonge (le miroir est reflet, mais inversé). Ainsi schématiquement recouvre-t-il deux valeurs fondamentales contradictoires, celle de vérité, donc révélation, celle de tromperie, donc illusion. Mais de l’une à l’autre, il se fait aussi passage d’un monde à l’autre (Alice passe de l’autre côté du miroir), entre la vie et la mort (cf. l’Orphée de Cocteau : “les  miroirs sont les portes par où la mort vient et va”). Dans le film de Demy, il est toujours, de façons diverses, révélation. Chez la fée dont, quelle que soit la teinte de sa robe, l’image est toujours bleue dans la psyché (ce qui révèle son attachement au royaume de Peau d’âne… ou à son père). Dans la chambre de la princesse, où il lui montre la sagesse (sous la forme de la fée) ou sa condition nouvelle (en âne). Dans sa cabane où, détail peut-être fortuit, le miroir qu’elle fait surgir de sa baguette magique reflète (avant que n’apparaisse le chandelier) comme la flamme d’une bougie, ce qui renvoie à toutes les représentations des Vanités  où la chandelle exprime le temps qui passe.  Miroir où apparaissent son père puis le prince, dans lequel la voit le prince, par lequel, tout autant que par elle et plus concrètement, il est ébloui. Miroir encore que l’eau dans laquelle elle s’admire, eau immobile où s’épanouit une fleur blanche qui rappelle, bien sûr, les Nymphéas  de Monet, mais au-delà le mythe de Narcisse.

 

Dans L’iconographie de Cesare Ripa, il est attribut de la vue, signifiant que « cette illustre qualité n’est autre chose qu’un emprunt que fait notre œil, qui est resplendissant comme un miroir ou diaphane comme l’eau, des formes visibles et des corps naturels… pour les communiquer au sens commun ».

Mais il est aussi attribut de la Superbe, jeune dame richement vêtue, portant un paon d’une main et de l’autre un miroir où elle se regarde.

– Etymologiquement en latin miroir= speculum, càd connaissance (à l’origine il servait à regarder le ciel et les étoiles, à « spéculer ») ==> beaucoup de symboles de l’ordre du savoir

– Vérité, sincérité, contenu du cœur et de la conscience ==> révélation (contes, Chine, Japon) ==> connaissance, sagesse (Bouddhisme)

– Création qui reflète l’intelligence divine (intellect divin réfléchissant la manifestation, la créant à son image)

– Réfléchissant l’intelligence céleste, symbole solaire/lunaire (la lune reflète la lumière du soleil)

– Visage ou regard // miroirs de l’âme

– Passif : symbole de la femme . En Hine, de la vie contemplative (passivité du sage)

– certain aspect d’illusion, de mensonge, d’identité dans la différence (textes hindous)

De plus l’image est inversée, donc menteuse.

– Proche de l’eau (il est utilisé comme symbole d’eau ^par les faiseurs de pluie en Afrique noire).

– Ame/Miroir : thème ébauché par Platon, développé par St Athanase et Plotin.

Instrument de Psychè.

– Au Moyen Age et à la Renaissance, il est symbole de Vanité/Luxure, Prudence/Vérité.

– Parfois il a valeur apotropaïque : Cf Méduse et la geste de Persée où dans chaque épreuve il faut voir sans être vu .

– Au Moyen Age, il est parfois symbole de la Vierge Marie « dans laquelle Dieu reflète son image sous l’apparence de son fils ».

– Grossièrement, deux sens fondamentaux :

révélation ==> vérité

illusion ==> tromperie

 

 

L’eau  a elle aussi son importance. Ainsi que les embarcations auxquelles elle s’associe. Enserrant le château de Peau d’âne, elle le sépare du monde de la fée auquel la princesse accédera au moyen d’une barque à  col de cygne (affirmation de la pureté de la jeune fille). Elle sépare le domaine du prince du lieu où la princesse est réfugiée. Elle porte la barque des

amoureux à la fin du rêve, et les emmène vers le néant. Barque qui est de fait catafalque, et Demy n’a pu ignorer, tant elle lui ressemble, ce curieux tableau de Luminais, Les énervés de Jumièges (musée de Rouen) où l’embarcation est cercueil…(“Je tombai en arrêt, raconte Simone de Beauvoir dans La force de l’âge, devant un tableau dont, enfant, j’avais vu une reproduction. J’avais été troublée par le paradoxe du mot énervé , pris d’ailleurs dans un sens impropre puisqu’on avait en fait tranché les tendons des deux moribonds… Peu m’importait que la peinture fût détestable ; je suis restée longtemps sensible à la calme horreur qu’elle évoquait”. Pour punir ses  fils de s’être révoltés, Clovis II les avait fait “énerver” et  abandonner sur un bateau au fil de la Seine).  Et l’eau marque bien entendu encore les passages: d’un monde à l’autre, du rêve à la réalité, de la vie à la mort.

 

Trois grands thèmes dominants : source de vie, (et de mort, mais dans la régénérescence), régénérescence, purification.

– Sens maternel et féminin (cf Jung, l’eau est l’inconscient dans la mesure où ce dernier est matrice de la conscience)

– Emersion/Immersion ==> Aphrodite et le bain rituel de régénérescence ==> Peau d’âne à la rivière « Un jour qu’assise près d’une claire fontaine elle déplorait sa triste condition, elle s’avisa de s’y mirer, l’effroyable peau d’âne qui faisait sa coiffure et son habillement l’épouvanta. Honteuse de cet ajustement, elle se décrassa le visage et les mains qui devinrent plus blanches que l’ivoire, et son beau teint reprit sa fraîcheur naturelle ».

– La barque = traversée de la vie. Passage vers un au-delà (cf la barque des morts).

– Narcisse : les eaux dormantes.

Miroir de l’engourdissement (Ω±¡∫∑)

« Il était une source limpide aux eaux brillantes et argentées que nul n’avait troublée… et la forêt empêchait le soleil de jamais réchauffer les lieux » (Ovide)

Proserpine sera, elle, enlevée en cueillant un narcisse « près d’un lac aux eaux profondes » bordé de tous côtés d’une forêt.

– Courante ou vagabonde, l’eau porte les schèmes de la progression. Associée à la terre dans sa fonction de fécondation, à l’arbre ==> temps euphémisé

 

 

 

 

Bien d’autres éléments seraient encore à relever : l’importance et le rôle des porches, portes et fenêtres, la présence de la forêt, le terme de “cassette” qui désigne la malle (elle-même reproduction des coffres de mariage de la Renaissance) et renvoie à l’idée de trésor caché… On   soulignera enfin les hommages rendus à Cocteau, particulièrement à La Belle et la Bête : chandeliers, statues humaines, ralenti sur le départ de Peau d’âne exactement similaire à celui de l’entrée de la Belle dans le château de la Bête, miroirs, etc. De surcroît, l’escalier du château de Cocteau est directement emprunté à la gravure de Gustave Doré illustrant la fuite de Peau d’âne… Ainsi, par rebonds successifs, se construit une chaîne culturelle : pour ne reprendre  que  le miroir, se présentent à notre mémoire celui des Époux Arnolfini (Van Eyck, National Gallery, Londres) qui est microcosme, celui des Menines de Velasquez qui révèle la présence des époux royaux, ceux des Vanités (particulièrement, au Louvre, Nature morte aux cinq sens de Claesz où il est la vue, et la Grande vanité de l’école française), ceux des multiples Femmes à la toilette  de l’école de Fontainebleau, celui de Madame de  de Max Ophuls,  celui où se découvre la duplicité du Servant  de Losey, ceux  que Matisse utilise  pour exprimer la totalité de l’espace, etc.

 

FORET : 

– Aire sacrée et mystérieuse que peuplent divinités fastes ou néfastes, démons, esprits, fées… Dans beaucoup de civilisations, les bois sacrés garantissent le droit d’asile.

– La forêt comme cadre exprime irrationnalité et mystère

– Coupée du monde, elle est résidence des ermites et ascètes ==> elle devient symbole de concentration et d’intériorité.

– En psychanalyse, manifestation symbolique de l’inconscient, qui apparaît dans les rêves comme dans les angoisses réelles devant la forêt.

– Selon Durand, archétype de l’intimité féminoïde.

– Mais aussi danger ==> lieu de la quête initiatique (Perceval, Dante, et dans les contes : Belle au bois dotmant, Blanche-Neige, Petit Poucet, Hansel et Gretel, Mille Fourrures, Chaperon Rouge…)

« Les forêts sont le lieu lugubre. La terreur

Noire y résiste même au matin, ce doreur

Les arbres tiennent l’ombre enchaînée à leurs tiges

Derrière le réseau ténébreux des vertiges… » V.Hugo (Légende des siècles, le satyre)

 

 PORTES ET FENETRES, PORCHES ET ARCHES :

Jean-Louis Leutrat, dans son analyse du fantastique, rappelle le rôle des frontières :

Dracula habite le pays au-delà de la forêt = barrière et lieu de passage

Dans le film de Murnau, Hutter franchit toutes sortes de passages, notamment un voyage en 3 étapes (voiture de poste, à pied, voiture fantôme) jalonné de ponts, de porches, qui le conduit dans un territoire à valeurs lumineuses inversées. Dans le dernier passage, enchaînement géométrique des arcatures et des voûtes où Dracula l’accueille avant qu’il ne soit avalé par une bouche d’ombre.

Peau d’Ane franchit dans son carrosse un porche, puis l’arche des arbres. Elle aussi a 3 étapes : 1- dans le carrosse (nuit, vue en plongée)

                 2- dans la charrette (lumière naissante)

                 3- à pied : elle repasse sous un porche –  nouveau monde : invisible de tous, elle arrive chez la sorcière, puis à sa hutte (lumière poudreuse)

          

La porte :

Le secret est derrière (cf Barbe Bleue). Symboliquement lieu de passage entre 2 mondes, connu/inconnu, lumière/ténèbres, etc. Elle ouvre sur un mystère, principalement sur le sacré (porte des cieux, de la Jérusalem céleste, de la mort, des enfers). Elle est gardienne d’un lieu où l’on est censé entrer.

D’où une ambiguïté : ouverte = angoisse et aventure, fermée = quiétude ou mystère.

La fenêtre :

Symboliquement ouverture sur l’air et la lumière í réceptivité.

Dans tous les cas, lieu de l’apparaître : du dedans le dehors (lumière, extérieur), du dehors le dedans (micromys où « vit la vie, rêve la vie, souffre la vie » (Beaudelaire).

Dialectique dedans/dehors,  et suggestion de transcendance

 

        

 

                            

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *