Symbolique d’un film: La nuit du chasseur

La nuit du chasseur

 

Sur le plan formel (compositionnel) :

Importance des ombres portées multiples et “dévoreuses”

Importance du triangle, prédominant dans les “cadres”

 

Objets symboliques :

Balançoires

Escalier (cave, maison, grange…)

Fenêtres

Eau

Barque

Transports : voiture, train, cheval

 

Animaux (tous reliés à la nuit/lune) :

Araignée (toile)

Crapaud,

Hibou,

Tortue,

Lapins (2)

Moutons

Renard

Chouette effraie

Chat

Cheval

 

 

 

LE TRIANGLE

Renvoie au symbolisme du chiffre 3

NB 3 hommes : le père, Birdie, le pasteur (tous “pères” potentiels)

3 femmes : la mère, Rachel, Pearl (“mères”)

3 héros : John / la poupée / Pearl

 

TRIANGLE : dans l’Antiquité, symbole de la lumière.

Pointe vers le haut, symbolise le feu et le sexe masculin, pointe en bas l’eau et le sexe féminin.

Selon sa forme (équilatéral, rectangle, isocèle…) et/ou son association avec d’autres formes géométriques (carré, rectangle), il acquiert des significations particulières.

Importante représentation dans la Franc-Maçonnerie, où il est appelé le delta lumineux. Chaque triangle renverrait à un élément : équilatéral-terre, rectangle-eau, scalène-air, isocèle-feu.. Il peut représenter la force, beauté, sagesse de Dieu, la pierre de fondation du temple maçonnique, les règnes végétal, minéral, animal, les trois étapes du développement spirituel de l’homme, la naissance, maturité, mort, etc.

 

TROIS : Universellement nombre fondamental.

Synthèse du 1 et du 2, symbole du Tout, peut-être référence à la trinité immédiatement perceptible de la réalisation créatrice de l’homme et de la femme dans l’enfant.

Cf. innombrables triades religieuses : 3 vertus chrétiennes (foi, espérance, charité), triade égyptienne (Isis-Horus-Osiris), hindouiste (Brahma, Vishnu, Shiva), etc.

Nombre de l’accomplissement qui contient en lui le Tout, il apparaît souvent dans les contes (3 épreuves, 3 énigmes, …)

Symbole sexuel pour la psychanalyse. La divinité elle-même est conçue, dans la plupart des religions, comme une triade avec les rôles de père, mère, enfant. Le catholicisme professe le dogme de la Trinité, qui introduit dans le monothéisme le plus absolu un principe mystérieux de relations vivantes.

Importance aussi dans la philosophie, comme principe de médiation entre l’être et la pensée, en tant qu’élément du progrès dialectique (thèse, antithèse, synthèse).

Renvoie de fait à des phénomènes biologiques (structure de base de toute fonction organique importante), que l’on peut résumer dans les 3 phases de l’existence : apparition, évolution, destruction (ou transformation) ; ou naissance, croissance, mort ; ou, selon la tradition de l’astrologie, évolution, culmination, involution.

 

Angle et triangles dans les scènes : soulignent et dramatisent

– Balançoires

– Pendu

– Lucarne de la maison

– Chambre mansardée

– Réverbère (2 triangles inversés)

– Maison près de chez Birdie (Bijou)

– Lucarne et réverbère en parallèle

NB : Chambre nuptiale, scène du miroir : en arrière apparaît une gravure représentant un cavalier noir

– Prêche commun (mea culpa de Willa) : ombres en triangles opposés par le sommet

NB : Willa disparaît dans le brouillard (pré-meurtre)

– Chambre du meurtre

– Pasteur chez les Boons (triangle dans la fenêtre en arrière-plan)

-Tas de charbon dans la cave

– Descente d’escalier

NB : apparition du cheval blanc

– Maison et cage

– Escalier de la grange

NB : cheval noir, puis gris

– Ruelle du rendez-vous de Ruby

– Maison dans la nuit

– Chambre de Ruby

– Arrestation (maison ou grange)

– Échelles avant le lynchage

– Auvent de la maison du bourreau.

 

 

 

OBJETS SYMBOLIQUES

 

BALANCOIRE : associée aux rites de fertilité. Son mouvement est mis en relation avec le cycle de la végétation et des phénomènes naturels (lever et coucher du soleil, rythme des saisons, cycle de la mort et de la renaissance)  

 

ESCALIER : comparable à l’échelle, il assure une fonction similaire de progression dans le savoir et la sagesse, d’ascension vers la connaissance et la transfiguration. Mais si l’échelle est plutôt associée à l’idée de montée, l’escalier peut représenter aussi bien l’accès au ciel que la descente dans le monde souterrain. Menant à des régions obscures, il symbolise la descente dans le royaume des morts, l’accès à un savoir occulte, à l’inconscient pour la psychanalyse.

 

FENETRE : symboliquement ouverture sur l’air et la lumièreíréceptivité.

Dans tous les cas, lieu de l’apparaître :

– Du dedans, le dehors : lumière, extérieurs

– Du dehors, le dedans : micromonde où “vit la vie, rêve la vie, souffle la vie” (Baudelaire)

Ici dans l’ensemble, la vue sur l’intérieur implique la vulnérabilité (John dans la chambre regardant “ce n’est qu’un homme”, les enfants regardant par le soupirail de la cave, …) ; le regard sur l’extérieur signifie le danger (l’ombre du pasteur, les plans d’ensemble sur le pasteur à la barrière, …)

 

EAU : 3 thèmes dominants : – source de vie et de mort (dans le sens3)

– purification

– régénérescence

Sens maternel et féminin, origine et véhicule de toute vie (liquide matriciel, sève, semence divine, …)

 

BARQUE (BATEAU, NACELLE, NAVIRE) : symbole fréquent du trajet entre le royaume des vivants et celui des morts, et vice-versa.

De façon générale, symbole du voyage (éventuellement de la traversée de la vie).

Face à la traversée périlleuse de la vie, la barque devient symbole de sécurité.

 

TRANSPORTS : évoquent le voyage en général, dont le symbolisme se résume en une quête (de la vérité, de la paix, de l’immortalité, …). Le voyage signifie toujours une aventure et une recherche, d’un trésor ou d’une simpleconnaissance concrète ou spirituelle. Recherche qui n’est au fond qu’une fuite de soi.

Dans la NC, on notera que la rapidité (voiture, train, cheval) est toujours du côté des “méchants” (père, policiers, pasteur surtout) alors que les enfants n’ont que la lenteur de la barque. Ce qui tout à la fois les fragilise, mais aussi les protège (barque du père) et les conduit, plus et mieux que le pasteur, vers le véritable sens de la vie.

Les moyens utilisés par le pasteur (voiture, train, cheval) revêtent tous le même sens que celui du cheval archétypal, associé aux ténèbres du monde chtonien, porteur de mort et de vie, lié au feu (destructeur et triomphateur) et à l’eau (nourricière et asphyxiante). D’un symbolisme multiple, il semble ici associé aux chevaux de la mort, valorisation négative du symbole chtonien, généralement noirs, mais parfois pâles, blêmes, dits blancs (blancheur nocturne, lunaire, froide, faite de vide et d’absence de couleurs). Le cheval blême est blanc comme un suaire ou un fantôme (blancheur du deuil).

Dans la NC, de manière confuse, tous ces transports sont associés à l’idée de mort : annonciateurs ou porteurs de mort future (policiers, pasteur), destructeurs potentiels (train crachant le feu), psychopompes (cercueil de la mère).

 

 

ANIMAUX

Tous reliés à la nuit / lune (= mystère, irrationnel, inconscient, mort, mais aussi sein maternel protecteur et fertile), symbolisation qui s’applique dans de nombreuses cultures à des héros et divinités nocturnes, inaccomplis, malfaisants.

 

ARAIGNEE (PRESENTE PAR SA TOILE SEULE) : symbolisme ambivalent. Épiphanie lunaire dédiée au filage et au tissage. Son fil évoque les Parques, mais sa toile peut représenter l’ordre cosmique (Inde), ou l’émanation de l’esprit divin (car les rayons -solaires- proviennent de l’araignée elle-même). Dans la Bible, elle est symbole de précarité et des espoirs vains.

– Image enveloppante et centripète í démiurge (tisseuse, donc maîtresse du destin, donc divinatrice), symbole de l’âme, animal psychopompe

– Image de l’araignée balancée au bout d’un fil qu’elle essaie sans cesse de remonter í contenu sexuel latent, cordon ombilical, chaîne reliant la créature à son créateur, liberté (cf. balançoire)

 

CRAPAUD : porte toutes les significations issues de la grande chaîne symbolique eau-nuit-lune-yin.

Le plus souvent considéré à l’inverse de la grenouille, dont il serait la face lunaire, infernale et ténébreuse í valeur négative.

Dans les traditions de la magie et sorcellerie européennes, il joue un rôle précis : quand il se tient sur l’épaule d’une sorcière, il est une des formes du démon.

Il peut être associé à la pluie, gardien de trésor et esprit domestique, animal de mort (peut-être parce qu’il naît dans la terre) et de résurrection (comme la grenouille, sans doute à cause de ses transformations). Au Moyen Age, il apparaît dans les représentations de la mort et est associé aux péchés de luxure et d’avarice.

 

HIBOU, CHOUETTE : signe funeste, symbole de tristesse, obscurité, froid, nuit, mort. Animal d’Atropos, la Parque qui coupe le fil de la destinée. La Bible le range parmi les animaux impurs. Mais aussi, parce qu’il peut voir la nuit, il symbolise la sagesse (Chouette d’Athéna, et c’est la chouette qui a vu Perséphone manger un grain de grenade et l’a dénoncée, lui interdisant ainsi la remontée à la lumière). NB : valeur moins négative pour la chouette que pour le hibou.

 

TORTUE : symbolisme étendu humain et cosmique, mâle et femelle.

Représentation de l’univers (forme de sa carapace)

Cosmophore (porteur du monde) par la puissance de ses courtes pattes plantées au sol comme les colonnes du temple

Nocturne et lunaire émergée des eaux premières : fertilité, immortalité (à cause de sa longévité)

Symbole de fécondité dans l’Antiquité, associée à Vénus, à vertus domestiques.

Symbolisme mâle de par le mouvement d’entrée et sortie de sa tête, dont la forme évoque un phallus (vouée aussi à Pan).

Pour les Pères de l’Eglise, elle devient symbole de la luxure. Dans l’Antiquité, sa carapace servait de caisse de résonance à des lyres, et cette transformation de la tortue en lyre figurera dans la mystique chrétienne la spiritualisation de la chair source de péchés.

 

LAPIN, LIEVRE : animaux lunaires, qui dorment le jour et courent la nuit. Liés à la vieille divinité Terre-Mère, au symbolisme des eaux fécondantes et régénératrices, de la végétation, du renouvellement perpétuel de la vie.

Comme on attribuait leur fécondité à une forte sensualité, ils apparaissent comme des animaux à connotation sexuelle í animal impur dans la Bible.

Caractère craintif í image de la peur et de la lâcheté.

Symbole de vigilance (la légende veut qu’il dorme les yeux ouverts)

Symbole de la brièveté de la vie à cause de sa rapidité.

 

MOUTON (= AGNEAU) : naïveté, patience, blancheur í symbole de douceur, d’innocence, de pureté, du triomphe du renouveau, de la victoire de la vie sur la mort. Cette même fonction archétypale fait de lui la victime expiatoire par excellence.

 

RENARD : animal doué de pouvoirs magiques, sage, démoniaque, bon ou mauvais, capable de se métamorphoser (Chine, Japon)

Symbole de fertilité í rapproché du lapin (id pour la suite)

Symbole du désir sexuel í rôle de succube et surtout d’incube (il se transforme en éphèbe pour attirer les femmes, en femme pour attirer les hommes)

Symbole de la ruse et de la perfidie

Au Moyen Age, il représente le diable, le mensonge, l’injustice, la démesure, l’avidité et la luxure.

 

CHOUETTE EFFRAIE : Cf. plus haut. Ici prédateur.

 

CHAT : symbolisme hétérogène, aussi bien bénéfique que maléfique.

Animal de mauvais augure (Japon),

Associé à Bastet, protectrice de la maison, des mères et des enfants (Egypte)

Associé aux sorcières (Moyen Age)

Noir, il est l’animal du diable, symbole d’obscurité, de mort, porte-malheur.

Associé au serpent : il indique le péché, l’abus des biens de ce monde (est parfois figuré en ce sens aux pieds du Christ)

 

CHEVAL : cf. plus haut. Ici, il n’est pas un animal, mais plutôt une monture, et renvoie à la symbolique du CAVALIER :

Symbole de la domination

Dans l’Apocalypse, l’ouverture des 4 premiers sceaux = 4 cavaliers à cheval blanc (le christ victorieux, cheval rouge (guerre), cheval noir (famine), cheval verdâtre (blême = mort). Plus généralement, les pires châtiments menaçant le monde.

 

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