Questions d’iconographie

 

I- Les “langages” de l’image

 

1- Analyse sémiologique de Barthes

Publicité Panzani:

Dans les années 60, avec l’essor de la sémiologie, Barthes avait analysé cette publicité pour en relever les sens divers. Il y énumère trois types de message: un message linguistique (le texte), un message iconique codé (symbolique), un message iconique non codé (littéral).

– Ce dernier n’implique aucun savoir et seule notre perception nous conduit à comprendre les objets, la photo ayant un rapport direct entre l’objet et sa représentation.

– Message linguistique: la légende et les étiquettes conduisent dénotation (Panzani) et connotation (consonance en ni = italianité). Il indique en outre qu’il s’agit d’une publicité.

– Message iconique codé: joue sur trois registres de signifiés

1- Retour de marché avec deux valeurs euphoriques (fraîcheur du produit, préparation culinaire). Le signifié est “retour du marché”, le signifiant “filet déballé”.

2- Signifié = Italie, avec comme signifiants l’origine méditerranéenne des produits (tomate et poivron) et les trois couleurs du drapeau Italien (blanc, vert, rouge).

3- Signifié esthétique: filet en forme de corne d’abondance, renvoi culturel à la nature morte.

 

2- Panofsky (1892-1968) et l’iconologie:

Professeur à Hambourg, puis émigré aux USA, Panofsky fonde l’iconologie dans ses Essais d’iconologie (1939) où il situe l’iconographie à une deuxième niveau d’analyse de l’oeuvre d’art.

– analyse pré-iconographique: concerne l’univers des motifs, avec une double signification: de fait (identification des formes comme représentation d’objets naturels) et expressive (gestes, atmosphère).

– analyse iconographique: identification des motifs comme contenus de valeurs symboliques: 13 personnages attablés dans certaines attitudes représentent la Cène, les attributs permettent l’identification de personnages particuliers…

– analyse iconologique: concerne le contenu dans une échelle élargie, et permet de repérer la nation, la période, la société, etc. et l’artiste avec sa personnalité et sa manière. Ces éléments se manifestent dans les méthodes de composition, l’évolution des significations iconographiques en fonction des époques et des lieux, le style de l’artiste, etc.

 

Exemple: L’école d’Athènes, Raphaël, Stances du Vatican:

– Première lecture: identification d’une assemblée située dans une architecture à caractère grandiose, dont la majesté des personnages, leurs gestes mesurés,  laisse présager l’importance, personnages par ailleurs vêtus à l’antique.

– Identification des personnages: au centre, l’un tient le Timée, l’autre l’Ethique. Il s’agit donc de Platon (qui montre le ciel) et d’Aristote (main au-dessus de la terre). Tous les autres sont plus ou moins identifiables: Pythagore avec la tablette que lui tend Télaugès. Alcibiade ou Alexandre en armure, Socrate à son visage simiesque, Héraclite, Epicure couronné de pampres, Zénon avec un enfant tenant un livre que lit Epicure, Parménide (ou Xénocrate) tenant un livre sur son genou, Diogène étendu sur les marches, Zoroastre (globe céleste) et Ptolémée (globe terrestre). Au premier plan à droite, Euclide dessine au compas. Derrière Pythagore, l’homme au turban blanc est Averroes.

– Identification secondaire: l’architecture n’est pas antique mais renaissante (celle que Bramante a prévue pour Saint-Pierre). Les personnages ont des visages reconnaissables comme: Vinci (Platon), Michel-Ange (Héraclite), Bramante (Euclide), Raphaël (derrière Ptolémée). En outre, l’analyse des enduits a montré qu’Héraclite avait été rajouté après coup, et peint dans le style de Michel Ange = hommage à ce dernier ajouté sans doute après la découverte du plafond de la Sixtine.

 

3- L’iconographie

Iconographie: science auxiliaire de l’histoire de l’art. Revêt deux formes symétriques et complémentaires:

– observation de l’oeuvre et lecture de ses significations explicites, grâce à la comparaison avec d’autres oeuvres et des connaissances livresques = toute figuration est considérée comme l’indice d’un sens second que l’on dégage.

– Inventaire des oeuvres qui traitent d’un même thème. Iconographie de l’Annonciation par exemple.

Les images ont des sources multiples (symboliques, religieuses, littéraires) et font l’objet de décryptages parfois aisés, souvent complexes et ardus.

 

Exemples: Antonello de Messine, Saint Jérôme. 

Représentation traditionnelle du saint lettré (représenté soit avec le lion qu’il guérit, soit dans le désert où il se retire, soit dans son cabinet de travail). influence des Flandres, notamment dans la fenêtre ouvrant sur des paysages détaillés.

Mais quatre animaux s’ajoutent: un lion, un chat, une perdrix et un paon. le lion fait partie de la légende, le chat est peut-être chasseur de souris (protecteur des livres). Mais au premier plan, la perdrix et le paon demandent d’autres explications. La perdrix, qui vole les oeufs de ses congénères, symbolise le diable qui capture les âmes. Le paon est symbole de vie éternelle parce qu’il image le ciel dans les ocelles de sa roue, et parce que l’Antiquité le pensait incorruptible. Il faut confronter ces deux animaux aux paysages pour en saisir la signification. Saint Jérôme considérait la ville comme repaire du diable, le désert comme un Paradis. Or au-dessus de la perdrix est un paysage urbain, au-dessus du paon un paysage désert et paradisiaque. Entre la ville et la perdrix, le chat (peut-être aussi symbole de sexualité) et un linge sale (alors qu’il est en général symbole de pureté, et associé à la Vierge).

 

Problème d’interprétation. Carpaccio, Saint Augustin:

Dans une premier temps, le personnage (un saint dans un cabinet de travail) avait été identifié comme saint Jérôme, d’autant que l’oeuvre est située dans la Scuola des Esclavons (Dalmates) qui avaient pour patrons saint Georges, saint Tryphon et saint Jérôme. Mais à l’issue d’une recherche iconographique plus approfondie (Roberts, 1959), on s’est aperçu que ce ne pouvait être lui. Les détails, en effet, montrent des objets divers: certains humanistes (objets de collection, livres, astrolabes, sphère armillaire), d’autres religieux (prie-dieu, mosaïque de l’absidiole, missels enluminés, autel avec les objets du culte, la mitre et la crosse, attributs des évêques). Or saint Jérôme a été cardinal, mais pas évêque. Saint Augustin, par contre, l’a été et a, selon une légende publiée à Venise en 1485, une relation avec saint Jérôme: alors qu’il lui écrivait, il aurait été ébloui de lumière tandis que sa voix lui prédisait sa propre mort et sa montée au ciel. Ainsi s’expliquent des détails: la lumière de droite, le geste arrêté d’Augustin, les partitions musicales (celle sur l’écritoire serait un hymne ambrosien, et c’est saint Ambroise qui avait converti saint Augustin).

Le chien blanc: investi de valeurs diverses et contradictoires, le chien au Moyen Age peut représenter jalousie, colère, possession par le diable, ou au contraire foi et fidélité. Le chien blanc marque généralement la bonté et la piété de la personne auprès de laquelle il est représenté.

 

Autre exemple: Les noces de Cana, Véronèse

La tradition veut que l’artiste ait représenté à la droite du Christ de grands souverains (Charles-Quint, François Ir, Soliman Ir), et dans les quatre principaux musiciens les peintres de son temps (de gauche à droite, lui-même, Tintoret, Bassano, le Titien). Bien que non prouvée et aujourd’hui discutée, cette interprétation n’est pas invraisemblable. Sont figurés avec beaucoup de soin et de précision les vêtements qui caractérisent les différentes classes sociales vénitiennes, et l’éclectisme de sa population. Pour rendre clairement lisibles les 130 personnages, l’éclairage les détache, les attitudes et couleurs se répondent et s’alternent. L’organisation, simple et claire, se fonde sur une symétrie marquée par la figure du Christ, séparant verticalement la société religieuse à sa droite et la société civile à sa gauche, et horizontalement, de part et d’autre de la balustrade, le ciel et la terre. Sur les côtés, les bâtiments prolongent l’architecture existante du réfectoire tout en l’ouvrant sur un paysage fictif, jouant magistralement de la perspective pour donner l’illusion d’une réalité peu à peu transposée (d’un lieu clos en un paysage urbain), d’une réalité transcendée (du repas humain au festin biblique).

Première scène de banquet de la carrière de Véronèse, c’est aussi la plus complexe : perspective sophistiquée, abondance exceptionnelle de personnages, multiplicité des symboles…

– Le sujet, le Christ transformant l’eau en vin quand celui-ci vient à manquer aux noces de Cana, est essentiel en théologie. Ce premier miracle de Jésus, premier signe évident de sa filiation divine, est considéré comme une préfiguration de la Cène. Véronèse en précise le sens en plaçant, juste au-dessus de sa tête, un serviteur en train de trancher une pièce de viande : l’agneau, symbole du sacrifice, « chair » du Christ. Le prodige est salué diversement par les acteurs de la scène, dont les visages expriment la diversité des émotions, avec cependant la plus grande discrétion : comme il se doit dans un monastère bénédictin, personne ne parle.

– Entre les musiciens, un sablier (élément essentiel, et pourtant oublié dans les copies du XVIIIe siècle, ce qui prouve qu’on en avait perdu le sens) nous rappelle que la musique et la danse sont plaisirs fugitifs, exprimés dans la durée et vains (un débat s’est instauré autour de la musique instrumentale au sein de l’église, Dieu ne nous ayant donné que notre voix pour chanter). Ainsi, dans la lecture verticale de l’axe central, se complète le propos religieux : au-dessous du Christ, après l’évocation de l’Eucharistie (l’agneau est le pain, le vin est le sang), le sablier indique que le temps nous est compté. Et si les chiens du premier plan, attachés l’un à l’autre, sont images de fidélité en même temps qu’allégorie du mariage, celui de gauche, rongeant un os, signifie la mort.

 

 

II- Les sources iconographiques

 

1- Evénements et textes bibliques majeurs:

Exemple: Tympans romans:

Moissac (Apocalypse), Vézelay (Pentecôte), Autun et Conques (Jugement dernier).

 

1- Moissac (vers 1120): L’Apocalypse

“Aussitôt je fus ravi en esprit. Et voici, il y avait un trône dans le ciel, et sur ce trône quelqu’un était assis. Celui qui était assis avait l’aspect d’une pierre de jaspe et de sardoine; et le trône était environné d’un arc-en-ciel semblable à de l’émeraude.

Autour du trône je vis vingt quatre trônes, et sur ces trônes vingt quatre vieillards assis, revêtus de vêtements blancs, et sur leurs têtes des couronnes d’or. (…) tenant chacun une harpe et des coupes d’or remplies de parfums, qui sont les prières des saints.

Du trône sortent des éclairs, des voix et des tonnerres.

Devant le trône brûlent sept lampes ardentes, qui sont les sept esprits de Dieu. Il y a encore devant le trône comme une mer de verre, semblable à du cristal.

Au milieu du trône et autour du trône, il y a quatre êtres vivants remplis d’yeux devant et derrière, Le premier être vivant est semblable à un lion, le second être vivant est semblable à un veau, le troisième être vivant a la face d’un homme, et le quatrième être vivant est semblable à un aigle qui vole. Les quatre êtres vivants ont chacun six ailes, et ils sont remplis d’yeux tout autour et au dedans. Ils ne cessent de dire jour et nuit: Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu, le tout-puissant, qui était, qui est, et qui vient! (…)

Puis je vis dans la main droite de celui qui était assis sur le trône un livre écrit en dedans et en dehors, scellé de sep

sceaux. …”

(Apocalypse de Jean)

 

Le tympan est sans doute inspiré des miniatures des Commentaires sur l’Apocalypse de Beatus, abbé de Liebana (Espagne, 784) qui ont été copiées un peu partout.

 

– Au centre, Christ en gloire qui lève le bras droit pour bénir et tient de la main gauche, sur ses genoux, le livre aux sept sceaux.

– Autour de lui, le tétramorphe (quatre formes symbole des évangélistes):  l’ange (saint Matthieu), l’aigle (saint Jean), le lion (saint Marc), le taureau (saint Luc). Puis deux anges.

– de part et d’autre, et au-dessous, les 24 vieillards sur trois niveaux ondulants (la mer de cristal), tenant harpes et coupes.

 

2- Vézelay: Pentecôte

Portail central du narthex.

– Christ en gloire dans une mandorle. Nimbe crucifère. mains ouvertes d’où viennent des rayons qui se posent sur la tête des apôtres. Fête juive de la moisson, la Pentecôte (entre la Résurrection et l’Ascension) est considérée par l’église chrétienne comme la descente de l’Esprit Saint sur les apôtres, et la fondation de l’église. “ Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils étaient réunis tous ensemble. Tout à coup, il y eut un bruit qui venait du ciel comme celui d’un violent coup de vent… Alors leur apparurent comme des langues de feu qui se partageaient et il s’en posa une sur chacun d’eux. Ils furent tous remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler d’autres langues, comme l’Esprit Saint le leur ordonnait… Ils s’en allèrent prêcher partout, le Seigneur travaillant avec eux et confirmant leurs paroles par les miracles qui l’accompagnaient”. Les représentations de la scène montrent généralement Marie, qui y assista, et est assimilée à l’église.

– Les apôtres sont groupés de part et d’autre du Christ. Tous portent l’Evangile. A gauche, saint Pierre (clefs), à droite saint Paul. Au-dessus d’eux, à droite le feuillage des “arbres de la vie dont les feuilles servent à la guérison des païens”, à gauche les ondes de “l’eau de la vie jaillissant du trône de Dieu”, dont parle l’Apocalypse.

– Tout autour, les peuples évangélisés ou à évangéliser (interprétation difficile).
– Linteau: peuples réels et légendaires (Scythes, Romains, Macrobii géants, Pygmées, Panotii aux grandes oreilles). Juste au-dessous du Christ, débordant du linteau, saint Pierre et saint Paul (la Basilique est placée sous la seule autorité du pape).
– Archivolte: travaux des mois et signes du Zodiaque

 

3- Autun: Jugement dernier

– Christ en gloire dans sa mandorle entouré de quatre anges. A ses pieds “Gislebertus hoc fecit”,  signature (fait rarissime) du sculpteur.

– A droite: pesée des âmes avec saint Michel et le diable. Puis trois autres diables qui crochètent les damnés et les précipitent en enfer (à l’extrême droite, bloc d’où émerge une gueule de monstre).

Au registre supérieur, deux personnages assis dont l’un porte un livre (Jean l’évangéliste et son frère Jacques?)

– A gauche, les apôtres, dont saint Pierre clé sur l’épaule. Au registre supérieur, la Vierge intercède, mains largement ouvertes.

– Au linteau, résurrection: les personnages sortent de leurs cercueils. A gauche, les élus, à droite les damnés, qu’au centre partage un ange armé d’une épée.

– Première archivolte vide, occupée à l’origine par les vieillards de l’Apocalypse et, peut-être, d’autres personnages de l’Ancien Testament, disparus lors du plâtrage de 1766.

– Deuxième archivolte: feuillages.

– Troisième archivolte: signes du Zodiaque et travaux des mois.

 

4- Conques: Jugement dernier

– Christ en gloire dans une mandorle semée de six étoiles, entourée de nuées.  Il montre ses plaies, main droite levée du côté des élus, main gauche abaissée de celui des réprouvés.

– Au-dessus, 2 anges tiennent les bras de la croix, et portent le fer de lance et le clou, instruments de la passion.

– Autour de lui, quatre anges remplacent le tétramorphe: ceux du haut tiennent des phylactères, ceux du bas des flambeaux (Au jour du jugement dernier, le soleil s’obscurcira, la lune ne brillera plus).

– A droite, quatre autres anges, l’un portant un encensoir, l’autre un livre (livre de vie) ouvert, et deux anges chevaliers portant épée et gonfalon, qui contiennent les damnés au-delà des portes de l’enfer, lequel occupe deux étages sur le registre médian. Y sont représentés tous les péchés: la paresse, l’orgueil, la luxure, l’avarice, le mensonge, la colère, la mauvais souverain, la gourmandise, la fornication, le faux-monnayeur, les hérétiques, les mauvais moines. Pour les détails, consulter le site http://www.conques.com/visite6.htm

– A gauche (la droite du Christ) les élus forment un cortège guidé par la vierge et saint Pierre (clefs en main). Suivent (?) saint Antoine (père des solitaires), appuyé sur son bâton en forme de tau, saint Benoît (père des moines), qui conduit un empereur, sans doute Charlemagne, bienfaiteur de l’abbaye de Conques. Ou (?) les figures marquantes de l’histoire du monastère  de Conques : l’ermite Dadon, le fondateur, puis un abbé la crosse à la main (Bégon sans  doute), entraînant de l’autre l’empereur Charlemagne.  Les deux moines qui le suivent portent, l’un un diptyque, l’autre un reliquaire posé sur une étoffe, preuves de la  générosité impériale envers sainte Foy.

– Registre inférieur: au-dessus du toit en bâtière: au centre, pèsement des âmes (saint Michel et le diable).

Partie gauche: résurrection des morts à droite (les morts aidés par les anges sortent de leurs tombeaux), sainte Foy dans son église, prosternée, à gauche. Derrière elle, sous des arcades, des chaînes suspendues rappellent les fers que les prisonniers qu’elle avait délivrés accrochaient en ex-votos.

Partie droite: un diable dévore le cerveau d’un damné, un autre vient de s’emparer de la harpe d’un damné auquel il  arrache la langue avec un crochet (musique = vanité). En vis-à-vis, dans le triangle de droite, un homme (le braconnier) est rôti à la broche par deux démons, dont l’un à tête de  lièvre.

– Registre inférieur, sous les pentes du toit: le paradis et l’enfer.

A gauche, le Paradis est un portique à arcades sous lesquelles sont assis les bienheureux. Au centre siège Abraham qui recueille deux âmes dans son sein. Il est encadré par des paires de personnages munis de leurs attributs: vierges sages avec leurs lampes et saintes femmes avec leurs pots portant la couronne des empereurs, martyrs avec la palme (vie éternelle) et le calice (vertu du sang versé), prophètes avec leur rouleau de parchemin, apôtres avec le livre. L’ordre et la sérénité règnent. A la porte, un ange accueille les élus.

A droite règne le désordre. L’enfer a une gueule de monstre (Léviathan du livre de Job). On voit apparaître la chaudière où sont plongés les pécheurs. Satan trône. A ses pieds, un damné dans le flammes. Cavalier revêtu de sa cotte de mailles, l’orgueil est précipité à bas de sa monture. L’avarice, la corde au cou, est pendue comme Judas. Un couple symbolise la luxure. Un démon arrache la langue d’un personnage assis (calomnie).

 

NB- La comparaison entre les positions des mains du Christ dans les deux Jugements implique deux sens différents. Celui d’Autun présente ses paumes vers le bas, celui de Conques lève sa main droite du côté des élus, abaisse la gauche du côté des réprouvés.

 

2- La symbolique gestuelle 

 

A- Main ouverte: paume tournée vers l’intérieur (pronation), opposition, refus, rejet.
Paume tournée vers l’extérieur (supination), réceptivité, acceptation, disponibilité.

Dans le prolongement du bras sans rotation, indication d’une direction.

Exemple: Duccio, La Maesta, les pèlerins d’Emmaüs.

 

B- Main fermée, un ou deux doigts tendus: Le doigt tendu est affirmation d’une volonté qui s’impose. Généralement c’est l’index, et quand s’y ajoute le majeur il y a supériorité de celui qui impose (Dieu, le pape, le maître). Quand le doigt est pointé vers le haut, il traduit un pouvoir qui ordonne, quand il pointe horizontalement, l’affirmation d’idées et l’enseignement.

Exemples: Evangélaire de Charlemagne (781-783).

Duccio (1250-1319), La Maesta, Jésus parmi les docteurs.

Duccio, La Maesta, Jésus parlant à ses apôtres pendant la Cène.

L’index pointé est aussi tout simplement un geste de désignation (montrer quelque chose ou quelqu’un).

Exemples: un ange montre un bélier à Abraham (initiale du Lévitique, Pentateuque – ensemble des cinq livres attribués à Moïse, XIIIe).

Affiches modernes pour la conscription : désignation = nous. Affiche Kitchener (GB, 1914, Alfred Leete). Photo de lord Kitchener, ministre de la guerre de 1914 à 1916. Rhétorique de l’implication qui se retrouve sous des formes quasi identiques dans tous les pays engagés dans la guerre 14-18, et même après. 1914: USA, Italie, Allemagne. Engagement dans l’armée rouge. Reprise du thème a contrario (“I want out, je veux m’en sortir”, USA) comme critique de la guerre.

 

C- Main appuyée sur la hanche, la cuisse ou le genou: fermeté et détermination. Attitude des rois, papes, évêques, juges.

Exemple: Justice de saint Louis

 

D- Main posée sur/sous la joue ou le menton: yeux fermés, sommeil, songe. Yeux ouverts, douleur et tristesse.

Exemples: Jacopo Bellini, L’ivresse de Noé.

Détail d’un crucifix de Cimabué (vers 1240-1302), saint Jean et la Vierge.

Détail de l’Annonciation de Fra Angelico (cf. plus bas): Adam et Eve chassés du Paradis terrestre.

 

E- Main posée sur la poitrine: complète une signification exprimée par d’autres éléments. Elle manifeste le caractère profondément ressenti d’un comportement (concentration, sincérité, acceptation). Quand les deux mains sont croisées, l’attitude a le sens plus précis de l’acceptation d’une condition ou d’une situation.

 

Exemple: les Annonciations.

Outre l’Evangile de Luc, 2 récits légendaires dits apocryphes (d’authenticité douteuse) décrivent l’événement, le Protévangile de Jacques (1r siècle?) attribué à Jacques le Mineur, et le Transfert de Marie (Ve). Selon le protévangile, le grand prêtre fit tirer au sort les sept vierges qui fileraient pour le voile du seigneur “l’or et l’amiante et le lin et la jacinthe et l’écarlate et la pourpre authentique”. A la Vierge échut la pourpre, et c’est pendant qu’elle la filait que serait apparu Gabriel.

Mosaïque de Sainte Marie Majeure (Rome, Ve): La vierge, encadrée par les anges, file la pourpre. Au-dessus d’elle la colombe, que Gabriel, planant, désigne (doigt pointé et levé = désignation et volonté supérieure).

Ensuite, de nombreuses variantes. Le pseudo-Jacques décrivant la scène en deux phases, alors que Marie va à la fontaine, puis chez elle, les lieux seront différents. D’autant plus que l’Italie préférera les extérieurs (un porche), les pays du Nord un intérieur (la chambre). Varieront également les gestes, les attitudes, au gré des périodes et des artistes.

 

Iconographie générale: les motifs essentiels sont l’ange, la Vierge, le Saint Esprit.

1- les personnages:

– La colombe descend sur un rai de lumière vers la tête ou le sein de la Vierge. Parfois Dieu le père apparaît dans le ciel.

– Gabriel, ailé et traditionnellement vêtu de blanc, peut descendre vers la Vierge (marchant ou volant), demeurer immobile, incliné ou agenouillé.

– La Vierge: debout (tradition byzantine), assise (tradition médiévale), agenouillée (le plus fréquent après le XVe siècle). Elle peut se détourner de l’ange en esquissant un mouvement de fuite ou un geste de défense (“Ne crains rien, Marie”).

2- les motifs:

– Fleur dans un vase: Saint Bernard situe l’événement au printemps, donc fleur, qui deviendra lis, et sera plus tard symbole de la pureté de la Vierge.
Mais à l’origine il est symbole d’élection (“Marie entre toutes les femmes”) et abandon mystique à la volonté de Dieu. Au début, il est interposé entre Gabriel et la Vierge (symbole d’élection), puis il deviendra symbole de l’archange et sera présenté près de lui. Par assimilation à la pureté, il deviendra peu à peu symbole de la pureté de la Vierge.

– Quenouille ou panier de laine: allusion à l’apocryphe de Jacques.

– Livre: attribut de la Vierge. Elle y lit, selon saint Bernard, la prophétie d’Isaïe.

– Sceptre de Gabriel: soit un sceptre terminé en fleur de lis, soit un lis, soit une palme, soit un rameau. Le rameau vert symbolise l’immortalité (tradition orientale et romaine de saluer les héros ou les grands avec des rameaux verts, symboles de l’immortalité de leur gloire).  La palme a le même sens = palme, rameau, branche verte, sont symboles de victoire, d’ascension, de régénérescence, d’immortalité. Les rameaux préfigurent la résurrection. D’où le dimanche des rameaux, salut au Christ. Le rameau d’olivier y ajoute un autre sens: la colombe en avait apporté un à Noé pour lui annoncer la fin du déluge. Il est alors symbole de pardon, de paix et de salut.

NB- Dans la peinture siennoise, Gabriel peut porter un rameau d’olivier en signe de l’hostilité de Sienne à l’égard de Florence dont le lis est l’emblème.

– S’ajoutent éventuellement des inscriptions (surtout dans la peinture néerlandaise, des nuages, des anges accompagnateurs (adultes ou putti).

 

Evangéliaire de Trogir (Croatie, 1230-1240): Gabriel a le geste du messager qui impose la volonté divine, Marie lui présente ses paumes ouvertes en signe d’acceptation.

Simone Martini (vers 1282-1344): Vierge assise et ange agenouillée (nouveauté). La Vierge a la main sur la poitrine, mais se détourne (crainte). Gabriel porte un rameau d’olivier (salut, et hostilité à Florence).

Fra Angelico, retable du Prado: Vierge assise, mains croisées, ange en génuflexion, sans sceptre, colombe sur un rayon de lumière. Au fond Adam et Eve chassés du Paradis. L’ensemble = rédemption.

Van der Weyden (Louvre): l’arrivée de l’ange (cf. attitude et draperies) détourne la Vierge (agenouillée) de son livre, main ouverte en signe d’acceptation.

Les détails: le lis à trois fleurs (symbole de la Trinité) est placé près de Gabriel. Celui-ci porte un costume sacerdotal (habitude des pays nordiques) et sa chape est décorée de feuilles de vigne (“Je suis la vraie vigne”). L’agrafe qui la ferme est ornée d’un triptyque avec au centre la femme couronnée d’étoiles de l’Apocalypse, encadrée par deux anges. Au fond de la pièce, l’aiguière et sa cuvette sont les signes usuels de la pureté de Marie. Au-dessus du lit, un médaillon représente l’enfant Jésus, nimbé, sur son trône. Les branches du lustre figurent des dragons furieux, symbole des démons réduits à l’impuissance par la naissance du Christ. Le carrelage évoque l’étoile à huit branches (le Christ est ressuscité 8 jours après son entrée à Jérusalem). Enfin, la nature morte de la cheminée représente une orange (pomme de Chine) et une grenade (symbole de résurrection).

Le Titien (Scuola San Rocco):

Noter le mouvement de l’archange (tenant le lis) et l’agitation des draperies. La vierge agenouillée a les mains croisées sur la poitrine, et à ses pieds une corbeille à ouvrage, une pomme, une perdrix (diable et tentation?).

Le Tintoret (Scuola San Rocco):

Ton populaire novateur, représentation “vraie” de la vie humble et pauvre de la Sainte Famille. Décor rustique, chaise de paille, murs lépreux. Plus d’attributs, en dehors du livre et du linge. Surgissement baroque de Gabriel.

 

3- Les attributs

Permettent de reconnaître les personnages: ce sont les objets, animaux, plantes, personnages auxquels ils sont traditionnellement associés. En particulier, dans la mythologie ou la religion, ce sont les attributs qui caractérisent tel ou tel. Héra  a comme attribut le paon, Zeus la foudre, Hermès le caducée et le pétase, Aphrodite Eros, Poseidon le trident, etc. Dans la religion catholique, les saints sont munis des attributs de leur fonction (saint Pierre a les clefs, saint Georges l’armure, sainte Madeleine le vase à parfum), du miracle qui leur est associé (Marguerite le dragon, Odile deux yeux sur un livre car ses yeux se sont ouverts à la lumière lors de son baptême),  ou de leur martyre (Sébastien et les flèches, Catherine la roue, Barbe la tour, Lucie une paire d’yeux sur un plat, Agathe des seins et une tenaille, Anastasie de Rome des seins coupés) etc.

 

Peinture de vase grec (figures rouges, peintre d’Andokides): Héraclès et Cerbère (vers 510 av.JC). On reconnaît Héraclès à la peau de lion (de Némée) et Cerbère à ses multiples têtes.

 

Sculpture grecque: Athéna (vers 460 av. JC). Représentée ici avec ses attributs les plus simples: le casque et la lance. Elle porte généralement aussi l’égide (cuirasse en peau de chèvre que Zeus s’était confectionnée avec la chèvre d’Amalthée qui l’avait nourri de son lait) et le gorgoneion (tête de la Gorgone Méduse, que lui avait offerte Persée), et peut être accompagnée de la chouette (sagesse).

 

Raphaël, Saint Michel et Saint Georges (Louvre). Les deux saints sont en armure et combattent un dragon. La différence: Michel est un archange, qui a combattu aux temps primordiaux les anges rebelles et le dragon de l’Apocalypse. Il est chef de la milice céleste et défenseur de l’église. Georges, officier de l’armée romaine, traverse un jour une ville terrorisée par un dragon, à qui il faut donner chaque jour un jeune de la ville. Ce jour-là, c’est précisément la fille du roi qui est le tribut, et Georges, avec l’aide du Christ, terrasse le dragon et délivre la princesse (symbole du triomphe de la Foi sur le Mal).

 

Van Eyck Vierge au chanoine Van der Paele

Commande à Jean van Eyck du chanoine van der Paele pour son église. Le chanoine, à droite, est présenté par son patron, saint Georges. A gauche saint Donatien (mort en 390), huitième évêque de Reims. On ne savait rien de lui avant que n’ait eu lieu la translation de ses reliques en 863. Baudouin Ier, comte de Flandre les transféra de l’église saint Agricol de Reims à l’église de Notre-Dame à Bruges où son culte est encore vivant.

La vierge trône, l’enfant tient un bouquet et un perroquet (supposé dire Ave), allusions au jardin clos. Les sculptures des chapiteaux (sacrifice d’Isaac), celles du trône (Adam et Eve, Caïn tuant Abel, Samson combattant le lion) sont références à l’Ancien testament, donc rappel de “l’ancienne loi” qui va passer à la “nouvelle loi”, de par la naissance du Christ le Rédempteur: le rachat du péché (meurtre d’Abel) n’est possible que par la puissance de la foi (Samson).

Au sol, étoile à huit branches du tapis (résurrection).

NB- Sur le bouclier, dans le dos de saint Georges, apparaît le reflet de personnages, dont, au premier plan, Van Eyck avec son pinceau.

 

Hans Memling, Retable Moreel.

Peint pour un notable brugeois, Guillaume Moreel, et son épouse Barbara van Herstvelde, à destination de leur chapelle funéraire. Au centre, saint Christophe portant Jésus (il lui aurait ainsi fait traverser une rivière). A l’arrière-plan, un ermite l’éclaire de sa lanterne. De part et d’autre, à gauche saint Maur (dont le nom renvoie à Moreel) avec livre et crosse, à droite saint Gilles (qui renvoie au nom de l’épouse), bras transpercé par un flèche, une biche à ses côtés. Saint Maur? lequel? Trois furent évêques: un en France, un en Italie, un autre en Hongrie. Saint Gilles, vivant en ermite entre Arles et Nîmes, se nourrissait du lait d’une biche, et fut un jour blessé lors d’une chasse par le roi (pour se faire pardonner, ce dernier lui fera construire un monastère).

Sur les volets, Moreel et ses fils avec son saint patron, Guillaume: petit-fils de Charles Martel, il combattit les sarrasins pour Charlemagne. Il est représenté en armure, avec heaume, épée ou lance à gonfalon (c’est le cas ici). Barbara et ses filles avec sa sainte patronne, Barbe (portant la tour où son père l’avait enfermée).

 

4- Les symboles

Proches des attributs, les symboles sont de nature plus vaste, contenant des sens plus ou moins précis (et variables selon le contexte) interprétables aisément dans une société donnée, souvent perdus par la suite. Cf. sur le site, Histoire de l’art/divers/symbolique générale.

 

Natures mortes hollandaises:

Pieter Claesz (1597-1661), Nature Morte aux instruments de musique

Vanité aux cinq sens. La tortue est symbole du toucher (quand on la touche elle se rétracte), le miroir de la vue, les aliments du goût, la pipe et l’amadou de l’odorat, les instruments de musique de l’ouïe.

Mais la manière dont les éléments sont représentés suggère l’inconsistance des plaisirs (= vanités): dans un miroir (vue) les images se succèdent, le reflet du verre (goût) dans un miroir est une simple apparence qui disparaît comme la jouissance de la boisson disparaît après qu’elle ait été bue. La fumée (odorat) se dissipe, la tortue (toucher) se rétracte. Les livres, symbole du savoir supposé plus durable, ne font que soutenir le miroir, et sont abîmés.

Au centre du tableau, une montre évoque l’écoulement du temps. Appuyée contre un luth, elle renvoie directement à l’art musical, développé dans le temps et évanoui avec lui. L’importance des instruments de musique se réfère à Calvin, qui a une importance capitale pour la Hollande du XVIIe. Ce dernier avait condamné la musique, et particulièrement la musique “savante” (écrite) à plusieurs instruments. L’artiste a précisément choisi les beaux instruments qui servent à la délectation des mélomanes: la basse à 5 cordes, le luth, le violon, la flûte à bec, le cornet à bouquin.

Enfin, la tourte et le pain entamés évoquent la fugacité des plaisirs de la table. Mais l’association pain-vin renvoie, évidemment, à l’Eucharistie.

 

Ambrosius Bosschaert, Nature Morte florale

Contraste entre les lointains du paysage et le gros plan des fleurs, dialectique de l’infini (immensité) et de la précision du rapproché, espace religieux de la niche. Chaque fleur y a son sens: l’iris = future royauté du Christ, douleurs et royauté (s’il est bleu) de la vierge. L’ancolie = jardin clos de la vierge, buisson sous lequel elle se reposait lors de l’Annonciation. Rose et pivoine = fleurs de la Vierge (référence au Cantique des cantiques: “tu es la rose sans épines”). Tulipe = vanité de la “tulipomanie” hollandaise. Narcisse = par sa ressemblance avec le lis, est associé à la Vierge. Anémone = née de la blessure mortelle d’Adonis (référence antique), est signe de fertilité et renaissance. Jacinthe = symbole parfois de prudence et de sagesse chrétiennes, symbole du Christ par sa couleur bleue. Muguet = attribut fréquent du Christ et de Marie, représente le salut du monde, l’humilité de la Vierge. Myosotis = fleur du Paradis, salut de l’âme entrant au royaume des cieux. Pensée = fleur de la passion, qui a trois couleurs comme la Trinité, cinq pétales comme les cinq plaies du Christ. Oeillet = fleur de la Passion, rédemption.

Au sol, une mouche (animal de Belzébuth, “seigneur des mouches”), des coquillages (images de la tombe de l’homme avant la Résurrection). L’association coquillages/mouche/oeillet, doit être référence à la rédemption (la passion/oeillet sauvera l’âme du juste le jour de la résurrection).

 

4- Ripa et les traités d’iconographie: les allégories

Au XVIIe siècle, les traités d’iconologie abondent, et fournissent les motifs des peintres. Le plus célèbre est celui de Cesare Ripa (1593). C’est une sorte d’encyclopédie d’allégories imagées, qui met au point tous les attributs et représentations symboliques utilisés.

 

Exemple: les vertus.

Très nombreuses et diversifiées, les plus utilisées par l’église sont les trois vertus théologales (foi, espérance, charité) et les quatre cardinales (justice, force, tempérance, prudence), auxquelles s’ajoute parfois une cinquième (magnanimité, paix,…). De longue date représentées, elles sont reconnaissables à leurs attributs, mais ceux-ci sont plus ou moins nombreux et variables.

 

Tombeau de François II, duc de Bretagne (cathédrale de Nantes)

Tombeau des parents d’Anne de Bretagne, épouse de Charles VIII puis Louis XII. Dessiné par Jean Perréal, sculpté par Michel Colombe. Inspiration italienne, en particulier dans le motif des Vertus, associées aux tombeaux en France seulement début XVIe: la foi humaniste succède à l’ancienne modestie chrétienne. Mais les Vertus elles-mêmes sont ici de tradition française et gothique, dans leurs attitudes comme dans la multiplicité et la naïveté de leurs attributs. Aux quatre angles, on reconnaît: la Force (vêtue d’une cuirasse et d’un casque à mufle de lion) arrachant un dragon (le mal) de sa tour. La Tempérance, avec horloge et mors (Ripa: “pour montrer que le propre de la Tempérance est de modérer les passions déréglées; est encore signifiée la mesure du mouvement et du repos”). La Justice, avec glaive et balance. La Prudence, miroir en main, serpent à ses pieds, avec double visage (Ripa: “ une femme à deux visages … le miroir qu’elle tient en main signifie qu’il est nécessaire que pour régler ses actions l’homme prudent examine les défauts; ce qu’il ne peut faire sans la connaissance de soi-même”).

 

Le Bernin, tombeau d’Alexandre VII

Le lieu choisi inclut une porte dont Le Bernin fait le noyau de sa composition. Un suaire de marbre couvre ce lieu supposé de la chambre mortuaire, d’où émerge un squelette portant un sablier. Quatre vertus: Prudence et Justice au fond, Charité et Vérité au premier plan. Le pape est agenouillé dans une attitude d’adoration. Deux vertus cardinales, deux théologales, la Vérité prenant la place de la Foi. Elle est conforme aux prescriptions de Ripa: “Cette beauté toute nue tient de la main droite un soleil qu’elle regarde, de la gauche un livre ouvert, avec une branche de palme; et sous l’un de ses pieds le globe du monde”. Elle n’est pas nue (la pape Innocent XI lui a fait faire une tunique), mais elle a la main sur le soleil et le pied sur le globe (plus précisément sur l’Angleterre, pour évoquer le refus des Anglicans de mettre fin au schisme de leur Eglise, en dépit des sollicitations du pape Alexandre VII).

 

Laurent de la Hyre (1606-1656), Allégorie de la Musique

Ripa: “c’est une femme qui regarde fixement un livre ouvert, qu’elle tient d’une main, et une plume de l’autre pour corriger la tablature; ayant à ses pieds un luth, une viole, des flûtes, pour en accorder l’harmonie à celle de la voix…. Une femme qui joue d’un sistre, où se voit une cigale à la place d’une corde qui est rompue: outre qu’elle se fait remarquer par un rossignol qu’elle a sur la tête, par un grand vase plein de vin qui est à ses pieds, et par une lyre avec son archet.”

La Hyre se montre en général très fidèle à l’Iconologie. Ici, il a pris plus de liberté quant à la combinaison des éléments: ainsi livre ouvert, rossignol, instruments entrent dans les différentes propositions de Ripa sans jamais être toutes ensemble. De même, la femme y joue de la lyre, du sistre ou de la harpe, sans aucune allusion au théorbe représenté ici. Sans doute le peintre a-t-il voulu présenter une synthèse des attributs autour de l’idée même d’harmonie.

 

Jacques Blanchard (1600-1638), Allégorie de la Charité

Ripa: “des enfants autour d’elle, elle tient d’une main un coeur embrasé, et du chef de laquelle s’exhale une flamme. Le feu signifie l’ardeur de son zèle qui ne s’éteint jamais; et par les enfants qui l’environnent, il nous est montré que cette Vertu fait ordinairement sa demeure dans les âmes innocentes et pures.” De fait, généralement, on se contente de la représenter environnée d’enfants, qu’éventuellement elle nourrit.

 

Simon Vouet (1590-1649), Allégorie de la Richesse

Jacopo Ligozzi (1547-1627), La Fortune

 

Ripa ne cite pas la richesse, que l’on peut ici assimiler à la fortune. Par contre, il différencie quatre types de fortune: la bonne fortune, la fortune en amour, la mauvaise fortune, la fortune d’or. Hors la mauvaise fortune, toutes sont ailées, mais les attributs diffèrent. La première a roue et corne d’abondance, la deuxième corne d’abondance et Cupidon, la troisième un navire au mât rompu, aux voiles déchirées, sans timon. La quatrième a à ses pieds un timon de navire.

En règle générale, elle est représentée avec une roue et tenant un globe, ou en équilibre sur lui = inconstance de la fortune qui tourne et va au gré des vents, d’où d’ailleurs les ailes.

– Chez Vouet, la Richesse est clairement indiquée par les bijoux et les objets de luxe, mais elle est entourée de putti qui l’assimilent à la Charité et porte une couronne de laurier qui renvoie à la victoire. Par ailleurs, un enfant lui tend les bijoux, l’autre montre le ciel. Il y a donc un sens plus complexe: vanité de la richesse?

De fait, peinte pour l’un des châteaux royaux (peut-être le Château-Neuf de Saint-Germain-en-Laye) cette allégorie savante, dont le thème a été résumé sous le titre traditionnel de la Richesse, est en rapport avec la tentation et le refus des biens terrestres.

– Pour Ligozzi, la fortune montre son inconstance par son équilibre sur le globe et son pied ailé. Par ailleurs, les biens qui lui sont associés sont fragiles (vase de verre) ou en chute. La clochette qu’elle tient de sa main gauche est attribut de la vigilance. Il s’agit donc bien aussi d’une oeuvre moralisante (il faut rester vigilant, la fortune est fragile et inconstante).

 

Nanine Vallain, La liberté (1794)

En pleine révolution, les vieux symboles gardent leur force et l’allégorie est très utilisée, car elle ne met pas en cause les événements ni la politique. Parmi les oeuvres (médiocres), celle de Villain retient les principes traditionnels issus de Ripa: “la liberté vêtue de blanc tient un sceptre dans sa main droite, un bonnet dans la gauche, un chat près d’elle. Le sceptre signifie l’empire de la Liberté … le bonnet en main parce que les romains le faisaient porter à celui de leurs esclaves qu’ils voulaient affranchir, le chat parce qu’il n’y a pas d’animal qui aime tant la liberté que celui-là”.

– Celle de Vallain (élève de David) porte le sceptre (devenu la pique: la liberté révolutionnaire est belliqueuse), le bonnet phrygien (symbole de liberté parce que bonnet, et parce que, dans la Grèce antique, il symbolise la victoire des Grecs sur les Phrygiens alliés des Perses, donc la libération). Pas de chat. Dans sa main gauche, conjoncture oblige, elle tient un rouleau (la déclaration des droits de l’homme) derrière lequel apparaît le faisceau des licteurs (dans la Rome antique, les licteurs, officiers publics, portaient une hache dans un faisceau de verges, ce qui deviendra le symbole de la République Romaine. A la Révolution, l’union des verges symbolise celle des 83 départements). Derrière elle, la pyramide d’éternité. Elle foule aux pieds les chaînes de l’esclavage et la couronne royale.

 

5- Sources “historiées”

Caravage, Sacrifice d’Abraham

Dieu ordonne à Abraham de sacrifier son fils qu’il a eu miraculeusement à l’âge de 100 ans (Sara 90). Abraham n’hésite pas et va sur le sommet de la montagne que Dieu lui a indiquée. Au moment où Abraham s’apprête à égorger Isaac, un ange arrête sa main et lui désigne un bélier retenu par les cornes dans un buisson.

Tiepolo, Agar et Ismaël secourus par un ange

Sara, stérile, propose à Abraham sa servante Agar. Enceinte, celle-ci se moque de Sara qui la chasse dans le désert. Un ange la trouve auprès d’une source et lui conseille de retourner chez ses maîtres et de s’humilier devant eux. Elle accouche d’Ismaël. Mais plus tard, Sara, craignant pour l’héritage d’Isaac, persuade Abraham, avec l’accord de Dieu, de l’abandonner dans le désert. Alors que ses provisions s’épuisent, un ange entend les cris de l’enfant et indique à Agar l’emplacement d’un puits. Ils s’établiront dans le désert.

 

6- Sources littéraires et/ou historiques

David, Combat de Mars et de Minerve

Il s’agit du sujet du concours de l’Académie de 1771 (premier échec). Sujet tiré de l’Iliade (chant XXI). Mars (Arès) soutint Troie, Minerve (Athéna) Athènes. Le moment retenu par David est celui où Mars a tenté de renverser Minerve, qui l’a évité et l’a jeté à terre d’un jet de pierre. Surpris, Mars tente de se relever et appelle à la rescousse sa maîtresse Vénus (Aphrodite) qui, elle aussi, soutient Troie. L’anecdote permet à David de montrer un guerrier et deux femmes, le style pittoresque est emprunté à Boucher et Fragonard.

 

Poussin et David, L’enlèvement des Sabines

Le sujet est tiré des Vies parallèles de Plutarque (vie de Romulus). Poussin raconte le moment de l’enlèvement, Romulus, sur le podium, donnant le signe que les Romains attendaient.

Enlèvement des Sabines.  Ce fut le quatrième mois après la fondation de la ville, suivant Fabius, qu’eut lieu l’audacieux enlèvement des Sabines. D’après quelques auteurs, c’est parce que Romulus aimait naturellement la guerre et qu’il était persuadé, sur la foi de certains oracles. que la destinée réservait à Rome, si elle était nourrie et élevée dans les armes, la plus grande puissance, qu’il prit l’initiative des hostilités contre les Sabins et qu’il n’enleva qu’un petit nombre de jeunes filles, trente seulement, vu qu’il avait besoin de guerre plutôt que de mariages. Mais cette assertion n’est pas vraisemblable. En réalité, s’il attaqua les Sabins, c’est parce qu’il voyait sa ville, dès sa fondation, remplie d’étrangers dont quelques-uns seulement avaient des femmes et dont la majorité était un ramassis de gens pauvres et obscurs, qui étaient méprisés et ne semblaient devoir posséder ni cohésion ni stabilité, et parce que, d’autre part, il espérait que cette violence amènerait en quelque sorte un début de fusion et de communauté avec les Sabins, quand les ravisseurs auraient apprivoisé leurs femmes. Voici comment il s’y prit. Il commença par faire répandre le bruit qu’il avait découvert, caché sous la terre, l’autel d’un dieu. Le nom de ce dieu était Consus, c’est-à-dire conseiller (car les Romains appellent encore aujourd’hui leur assemblée délibérante du nom de conseil, et leurs plus hauts magistrats du nom de consuls, c’est-à-dire conseillers). Selon d’autres, ce dieu était Neptune équestre, parce que l’autel, placé dans le Cirque Maxime, reste toujours couvert, sauf pendant les concours hippiques, où on le découvre. D’autres affirment que, l’habitude étant de tenir conseil dans le secret, loin des yeux du public, il était normal que l’autel consacré à ce dieu fut caché sous terre. Quand il eut été mis au jour, Romulus fit annoncer qu’il offrirait sur cet autel un brillant sacrifice, accompagné d’un concours et d’un spectacle public. On y vint en foule. Romulus se plaça lui-même au premier rang avec les principaux citoyens, vêtu d’un manteau de pourpre. Il devait donner le signal de l’attaque en se levant et en écartant les plis de son manteau pour s’en envelopper de nouveau. Un grand nombre d’hommes armés d’épées tenaient leurs yeux attachés sur lui. Au signal convenu, ils tirèrent leurs épées et, se précipitant à grands cris, enlevèrent les filles des Sabins, mais laissèrent ceux-ci prendre la fuite, sans les poursuivre. Les uns disent qu’il n’y en eut que trente d’enlevées, lesquelles donnèrent leurs noms aux curies mais Valérius Antias en porte le nombre à cinq cent vingt sept et Juba à six cent quatre vingt trois jeunes filles. La meilleure justification de la conduite de Romulus, c’est qu’on ne prit qu’une seule femme mariée, Hersilia, et encore par erreur, ce qui prouve que ce n’était pas pour violenter ni outrager les Sabins que les Romains se portèrent à cet enlèvement, mais qu’ils le firent dans l’intention de mélanger et d’unir les deux peuples en un seul par les liens les plus étroits. Quant à Hersilia, les uns disent qu’elle fut mariée à Hostilius, un Romain des plus en vue, d’autres, qu’elle épousa Romulus lui-même, qui eut d’elle deux enfants, une fille, qui fut appelée Prima, parce qu’elle naquit la première, et un fils, qu’il appela Aollius, en souvenir du rassemblement des citoyens provoqué par lui, et qui fut nommé dans la suite Avillius. Mais ces détails, dus à l’historien Zénodote le Trézène, sont contredits par beaucoup d’auteurs.

 

David choisit un moment ultérieur, les Sabines séparant Romains et Sabins. En 1799, l’oeuvre est considérée comme un appel à la réconciliation des français

On vit les filles des Sabins qui avaient été enlevées accourir de tous côtés, en criant et en hurlant, et, comme si elles étaient possédées par un dieu, se précipiter au milieu des armes et des morts vers leurs maris et leurs pères, les unes avec de petits enfants dans les bras, les autres avec leurs cheveux épars sur le visage, et toutes appelant des noms les plus tendres, tantôt les Sabins, tantôt les Romains. Les deux partis en furent touchés et s’écartèrent pour les laisser pénétrer entre leurs formations de combat. Leurs gémissements parvenaient aux oreilles de tous, et c’était une grande pitié de les voir et, plus encore, de les entendre, quand, après de justes et libres remontrances, elles finirent par des supplications et des prières. « Quelle terrible et cruelle offense vous avons-nous faite, disaient-elles, pour avoir souffert et pour souffrir encore des maux effroyables ? Enlevées par force et injustement par les hommes à qui nous appartenons à présent, après cet enlèvement nous avons été négligées si longtemps par nos frères, nos pères et nos proches qu’unies à nos pires ennemis par les liens les plus étroits, nous en sommes maintenant au point de craindre pour ceux de ces criminels ravisseurs qui ont les armes à la main et de pleurer ceux d’entre eux qui sont morts. Vous n’êtes pas venus nous défendre contre cette injustice, quand nous étions encore vierges, et maintenant vous voulez arracher des femmes à leurs maris et des mères à leurs enfants, nous apportant ainsi, malheureuses que nous sommes, un secours plus déplorable que votre négligence et votre abandon. Voilà comme nos ravisseurs nous ont aimées! Voilà comme vous avez pitié de nous! Même si vous combattiez pour un autre motif, vous devriez cesser la lutte, puisque par nous vous êtes devenus leurs beaux-pères, leurs aïeuls, leurs proches; mais si c’est pour nous que vous faites la guerre, emmenez-nous avec vos gendres et vos petits-enfants, et rendez-nous nos pères et nos proches, sans nous enlever nos fils et nos maris. Nous vous en supplions, ne nous rendez pas une seconde fois captives. » Telles furent, entre beaucoup d’autres, les paroles d’Hersilia. Soutenues par les prières de toutes les Sabines, elles amenèrent une suspension d’armes, et les généraux entrèrent en pourparlers. Pendant ce temps, les femmes présentaient leurs maris et leurs enfants à leurs pères et à leurs frères, elles apportaient à manger et à boire à ceux qui en avaient besoin, et soignaient les blessés qu’elles faisaient transporter dans leurs maisons ; elles montraient aussi qu’elles étaient maîtresses dans leur ménage, que leurs maris avaient des attentions pour elles et les traitaient avec honneur et affection. Là-dessus, la paix fut conclue aux conditions suivantes: les femmes qui le voudraient resteraient avec leurs maris, étant exemptées, comme je l’ai déjà dit, de toute besogne et de tout service autre que le travail de la laine; les Romains et les Sabins habiteraient la ville en commun, la ville serait appelée Rome, du nom de Romulus, et tous les Romains Quintes, du nom de la patrie de Tatius ; enfin. ces rois régneraient tous les deux ensemble et partageraient le commandement des armées. L’endroit où le traité fut conclu s’appelle encore aujourd’hui le Comitium parce que les Romains, pour dire « s’assembler », emploient le mot comire.

 

III- Les mystères

Jean Cousin le père, Eva Prima Pandora

Symbolique cachée:  Eva (première femme de la Bible) et Pandore (première femme de la mythologie grecque, ont toutes deux leurs attributs (pomme et serpent, vase du bien et vase du mal). La mise en page s’inspire du Titien, et surtout de la grotte de Léonard de Vinci. Mais le serpent s’apprête à mordre le sein de la femme. La seule femme morte ainsi dans l’histoire est Cléopâtre, qui a attiré de grands malheurs sur son jeune amant Antoine. Or, dans le fond, une ville apparaît décorée d’obélisques, thème courant à l’époque, mais qui peut aussi faire référence à l’Egypte. On y suppose une possible allusion aux amours d’Henri II et de Diane de Poitiers, et une mise en garde pour le roi.

Léonard de Vinci, Vierge aux rochers, les deux versions. Deux versions très proches, fait inexpliqué, l’une au Louvre l’autre à Londres (National Gallery). L’une est-elle un faux? Laquelle?

On suppose que celle du Louvre était destinée à Florence (cf. le lis rouge, emblème de Florence et le geste de l’ange désignant saint Jean Baptiste, patron de la ville). Que Léonard en aurait proposé une redite pour un tableau d’autel commandé par Milan, ce qui expliquerait la disparition du lis et du geste de l’ange. Reste le doute sur les auréoles, jamais utilisées par l’artiste.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *