Le dessin

La naissance du dessin est évoquée en Grèce comme en Chine par une même légende: une jeune fille dont le fiancé doit partir pour la guerre, pour en garder l’image, dessine son ombre portée sur le mur. Dans les deux cas la conservation de la forme se fait par le contour. Mais en Grèce, l’histoire se complète du fait que la jeune fille a pour père un potier, Dibutadès, et celui-ci garnira la silhouette de terre pour en faire un relief. ce qui symbolise d’emblée la différence

essentielle entre les représentations occidentale et extrême-orientale, fondées l’une sur la figuration du volume, l’autre sur le seul tracé de la ligne.

 

Nature du dessin

Il est d’abord acte graphique, trace où se relient l’oeil et la main, et rend compte d’une écriture particulière à chaque artiste. «le dessin est une écriture dénouée et renouée autrement», disait Cocteau. Il peut être pure abstraction, et les exemples de dessins abstraits sont nombreux dans l’art moderne (Soulages, Klee, Boccioni, Miro,…). Cependant, son sens est plus généralement de représenter, car il est saisie du monde (chez les enfants cette appropriation passe d’abord par le geste du gribouillage, puis, dès qu’ils en sont capables, par la figuration). Certains artistes en feront même leur moyen privilégié, voire unique, d’expression. Pour représenter vont s’inventer des codes graphiques. En Chine et au Japon, le code dit «traitpoint» donne des motifs qui, répétés, du microcosme au macrocosme, forment un vocabulaire complet repris dans de nombreux traités.

Manuel de dessin français de 1891 et traité de peinture chinois, Le jardin du grain de moutarde. A la différence des représentations extrême-orientales fondées sur la ligne et les aplats, les codes européens se définiront par la recherche du rendu de la profondeur et la suggestion de volumes illusionnistes. Ce qui donne lieu à des traitements spécifiques au rendu de la lumière (donc des ombres) : dégradés, fondus, hachures.

Exemples: Millet, Nu, Caillebotte, Hommes se croisant, Ingres, Etude de main, Seurat, La répétition.

 

Rôle et formes

1- Apprentissage:

Il concerne les techniques de la représentation, plus ou moins dépendantes des outils et des supports. S’y ajoute l’étude de la forme : perspective et construction, proportions et anatomie.

Encyclopédie de Diderot, cours de dessin (début XXe),Encyclopédie (proportions), Léonard de Vinci, étude anatomique

 

2- Formes et types :

La pratique du dessin va engendrer des études de toutes sortes, qui ont toutes pour objet de saisir la réalité au plus près, de mémoriser la forme, de se créer un vocabulaire et des schémas opérationnels.

  • Etude de personnages, statiques ou en mouvement : très diverses, elles vont de l’académie (nu) aux croquis rapides, avec toute la gamme intermédiaire des niveaux d’achèvement.

Prud’hon, Académie, Raphaël, personnages, Girodet, mort de Phèdre, Toulouse-Lautrec, Yvette Guilbert.

 

  • Etude de détails, fondée sur l’analyse et la recherche de précision du «morceau»

Tiepolo, étude de dos, Degas, danseuses, Delacroix, étude pour la Mort de Sardanapale, Géricault, main gauche de l’artiste

 

  • Etude de paysages ou de choses (notations, mémorisation) : croquis ou dessins, plus ou moins aboutis, qui sont la marque de la «curiosité» et souvent font l’objet d’albums de voyage. Très à la mode aujourd’hui (cf. les navigateurs Titouan Lamazou et Yvon Le Corre), ils existent pratiquement depuis le Moyen Age (Villard de Honnecourt, XIIIe)

Rembrandt, Paysage,. Dürer, vue du val d’Arco.

 

  • Etudes préparatoires à des oeuvres : plus précises, elles concernent les premières ébauches («pensée»), la mise en place de l’ensemble (composition), l’analyse de détails, la forme à reproduire (mise au carreau)

Benvenuto Cellini, étude pour Junon, chandelier d’argent commandé par François Ir pour Fontainebleau

avec pour pendant un Jupiter. La présentation de ces chandeliers dans la galerie François Ir a donné

lieu à un accrochage avec Mme d’Etampes, maîtresse du roi, raconté (et édulcoré) par Cellini dansses mémoires.

Raphaël, étude pour La vierge, l’enfant et saint Jean, tableau du Louvre dit (bêtement) La belle jardinière

 

3- Le style

Le dessin rend compte d’une écriture particulière à chaque artiste, son style. Mais, plus libre que la peinture, il est aussi plus varié et variable. Le style n’est pas immuable car chaque artiste varie à l’infini techniques et effets, et explore tous les types de rendu, du croquis le plus rapide à la forme la plus «léchée».

3 exemples de styles différents, trois croquis exécutés avec le même type d’outil (crayon plus oumoins gras) : Delacroix (étude pour La liberté, Daumier (juge), Van Gogh (arrière-train de cheval).

 

Histoire des techniques

1- Matériaux secs

– La pointe de métal:

technique parmi les plus anciennes, elle consiste à utiliser un stylet de métal (or, argent, plomb, cuivre) sur papier recouvert d’une préparation passée au pinceau (blanc d’Espagne, ou gypse, ou poudre d’os mêlés de couleurs et de colle). Les nuances des fonds sont infinies: bleu, gris, rose,vert, mauve, jaune. NB- en Italie, le papier préparé est dit carta tinta.

Les rehauts: toutes les techniques peuvent être complétées de rehauts de différents matériaux (or, sanguine, craie blanche, gouache, aquarelle, lavis, pastel, huile). Parfois les rehauts deviennent l’essentiel de la tchnique, donc du dessin.

– Le fusain:

Charbon de bois obtenu avec l’arbre du même nom, mais aussi d’autres: en Grèce noyer et myrthe,en Italie prunier, tilleul, bouleau, romarin.

Son effaçage aisé en fait une technique de choix pour les débutants et les esquisses. Mais la conservationen est délicate. Il faut le fixer. Au XVIe siècle, on procède par immersion dans une cuve d’eauaddiotionnée de gomme arabique. Au XIXe, on insufflera un mélange de résine et d’esprit de vin.

– La pierre noire:

apparue en Italie peu avant la fin du XVe (dite aussi pierre d’Italie), c’est du schste argileux à grain serré de tonalité variable du noir au gris, taillé en bâtonnets. Elle donne un trait large, vigoureux, peu régulier. Son utilisation, généralisée au XVIIe pour les études et les portraits, eu XVIIIe pour la paysage, laissera la place eu XIXe au fusain et à la «mine de plomb», improprement nommée).

– Sanguine:

Argile ferrugineuse du rouge orangé au rouge violacé. Connue de tous temps, d’abord utilisée pour les sinopia (esquisses premières des fresques), elle ne devint technique de dessin qu’à la fin du XIVe siècle, avec l’emploi du papier. Elle se présente sous forme solide (en bâtonnets) ou liquide (poudre délayée qui donne un lavis). Elle est souvent mélangée à d’autres matériaux. Avec la pierre noire et la craie blanche, c’est la technique des «trois crayons».

Les trois crayons: Technique très en faveur pour le portrait, notamment en France au XVIe siècle,car la sanguine y donne l’illusion de la chair, donc un illusionnisme pictural, avec un procédé plus économique et plus rapide que la peinture.

Quelque peu abondonnée par la suite, elle connaîtra un renouveau au XVIIIe siècle (Watteau, Fragonard), puis au XIXe avec Prud’hon.

  • Pastel:

couleurs broyées, pures ou mêlées de blanc, malaxées avec de la colle, du plomb ou du talc, de la gomme arabique, parfois du miel ou du petit-lait, façonnées en cylindres et séchées. Le

matériau est mat, opaque, poudreux, juxtaposable et superposable, et permet une facture diversifiée (hachures fines ou écrasées, touches croisées ou estompées) et une rapidité d’exécution. Il sera donc très utilisé pour le portrait, car il demande moins de séances de pose que la peinture. Tout le XVIe siècle, il est utilisé pour rehausser de quelques touche de couleur les dessins, et deviendra une technique indépendante au XVIIe, surout utilisée au XVIIIe (Rosalba Carriera, Nattier, Boucher, Perronneau, Quentin Latour, Chardin). Notons son usage par certains artistes (Chardin, Degas) quand une maladie des yeux leur fait abandonner la peinture dont ils ne supportent plus les solvants.

  • Graphite, dit mine de plomb: 

Connu dès le XVe siècle, il est appelé mine de plomb à cause de l’analogie avec les pointes de métal. Il s’agit en fait de graphite, qui les remplacera peu à peu.

Essor en 1654, avec la découverte de mines dans le Cumberland. Il est utilisé brut, après découpage à la scie dans des blocs de minerai et reste friable et fragile. Tout au long du XVIIIe siècle, on tâche d’améliorer sa qualité. Des gisements de graphite en poudre ayant été découverts en Bohême, on cherche à les utiliser avec des agglomérants divers (colle, gomme arabique, résine, gomme laque, soufre, antimoine,…) sans résultat. En 1794, la guerre interrompt le commerce France-Angleterre.

Carnot charge alors Conté de trouver un produit de remplacement: en quelques mois, ce dernier met au point un procédé: la poudre de graphite est mélangée à de l’argile broyée et solidifiée par cuisson (la proportion d’argile détermine la dureté de la mine). Au XIXe siècle, on aura l’idée de protéger la mine avec du bois. C’est la naissance du crayon, qui aura immédiatement un succès considérable.

NB- La craie Conté, on crayon Conté, en est une variété: sa matière est brillante, ses noirs profonds,ses effets voisins de ceux du fusain.

A la fin du XIXe seront fabriqués industriellement les crayons de couleur. Très utilisés par l’Impressionnisme, ils permettent Toulouse-Lautrec sa rapidité d’écriture et la traduction de l’artificialisme des éclairages et maquillages. Ils seront aussi très appréciés par les Symbolistes.

 

2- Matériaux liquides

Ils nécessitent des outils, plumes ou pinceaux.

A- Encres:

– L’encre: l’une des plus courantes est la noix de galle (excroissance des feuilles de chêne) en décoction avec du vitriol (sulfate de fer), et de la gomme arabique ou de l’huile de thérébentine. D’un noir absolu quant elle est fraîche, ell passe au brun puis au jaune en pénétrant le papier dont elle oxyde le tissu.

– Les encres de couleur: rouge (cinabre), bleu (indigo), violet (cinabre+indigo), vert (suc de rhue+vert de gris+safran). Toutes les couleurs sont broyées au marbre et délayées dans de l’eau gommée.

– L’encre de Chine: noir de fumée+ gélatine+camphre. Originaire de l’Inde, de date d’importation inconnue, elle a été inventée plusieurs siècles avant notre ère. L’antiquité Romaine a connu un produit analogue, du noir de fumée obtenu par brûlage de résine. On l’ imitée en faisant brûler de la colophane, des noyaux, du papier… Plus généralement, comme au Moyen Age, on se servait de noir de fumée obtenu par combustion de chandelles et dissous dans de l’eau gommée.

– Bistre: produit le plus répandu, il est utilisé depuis le XIVe siècle. Il s’agit de suie de cheminée concassée, infusée dans de l’eau gommée sur de la cendre chaude, puis filtrée. Selon la nature du bois, l’âge des résidus de cheminée, l’endroit de la récolte (en haut ou en bas de la cheminée), la tonalité en est différente: il va du brun foncé au jaunâtre.

– Sépia: découvert début XIXe, il va supplanter le bistre, sa matière est extraite de la vessie de la seiche.

– Sanguine: délayée (cf. plus haut)

B- Plumes:

D’abord de roseau, puis d’oiseaux (à partir du VIe siècle?): coq, corbeau, cygne, oie surtout. Aux XVIe et XVIIe siècles reparaît la plume de roseau, qui n’a pas la souplesse de la plume d’oie et interdit pleins et déliés, mais qui donne un trait large, énergique et dur.

C- Lavis: 

pinceau et encre, le plus généralement brune.On trouve le lavis: en touches légères rehaussant un dessin à la plume, en larges aplats sans tracés préalables, seul ou combiné à d’autres moyens.

D- Aquarelle: 

Couleurs en solution dans de l’eau avec un liant (gomme arabique ou autre). Matière peu adhérente, légère, qui permet par transparence d’obtenir des effets avec le grain du papier. Elle nécessite un travail rapide et direct presque sans repentir (encore qu’on l’ait souvent assortie d’autres moyens: pinceau à sec, papier buvard, reprises…).

Très tôt pratiquée, elle sert dès le XIVe mais surtout à partir du XVe à rehausser les dessins à l’encre.

Elle connaîtra un renouveau dans la 2e moitié du XVIIIe siècle en Angleterre (Turner, Constable, Bonnington), ce qui influencera la génération suivante: romantiques, puis impressionnistes.

 

Autre types de dessins

Pour mémoire, il faut citer les dessins à part entière dans des genres différents et reconnus:

– Dessins d’architecture

– Dessins techniques de tous types

– Dessin de mode

– Caricature

– Illustration

– Bande dessinée

Etc.

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